2 juin 2026

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Putschistes africains et leur volte-face contre les alliés civils au Burkina Faso

Le Burkina Faso tourne définitivement la page des partis politiques sous Ibrahim Traoré

Le 29 janvier 2026 restera une date charnière pour le Burkina Faso. Ce jour-là, le capitaine Ibrahim Traoré a acté la dissolution totale de tous les partis politiques, y compris ceux qui avaient activement soutenu son coup d’État de septembre 2022. Une décision présentée comme une mesure de « restructuration » nationale, mais qui, dans les faits, éradique toute velléité de participation civique autonome et renforce un pouvoir déjà très centralisé.

Depuis l’arrivée de Traoré au pouvoir, les partis politiques étaient déjà sous le coup de suspensions administratives. Pourtant, cette interdiction définitive marque une étape supplémentaire dans la consolidation autoritaire du régime. Les biens de ces formations politiques ont été confisqués, symbolisant une mainmise totale de l’État sur le paysage politique burkinabè.

Cette mesure contraste avec le discours initial de la junte, qui se voulait porteuse d’un renouveau révolutionnaire et d’une mobilisation populaire. Pourtant, cette volte-face n’a rien d’exceptionnel dans la région. En effet, une tendance récurrente se dessine en Afrique : les juntes militaires, une fois installées, écartent systématiquement leurs alliés civils.

Un schéma récurrent : l’alliance temporaire entre militaires et civils

Les prises de pouvoir militaires en Afrique attirent souvent un soutien populaire et civil dans les premières phases. Les civils, partis politiques et acteurs de la société civile apportent une légitimité immédiate, des foules mobilisées et donnent l’illusion d’un mouvement ancré dans la volonté citoyenne. Pour les putschistes, ces alliances sont un atout stratégique pour légitimer leur action et stabiliser leur emprise sur le pouvoir.

Cependant, cette dynamique se retourne rapidement contre ceux qui ont cru pouvoir influencer la transition. Les juntes militaires, une fois solidement installées, perçoivent ces alliés comme une menace. Pourquoi ? Parce que les groupes civils disposent de leurs propres leaders, de leurs bases électorales et de leurs attentes en matière de transition. Ils peuvent exiger des comptes, critiquer les retards ou mobiliser leurs partisans, ce qui devient insupportable pour des régimes en quête de contrôle absolu.

L’enthousiasme initial des civils ne doit pas être interprété comme un mandat durable ou une preuve d’inclusivité. Au contraire, il révèle souvent une méconnaissance des réalités du pouvoir militaire, où la concentration des prérogatives est une priorité absolue.

Le Sahel, un terrain fertile pour les trahisons post-putsch

Cette tendance n’est pas nouvelle et dépasse les frontières du Burkina Faso. Du Mali au Niger, en passant par la Guinée, les scénarios se répètent avec une régularité troublante. Les groupes civils qui soutiennent les coups d’État finissent souvent par être marginalisés, voire réprimés, une fois que les militaires ont consolidé leur domination.

Au Mali, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), une coalition hétéroclite de partis d’opposition, de religieux et de militants, avait initialement salué le coup d’État d’août 2020 contre Ibrahim Boubacar Keïta. Le mouvement espérait jouer un rôle clé dans la transition et orienter les réformes. Pourtant, la junte du colonel Assimi Goïta a rapidement écarté ses dirigeants, limitant son influence à une simple caution symbolique. La situation s’est encore dégradée avec le deuxième coup d’État de mai 2021, qui a réduit le M5-RFP au silence.

En Guinée, les partis d’opposition avaient également applaudi le coup d’État du général Mamady Doumbouya en 2021, espérant influencer la transition. Mais la junte a ignoré leurs revendications, allant jusqu’à arrêter des membres de ces partis pour avoir critiqué leur exclusion.

Ces exemples illustrent une réalité amère : le soutien civil aux coups d’État est souvent éphémère. Il sert de levier pour la prise de pouvoir, mais ne garantit en rien une influence durable sur la gestion post-coup d’État.

Des précédents historiques qui confirment la règle

L’histoire des coups d’État en Afrique regorge de cas où les alliés civils ont été sacrifiés sur l’autel du pouvoir militaire. Au Soudan, après le coup d’État de 1969, le Parti communiste avait apporté un soutien décisif aux Officiers libres dirigés par le colonel Jaafar Nimeiri. En moins de sept mois, ce dernier a progressivement écarté les communistes, avant de les réprimer brutalement en 1971, écrasant toute opposition.

En Égypte, en 2013, le mouvement Tamarod avait massivement soutenu le général Abdelfattah el-Sisi dans son coup d’État contre Mohamed Morsi. Pourtant, l’espace civique s’est rapidement refermé, et l’influence des partis politiques a été balayée au profit d’un régime militaire autoritaire.

Ces exemples historiques rappellent une vérité implacable : les juntes militaires n’ont que faire des alliés temporaires. Une fois leur pouvoir consolidé, elles se débarrassent de ceux qui pourraient menacer leur domination.

Conclusion : l’éveil politique africain face aux illusions putschistes

La dissolution des partis politiques au Burkina Faso s’inscrit dans une logique plus large qui touche l’ensemble du continent. Les putschistes africains, malgré leur discours révolutionnaire, finissent par trahir leurs alliés civils. Ce schéma révèle une profonde contradiction : ils exploitent le soutien populaire pour s’installer, puis le répriment pour se maintenir.

Pour les citoyens africains, cette réalité doit servir de leçon. Le soutien à un coup d’État ne garantit pas une transition démocratique, encore moins une gouvernance inclusive. L’optimisme initial doit céder la place à une vigilance accrue, car les juntes militaires, une fois au pouvoir, n’ont qu’un seul objectif : consolider leur emprise et écarter toute concurrence.

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