Ousmane Sonko : les nuances d’un discours politique en pleine évolution
Depuis sa démission de la Primature, le leader de Pastef, Ousmane Sonko, a opéré une transformation notable de son discours public. Son expression est désormais plus apaisée, plus nuancée et moins conflictuelle, cherchant à projeter l’image d’un homme d’État conciliant et à dissiper toute perception d’une attitude provocatrice.
Lors du récent congrès du parti à Diamniadio, Ousmane Sonko a déclaré que « Pastef est devenu un parti mature », exhortant ses militants à modérer leur ton dans l’espace public. Il a insisté sur l’importance de surveiller leur langage, soulignant que des figures respectées comme les chefs religieux et les pères de famille observent leurs actions. Les invectives et les insultes, a-t-il rappelé, ne servent pas la cause du parti. Cette prise de conscience semble se refléter dans ses propres communications publiques, devenues visiblement plus tempérées depuis son départ de la Primature. On peut légitimement se demander si cette évolution marque une véritable métamorphose de l’homme politique.
Cette nouvelle approche ne se limite pas à une simple défense de son bilan ou à une explication de sa séparation avec le président Bassirou Diomaye Faye. Elle esquisse plutôt l’émergence d’une nouvelle figure politique. Ousmane Sonko semble vouloir exercer une influence différente, potentiellement depuis l’Assemblée nationale, transformant ainsi une situation délicate en une opportunité de renouvellement.
Le discours, autrefois perçu comme combatif, s’est considérablement adouci depuis son départ de l’Exécutif. Des interrogations surgissent : l’orateur des grands rassemblements se transformerait-il en un acteur de l’équilibre politique ? Le tribun passionné deviendrait-il un arbitre pondéré ? Cette mutation reflète-t-elle une maturation politique profonde ou s’agit-il d’une étape stratégique en vue des échéances futures, notamment celles de 2029 ? L’avenir seul apportera des réponses claires à ces questions.
Néanmoins, une observation s’impose : la cohérence discursive du leader de Pastef n’est pas toujours linéaire. Ses déclarations peuvent varier selon le moment et l’auditoire. Récemment, il a adopté un ton particulièrement réfléchi et mesuré, choisissant ses mots avec précaution. Alors qu’il était auparavant catégorique sur des sujets comme la restructuration de la dette, il a fait preuve de plus de nuances. Interrogé sur la position qu’il adopterait si l’Exécutif envisageait une restructuration de la dette, il a répondu : « Nos positions ne sont pas figées dans l’absolu. Nous analyserons la situation avec toute la lucidité requise. »
Les contradictions et nuances dans le discours
Pour lui, l’essentiel réside dans les propositions concrètes. « Une restructuration sauvage n’a jamais été notre souhait. En ma qualité de Premier ministre, je m’y suis toujours opposé, car les circonstances ne le justifiaient pas. En tant qu’ancien chef du gouvernement, je suis conscient des tensions actuelles. Nous évaluerons la situation, sans intention d’obstruction. Cependant, toute solution qui ne servirait pas les intérêts du Sénégal sera rejetée », a-t-il précisé. Confronté à ses précédentes déclarations appelant à l’annulation de la dette, Ousmane Sonko a d’abord semblé revenir sur ses propos, avant de s’engager dans des explications plus complexes. « Vous évoquez la dette odieuse. J’ai utilisé ce terme à une ou deux reprises. »
« Il s’agit d’une procédure complexe », a-t-il ajouté avec une certaine ambiguïté. « Je ne disposais pas de tous les moyens d’action. Mes prises de parole, à certaines occasions, relevaient de mon rôle de chef de parti exprimant une opinion. Il ne faut pas oublier que mes prérogatives de Premier ministre étaient considérablement restreintes dans ce pays. » Interrogé sur d’éventuels échanges avec le Président à ce sujet, il a affirmé : « Nous n’en avons jamais discuté. Nous étions toujours en accord sur la question de la dette, et lors de notre dernier échange, il a confirmé que la position restait inchangée. » Il a ensuite semblé réaffirmer sa position initiale sur la dette odieuse.
« Une partie de cette dette est effectivement odieuse. Il est impératif d’avoir le courage politique de mener ce débat. En tant qu’acteur politique, je l’ai maintes fois souligné. J’espère que l’Exécutif actuel prendra ses responsabilités pour engager des discussions en vue de l’annulation d’une portion de cette dette… » Questionné sur les raisons pour lesquelles il n’avait pas agi en ce sens durant son mandat de Premier ministre, Ousmane Sonko a répondu de manière brève et peu convaincante : « Cela a été proposé, cela a été proposé. » Il est important de noter que sa dernière intervention publique mentionnant la dette odieuse remonte au 22 mai dernier, lors de son passage à l’Assemblée nationale pour les questions d’actualité, où il s’exprimait alors en tant que Premier ministre, et non en tant que simple chef de parti.
De plus, il est notable que l’expression « restructuration sauvage » soit apparue dans son vocabulaire, marquant une divergence par rapport à son rejet systématique et catégorique de toute idée de restructuration. Cette évolution soulève des interrogations quant à sa stratégie. Concernant la question de l’homosexualité, il a affiché une position plus précise, assumant ses convictions tout en rappelant des faits parfois omis dans ses communications précédentes. L’ancien Premier ministre a souligné que l’incrimination de l’homosexualité est un héritage législatif remontant à l’ère Senghor, et que des arrestations avaient eu lieu bien avant l’avènement de Pastef. Il a même avancé des justifications qui semblent contredire ses prises de position antérieures. Face aux interrogations, il a déclaré : « Les arrestations en question sont survenues avant le vote de la loi renforçant les peines. Elles découlaient de deux facteurs : la pratique de l’homosexualité combinée à la transmission volontaire du VIH. »
« Certains semblent ignorer ce second aspect, pourtant crucial. » Pourtant, il y a peu, au sein de l’Hémicycle, il relatait des discussions où il paraissait assumer pleinement la répression. « Récemment, j’ai échangé avec un collaborateur qui affirmait que l’objectif était de rompre la chaîne de transmission du VIH. Je lui ai répondu que non. L’objectif primordial est de stopper la propagation du phénomène », avait-il alors déclaré avec véhémence. Ces propos avaient été largement exploités par ses opposants.
L’apôtre de la paix
Par ailleurs, concernant le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, le leader de Pastef adopte désormais un ton mesuré, évitant toute déclaration provocatrice, une constante observée depuis quelque temps. Il rejette même le terme de « trahison », qu’il considère relever du domaine affectif et moral. Ousmane Sonko semble vouloir se positionner comme une figure du « politiquement correct ». Il nie l’existence d’une querelle personnelle avec le chef de l’État, préférant parler de simples divergences politiques.
Cette nouvelle orientation stratégique et communicationnelle avait déjà été esquissée par Ousmane Sonko à Diamniadio. Il y a affirmé que Pastef, en tant que parti mature, se doit d’être exemplaire à tous égards. « Pastef est un parti fondé sur les idées, la science et un programme solide… Démontrez que vous êtes une jeunesse instruite, intellectuelle, intelligente et citoyenne. Ne succombez pas à la provocation. La seule tactique de nos adversaires, qui manquent de légitimité, est de recréer les tensions de 2021-2024 afin de nous dépeindre comme un mouvement belliqueux et conflictuel… Ne tombez pas dans ce piège », avait-il alerté.