15 juin 2026

Eveil des Nations

Média panafricain dédié à l'éveil politique et culturel des nations africaines.

Ousmane Sonko face à la dette sénégalaise : entre fermeté et lucidité

Face aux interrogations pressantes concernant la gestion de l’endettement national et la venue imminente d’une mission du Fonds Monétaire International (FMI) à Dakar, Ousmane Sonko a livré une analyse transparente de son mandat de deux ans à la Primature. Il a également défini des principes clairs pour l’administration d’Al Aminou Lo.

Une approche pragmatique sur la restructuration de la dette

Abordant la délicate question d’une éventuelle restructuration de la dette sénégalaise, le président de l’Assemblée nationale a d’abord rejeté toute rigidité idéologique. « Nous n’adoptons pas de positions dogmatiques. Nous évaluerons la situation avec une grande lucidité », a-t-il déclaré. Cependant, il a aussitôt rappelé son opposition catégorique, lorsqu’il était Premier ministre, à une restructuration hâtive. Il jugeait alors que les conditions n’étaient pas réunies, le Sénégal respectant ses engagements sans être en défaut de paiement.

Cette ligne de conduite, Ousmane Sonko entend bien la faire respecter depuis son poste à l’Assemblée nationale. Il a lancé un avertissement clair : « Si une décision compromettait nos aspirations de transformation systémique et structurelle au profit d’indicateurs financiers à court terme, nous ne l’accepterions pas. » Il a promis d’utiliser pleinement les prérogatives de l’Assemblée pour s’y opposer.

Transparence et souveraineté économique : le bilan de Sonko

Concernant son propre bilan en matière d’endettement public, Ousmane Sonko a assumé ses choix sans réserve. Face aux critiques sur le recours continu aux bailleurs de fonds internationaux, malgré ses discours en faveur de la souveraineté économique, il a défendu une stratégie de transparence. « Nous avons choisi de partir sur des bases saines et de ne rien dissimuler, car toute opacité finit par nous rattraper », a-t-il expliqué, faisant allusion à des précédents comme la crise de la dette grecque. Il a également souligné que « dans toutes les nations, la dette est un cycle de refinancement et de renouvellement », revendiquant une gestion rigoureuse des échéances.

La question de la dette odieuse : entre limites institutionnelles et espoir

L’échange sur la notion de dette odieuse a marqué un moment clé de l’interview. Interrogé sur l’absence d’une annulation pure et simple de créances qu’il avait lui-même qualifiées d’odieuses, Ousmane Sonko a reconnu les contraintes de sa fonction. « Mes leviers d’action en tant que Premier ministre étaient extrêmement limités dans ce pays », a-t-il concédé, distinguant ses prises de position de chef de parti de ses marges de manœuvre réelles au gouvernement. Il a par ailleurs affirmé n’avoir jamais été en désaccord avec le président Diomaye Faye sur ce dossier, précisant que ce dernier lui avait « confirmé la pérennité de cette ligne » lors de leur dernière discussion.

C’est cependant sur les perspectives d’avenir que le leader a été le plus attendu. Reconnaissant qu’une partie de cette dette est « odieuse », il a exhorté l’exécutif actuel à faire preuve de courage politique. « Il est impératif d’oser poser ce débat », a-t-il insisté, exprimant le souhait que le gouvernement « prenne ses responsabilités pour engager des discussions sur l’annulation d’une fraction de cette dette ». Une injonction qui résonne comme un appel à la cohérence pour une administration dont il fut, peu de temps auparavant, un acteur majeur.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes