Nigeria : les restrictions nocturnes sur le carburant aggravent-elles vraiment la crise à Niamey ? A la Une Par Oumou Salifou - 19 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture7 min×1 À Niamey, une mesure censée atténuer la pénurie de carburant semble paradoxalement l’aggraver. Depuis quelques jours, les stations-service nigériennes doivent fermer leurs portes entre 21 heures et 6 heures du matin. Officiellement, cette décision vise à faciliter l’acheminement des camions de la SONIDEP, l’entreprise publique nigérienne de distribution pétrolière. Cependant, cette stratégie suscite des interrogations quant à son efficacité réelle. En pratique, cette restriction nocturne se traduit par des files d’attente interminables dès l’aube et une frustration croissante chez les automobilistes. Au lieu de résoudre la crise, le gouvernement nigérien semble avoir opté pour une approche punitive qui, au final, pénalise davantage les citoyens. Une situation qui risque de s’envenimer si aucune solution structurelle n’est rapidement mise en place. Un couvre-feu contre-productif : le carburant, une denrée toujours plus inaccessible Le gouvernement nigérien justifie cette mesure par des arguments logistiques : « libérer les axes routiers pour les camions de la SONIDEP ». Pourtant, cette logique peine à convaincre. En réduisant l’accès au carburant aux seules heures diurnes, les autorités nigériennes ont déplacé le problème sans l’éliminer. Les usagers, déjà habitués aux pénuries récurrentes, doivent maintenant composer avec des files d’attente qui s’étirent sur des kilomètres, sous un soleil écrasant. Les stations de permanence, censées desservir les quartiers enclavés, se révèlent souvent insuffisantes ou mal réparties. Résultat : une partie de la population se tourne vers les revendeurs ambulants, malgré les interdictions officielles. Des « stations de dernier recours » trop peu nombreuses et mal organisées Les municipalités de Niamey et des grandes villes du pays ont reçu l’instruction de désigner des points de vente prioritaires pour pallier les restrictions. Pourtant, sans planification centralisée ni ressources suffisantes, ces initiatives restent souvent lettre morte. Les dépôts temporaires, dépourvus d’équipements adaptés, ne peuvent absorber l’afflux massif de demandes. Les citoyens, épuisés par cette gestion chaotique, se retrouvent dans une impasse. La répression du marché noir : une stratégie risquée et inefficace Pour lutter contre la spéculation, le gouvernement nigérien a interdit la vente de carburant en bidons ou en petits contenants dans les zones desservies par les stations officielles. Une mesure présentée comme une attaque contre l’économie parallèle, mais qui frappe surtout les ménages les plus modestes. En criminalisant cette pratique, l’État pousse les usagers vers le marché clandestin, où les prix flambent et les risques sanitaires s’accumulent (stockage dans des récipients non adaptés, risques d’explosion, etc.). Cette approche répressive ignore un fait simple : le marché noir ne crée pas la pénurie, il en est une conséquence. En s’attaquant à ses symptômes plutôt qu’à ses causes, le gouvernement risque de transformer une crise pétrolière en crise sociale. La traque aux revendeurs ambulants : une lutte sans issue ? Les forces de sécurité nigériennes ont reçu pour mission de traquer les vendeurs illégaux de carburant. Des opérations de contrôle sont menées quotidiennement, mais leurs résultats restent limités. Les petits revendeurs, souvent sans ressources pour échapper aux autorités, sont verbalisés ou appréhendés. Pourtant, cette répression ne fait qu’alimenter un cercle vicieux : chaque réseau clandestin démantelé est rapidement remplacé par un autre, à quelques kilomètres de distance. Les prix du carburant, déjà élevés, s’envolent dans les zones touchées par ces démantèlements. Le gouvernement mise sur le « civisme » des citoyens pour respecter ces règles strictes, mais sans offrir d’alternatives concrètes. Une pénurie non résolue par le réseau officiel ne disparaît pas : elle se transforme en colère contre l’État et ses mesures inefficaces. Niamey, laboratoire d’une crise nationale aux racines profondes La capitale nigérienne est devenue le théâtre d’une crise pétrolière qui illustre les dysfonctionnements nationaux. Les autorités locales, en collaboration avec la SONIDEP, tentent de gérer la demande avec des moyens limités. Pourtant, les solutions improvisées – comme les stations de permanence – révèlent les faiblesses d’un système incapable d’anticiper les besoins réels. Les restrictions imposées aux automobilistes créent un climat d’incertitude permanent. Personne ne sait si le prochain plein sera possible, ni à quel prix. Sans une réforme en profondeur de la chaîne d’approvisionnement et une augmentation significative des stocks nationaux, les mesures actuelles ne sont qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Les Nigériens, eux, paient chaque jour le prix d’une crise qui, loin de s’atténuer, s’aggrave dans l’urgence et la coercition. Le coût humain : quand l’essence rythme la précarité Pour les taxis, les transporteurs et les travailleurs indépendants, la pénurie de carburant n’est pas une simple nuisance : c’est une menace existentielle. Les retards s’accumulent, les revenus fondent, et les budgets familiaux sont mis à rude épreuve. Dans un pays où l’automobile reste un luxe pour une grande partie de la population, ces restrictions creusent encore plus les inégalités sociales. Les habitants des quartiers périphériques et des zones rurales, où les stations-service sont rares, paient le plus lourd tribut. Ils doivent désormais choisir entre acheter du carburant à prix d’or ou renoncer à leurs déplacements. L’État, en privilégiant les mesures autoritaires plutôt que les investissements structurels, risque de creuser un fossé entre lui et une population déjà en colère. La crise du carburant, loin de se résorber, pourrait bien devenir le symbole d’un système gouverné par l’urgence, sans vision à long terme. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)A la UneTous les articles