Mopti sous tension : les dessous de l’offensive du JNIM contre les milices pro-gouvernementales International Par Ali Mahamane - 31 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Une attaque éclair qui secoue la région de Mopti Le samedi 31 octobre 2026 restera comme une journée sombre pour les forces pro-gouvernementales au Mali. Dans la localité de Bayman, située en périphérie de Mopti, une offensive menée par le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) a pris de court une milice locale soutenue par le régime de Bamako. Revendiquée avec fracas par les djihadistes, cette attaque met en lumière les failles d’un dispositif sécuritaire de plus en plus contesté. Selon le communiqué du JNIM, plusieurs combattants pro-gouvernementaux ont été « neutralisés » lors de l’assaut, tandis que le groupement armé affirme avoir saisi une position stratégique. Une victoire tactique qui s’inscrit dans une série d’offensives djihadistes ayant marqué un tournant dans le conflit malien. Des milices pro-gouvernementales dans l’œil du cyclone Les milices désignées sous le terme de « Russafricains » par l’organisation djihadiste sont au cœur de cette attaque. Officiellement soutenues par les autorités de Bamako, ces groupes armés locaux sont accusés de collusion avec les forces russes engagées aux côtés des militaires maliens. Leur proximité avec les mercenaires du groupe Wagner, désormais intégrés aux structures sécuritaires maliennes, en fait une cible privilégiée pour les groupes armés opposés au régime. Bayman, où se situait la position attaquée, symbolise une zone où les tensions entre le pouvoir central et les groupes djihadistes atteignent leur paroxysme. La prise de contrôle de ce secteur par le JNIM pourrait fragiliser davantage une chaîne logistique déjà mis à mal par les multiples revers enregistrés ces derniers mois. Un bilan humain encore mystérieux Si le JNIM claironne avoir infligé de lourdes pertes à ses adversaires, aucune source indépendante n’a confirmé le bilan de l’attaque. Les chiffres avancés par les deux camps restent sujets à caution, amplifiant le flou entourant l’ampleur réelle des dégâts. Reste à savoir si cette offensive a permis au mouvement djihadiste de capturer du matériel ou de s’emparer de prisonniers. Cette opacité contraste avec les annonces officielles des autorités maliennes, qui multiplient les bilans « triomphants » depuis le début de l’année. Selon les déclarations des services de l’État, plus de 4 800 « terroristes » auraient été « neutralisés » et près de 850 frappes aériennes réalisées depuis mai 2026. Des chiffres qui, s’ils étaient vérifiés, peinent à masquer la réalité d’un front toujours aussi instable. La coopération militaire Mali-Russie à l’épreuve des faits L’offensive de Bayman interroge sur l’efficacité de la collaboration entre Bamako et ses partenaires russes. Malgré les annonces répétées de victoires militaires, les groupes djihadistes semblent toujours capables de frapper au cœur des dispositifs sécuritaires. Comment expliquer cette apparente contradiction entre les communiqués triomphalistes et la persistance des attaques ? Le contraste est d’autant plus frappant qu’il s’agit du deuxième revers majeur infligé aux forces pro-gouvernementales en quelques semaines. Le 10 septembre 2026, une attaque d’envergure à Dioura avait déjà coûté la vie à une centaine de soldats maliens et à cinq paramilitaires russes, tandis que des dizaines d’autres militaires étaient capturés. Un bilan qui rappelle que, malgré les moyens déployés, les groupes armés conservent une capacité de nuisance intacte. Mopti, nouvelle cible d’une guérilla qui s’intensifie La région de Mopti, déjà fragilisée par des années de conflits intercommunautaires et d’affrontements entre forces de l’ordre et groupes armés, devient un théâtre privilégié des offensives du JNIM. La prise de la position de Bayman n’est pas un simple coup de force local. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à déstabiliser les autorités maliennes et à discréditer leur alliance avec Moscou. Pour les habitants de la zone, cette escalade est une preuve supplémentaire que les promesses de sécurisation avancées par le gouvernement peinent à se concrétiser. Entre les milices locales, les forces russes et les groupes djihadistes, la population se retrouve prise en étau, confrontée à des violences qui ne semblent pas près de s’apaiser. Une question lancinante : jusqu’où l’État malien peut-il aller ? Alors que les autorités de Bamako multiplient les déclarations rassurantes, les faits résistent à l’optimisme officiel. Les groupes armés, loin d’être affaiblis, semblent gagner en audace. Les pertes en vies humaines et en équipements s’accumulent, sans que les dispositifs de défense ne parviennent à inverser la tendance. Dans ce contexte, une interrogation s’impose : combien de temps les militaires maliens et leurs alliés pourront-ils tenir face à une guérilla qui démontre une résilience et une adaptabilité remarquables ? L’attaque de Bayman n’est qu’un épisode d’une guerre qui, loin de s’éteindre, gagne en intensité. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)InternationalTous les articles