18 septembre 2026

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Mali : le pari de la diversification face à l’impasse sécuritaire russe

Le Mali est-il en train de réviser en profondeur sa stratégie d’alliances ? Longtemps présenté comme le pivot de la rupture avec l’Occident, Bamako semble aujourd’hui explorer de nouvelles voies. Après avoir fait de la Russie son partenaire sécuritaire de référence et tourné le dos à la France et à l’Europe, le régime du général Assimi Goïta multiplie les signaux d’ouverture en direction de Washington. Une évolution qui, en 2026, pourrait redessiner les équilibres géopolitiques au Sahel et au-delà.

Un rapprochement américain qui se dessine discrètement

Le retour des États-Unis sur l’échiquier malien ne fait plus vraiment de doute. Les indices d’un réchauffement entre Bamako et Washington se sont accumulés ces derniers mois, sans pour autant que le Mali ne rompe officiellement avec Moscou.

Le dossier du renseignement militaire constitue le signe le plus tangible de cette inflexion. En mars 2026, des informations ont circulé sur un accord imminent entre les deux capitales, qui permettrait aux États-Unis de reprendre leurs vols de surveillance, avions et drones, au-dessus du territoire malien. Objectif affiché : traquer les mouvements des groupes jihadistes, en premier lieu le JNIM, branche d’Al-Qaida au Sahel.

Cette reprise du dialogue survient après une décision américaine significative : en février 2026, Washington a levé les sanctions qui visaient le ministre malien de la Défense et plusieurs hauts responsables du régime.

La portée de ce revirement est considérable. Pendant les années de brouille avec les Occidentaux, les autorités maliennes présentaient Moscou comme l’alternative souveraine et efficace. Aujourd’hui, elles acceptent de renouer avec Washington sur des capacités dont elles ont clairement besoin : renseignement, surveillance et reconnaissance. Les États-Unis avaient déjà partagé des informations avec Bamako par le passé, certaines ayant contribué à des opérations contre des cadres du JNIM. L’ambition américaine est désormais d’institutionnaliser cette coopération.

Le paradoxe est frappant : un Mali qui avait claqué la porte à l’Occident pour se tourner vers la Russie redécouvre l’utilité stratégique de l’Amérique.

Le bilan sécuritaire russe : un embarras grandissant pour Bamako

Pourquoi ce changement de cap intervient-il précisément maintenant ? Une partie de la réponse se trouve dans les résultats sécuritaires des dernières années.

Il convient de rester mesuré : l’arrivée de Wagner au Mali ne signifie pas que toute la dégradation sécuritaire incombe à la Russie. Le pays faisait déjà face à une insurrection jihadiste bien avant le départ des forces françaises. Les groupes armés bénéficient d’ancrages locaux profonds et de facteurs politiques, sociaux, économiques et géographiques qui dépassent largement la seule présence étrangère.

Mais les chiffres sont têtus. Le remplacement des partenaires occidentaux par les forces russes n’a pas permis d’endiguer durablement la violence. Le rapport 2022 du département d’État américain notait une augmentation du nombre et de la létalité des activités terroristes. Cette année-là, la France achevait son retrait du Mali, le dernier soldat français quittant le pays le 15 août 2022. Dans le même temps, les forces maliennes occupaient les anciennes positions françaises avec l’appui de Wagner. Le département d’État qualifiait 2022 d’année la plus meurtrière de l’histoire du Mali en matière de violences terroristes et d’opérations antiterroristes.

L’année suivante n’a pas inversé la courbe. Selon le rapport américain sur le terrorisme en 2023, les activités terroristes ont encore progressé en nombre et en intensité. Le document décrit 2023 comme l’année la plus meurtrière de l’histoire du Mali, en cumulant attaques terroristes et opérations des forces maliennes menées avec Wagner.

Un constat qui fragilise sérieusement le récit présentant le partenariat russe comme la solution au problème sécuritaire malien.

De Wagner à l’Africa Corps : Moscou reste, mais essuie des revers

Il serait pourtant prématuré de conclure à un départ de la Russie. Wagner a cédé progressivement la place à l’Africa Corps, structure directement rattachée au ministère russe de la Défense. Moscou conserve donc une empreinte militaire et politique significative au Mali.

Mais cette présence connaît elle aussi des déconvenues. En avril 2026, une offensive menée par le JNIM et des combattants touaregs a infligé de lourdes pertes aux forces maliennes et à leurs alliés russes. Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, formé en Russie, a été tué dans un attentat. L’Africa Corps a dû se retirer de Kidal, ville stratégique du nord du pays qu’il avait contribué à reprendre en 2023.

Des informations ont alors fait état de l’atteinte portée à l’image de la Russie comme garante de la sécurité au Mali. L’analyste d’ACLED Héni Nsaibia estimait que les campagnes successives du JNIM, le blocus du carburant et les événements récents illustraient l’échec de l’intervention russe.

Il s’agit d’une analyse, non d’un verdict définitif. Mais elle met en lumière un problème difficile à ignorer : Moscou n’est pas parvenu à mettre un terme à l’insurrection.

Une sécurité toujours sous haute pression

Les données disponibles pour 2025 renforcent ces interrogations. Selon des chiffres d’ACLED, les forces maliennes et les groupes paramilitaires russes Wagner et Africa Corps auraient tué 918 civils au Mali en 2025, contre 232 morts attribués au JNIM et à l’État islamique au Sahel. Ces données portent sur des décès documentés et doivent être maniées avec prudence. Elles témoignent néanmoins de l’ampleur de la violence et des accusations visant les forces gouvernementales et leurs alliés russes.

Parallèlement, les jihadistes ont continué leur progression. Le JNIM est notamment parvenu à perturber les axes d’approvisionnement du pays et à exercer une pression considérable sur Bamako.

En mars 2026, les autorités maliennes ont même libéré environ 200 personnes détenues pour leurs liens présumés avec les jihadistes, dans le cadre d’un arrangement destiné à obtenir une trêve sur les attaques de convois de carburant. Pour une junte arrivée au pouvoir en promettant de restaurer la souveraineté et la sécurité, le symbole est lourd.

Ni Moscou ni Washington : la voie du pragmatisme

Il serait toutefois trop tôt pour parler d’une rupture avec la Russie. Moscou conserve des intérêts considérables au Mali, notamment dans les secteurs de l’or, du lithium et de l’énergie. La Russie a soutenu des projets miniers et énergétiques et continue d’affirmer son engagement aux côtés de Bamako.

La stratégie malienne semble plutôt évoluer vers une logique pragmatique : ne plus dépendre d’un seul partenaire. Après avoir fait de Moscou son principal recours sécuritaire à la suite du départ français, Bamako reconnaîtrait désormais que la Russie ne peut pas, à elle seule, répondre à l’ensemble de ses besoins militaires et de renseignement.

C’est là que les États-Unis réapparaissent. Washington propose ce que Moscou ne fournit pas nécessairement dans les mêmes conditions : une capacité de renseignement aérien et satellitaire, des moyens technologiques considérables et une connaissance approfondie des réseaux jihadistes.

Le rapprochement avec l’Amérique pourrait donc relever moins d’une conversion idéologique que d’un constat pragmatique : le Mali a besoin de plusieurs partenaires pour affronter une menace que son alliance avec la Russie n’a pas réussi à éliminer.

D’une rupture idéologique à une diplomatie de l’équilibre

L’histoire récente du Mali connaît ainsi un nouveau retournement. Hier, Bamako dénonçait la présence française et européenne et présentait la Russie comme l’alternative souveraine. Aujourd’hui, les discussions avec Washington reprennent à un niveau qui aurait semblé improbable il y a quelques années.

La Russie reste au Mali. Mais son bilan sécuritaire est contesté, ses forces connaissent des revers et les jihadistes continuent de menacer le pays.

Dans ce contexte, le rapprochement américano-malien apparaît comme bien plus qu’un simple épisode diplomatique. Il pourrait marquer le début d’une nouvelle politique étrangère de Bamako : ne plus remplacer un partenaire par un autre, mais tirer parti de la rivalité entre grandes puissances pour obtenir de chacune ce dont le Mali a besoin.

Le Mali n’a donc pas encore abandonné la Russie. Mais une chose est désormais claire : le monopole russe sur le partenariat sécuritaire malien appartient peut-être déjà au passé.

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