23 juin 2026

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Mali : le leurre de la souveraineté face à l’offensive du JNIM

Mali : le leurre de la souveraineté face à l’offensive du JNIM

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Les événements du printemps 2026 au Mali ne sont pas un simple revers militaire, mais un démenti cinglant du projet politique de la junte. Malgré ses fanfaronnades, sans l’appui des mercenaires russes d’Africa Corps, le régime de Bamako aurait été balayé depuis longtemps.

En érigeant la « souveraineté sécuritaire » comme pilier de sa légitimité, le régime militaire malien a bâti un discours basé sur une promesse claire : libéré de toute influence étrangère, l’État malien serait enfin capable de maîtriser son propre territoire. Trois ans plus tard, les faits contredisent amplement cette assurance.

L’offensive conjointe menée par le JNIM fin avril, en collaboration avec les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad, a frappé simultanément des villes cruciales telles que Kidal, Gao, Mopti et les environs de Bamako, constituant un échec stratégique majeur pour la junte.

La disparition du ministre de la Défense, Sadio Camara, acteur clé du dispositif militaire, dépasse le simple symbole : elle met en lumière la fragilité d’un appareil sécuritaire que le régime présentait pourtant comme consolidé et modernisé. Loin de juguler la menace, les autorités militaires semblent aujourd’hui dépassées par une organisation capable de frapper au cœur même de l’État. En outre, la situation économique est tout aussi préoccupante que le plan sécuritaire défaillant.

Plus alarmant encore, cette séquence confirme une mutation profonde du JNIM. L’organisation n’est plus une force marginale cantonnée aux zones rurales, mais un acteur capable de concevoir et d’exécuter des opérations complexes, coordonnées et politiquement ciblées. Cette montée en puissance s’est produite malgré, ou peut-être en partie à cause, des choix stratégiques de la junte, notamment la rupture avec ses partenaires occidentaux et une dépendance croissante envers des acteurs sécuritaires russes dont l’efficacité réelle demeure incertaine.

Le discours officiel, qui met en avant la résilience de l’État et la force de ses Forces Armées Maliennes (FAMAs), relève désormais davantage de la communication politique que d’une analyse lucide de la situation. Une rhétorique à laquelle peu de Maliens accordent du crédit. Certes, les institutions tiennent encore, mais l’enjeu principal n’est plus leur survie immédiate. Il s’agit de leur crédibilité. En échouant à sécuriser durablement le territoire et en laissant les attaques se rapprocher des grands centres urbains, le régime militaire sape lui-même le fondement de sa légitimité.

La situation est d’autant plus critique que les dynamiques locales échappent de plus en plus à l’autorité de Bamako. Les rapprochements tactiques observés entre le JNIM et certains groupes armés touaregs illustrent l’échec d’une approche purement militaire du conflit. En réduisant la crise malienne à une problématique sécuritaire, la junte a ignoré ses dimensions politiques, sociales et territoriales. Ce faisant, elle a contribué à renforcer un front hétérogène, mais uni par un rejet commun de l’État central.

Le pari sécuritaire de la junte apparaît ainsi non seulement affaibli, mais fondamentalement erroné. L’augmentation des ressources militaires et le recours à des partenaires extérieurs n’ont pas permis d’inverser la dynamique du conflit. Au contraire, les groupes jihadistes ont démontré une capacité d’adaptation supérieure à celle des institutions étatiques, exploitant les défaillances de gouvernance, les tensions communautaires et l’absence persistante de services publics essentiels.

À l’échelle régionale, cette impasse malienne souligne également les limites de l’Alliance des États du Sahel (AES). Présentée comme une réponse souveraine à l’insécurité, elle peine à produire des résultats concrets face à des groupes armés transnationaux de plus en plus mobiles. Loin de constituer une solution, elle risque de devenir un cadre supplémentaire d’impuissance collective pour les nations africaines de la région.

En définitive, la crise actuelle met en lumière une contradiction fondamentale : la junte a fondé sa légitimité sur le rétablissement de la sécurité, mais c’est précisément dans ce domaine qu’elle échoue le plus manifestement. Le JNIM n’est plus seulement un symptôme de la fragilité de l’État malien ; il en est devenu le révélateur le plus brutal. En persistant dans une lecture exclusivement militaire du conflit, le pouvoir de Bamako semble incapable de répondre à la nature profondément politique de la crise qu’il prétend résoudre.

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