24 avril 2026

L’emprise russe au mali : une fissure au sein de l’alliance du sahel

Une alliance sahélienne fragilisée par des soupçons d’ingérence

L’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger dans un pacte de défense mutuelle, connaît ses premières secousses majeures. Au-delà des déclarations officielles d’unité, un document confidentiel émanant des services de renseignement burkinabè vient semer le doute. Cette note suggère que le gouvernement de Bamako ne serait plus totalement souverain dans ses décisions, mais plutôt sous l’emprise de réseaux d’influence russes.

Des personnalités clés sous influence présumée

D’après les informations collectées par le Burkina Faso, cette infiltration ne se cantonnerait pas à une simple présence militaire. Elle toucherait le cœur de l’appareil d’État malien. Le document cite plusieurs noms de personnalités stratégiques qui évolueraient dans la sphère d’influence de Moscou. Parmi eux figurent des conseillers très proches du président Assimi Goïta, comme Yamoussa Camara, ou des cadres de l’administration et de la diplomatie tels que Modibo Maïga et Moussa Diakité. Des militaires de haut rang, dont Bakari Koré ou Harouna Haidara, sont également cités, ainsi que des responsables de médias et de milices, notamment Sékou Bolly et le journaliste Issa Cissé. Cette liste dresse le portrait d’un réseau dense tissé autour des institutions maliennes, une situation jugée alarmante par Ouagadougou. Si les orientations de Bamako sont influencées par des intérêts étrangers, c’est toute la stratégie collective de l’AES qui pourrait être compromise.

La souveraineté, un principe mis à mal

Cette situation révèle un paradoxe majeur, car le discours fondateur de l’AES repose précisément sur la reconquête de la souveraineté. En voulant s’affranchir des anciennes puissances occidentales, le Mali semble avoir ouvert la voie à de nouveaux partenaires, mais à quel coût ? Certaines sources au sein de l’alliance craignent que le pays ne fasse que substituer une dépendance à une autre. Le poids des conseillers et des mercenaires étrangers inquiète le Niger et le Burkina Faso. Ces derniers redoutent que les choix politiques et militaires maliens ne servent plus les objectifs de la région, mais plutôt l’agenda géopolitique russe. Cette méfiance nourrit des tensions, en particulier avec le Niger, qui voit d’un mauvais œil cette emprise étrangère sur un allié stratégique.

L’avenir incertain de l’alliance

L’avenir de l’AES est désormais en suspens. Comment établir une défense commune si l’un de ses membres est suspecté d’avoir renoncé à une partie de sa propre souveraineté ? La fuite de cette note révèle que le Burkina Faso prend ses distances avec la ligne malienne, de peur que l’instabilité ou les décisions imposées par Moscou ne déstabilisent l’ensemble du Sahel. Le défi pour l’alliance n’est plus seulement de remporter la lutte contre l’insécurité, mais de survivre à ses propres divisions. Pour de nombreux observateurs, si le Mali ne reprend pas fermement le contrôle de sa destinée nationale, l’AES pourrait se disloquer aussi vite qu’elle a été créée, victime d’une influence étrangère que ses fondateurs s’étaient pourtant engagés à combattre.

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