Le discours historique de Hassan ii que Pékin n’oublie pas
En novembre 2024, lorsque le président chinois Xi Jinping foulait le sol marocain à Casablanca, accueilli par le prince héritier Moulay Hassan, une page d’histoire sino-marocaine s’est à nouveau écrite. Mais cette visite n’était que l’écho d’un héritage bien plus ancien, forgé des décennies plus tôt par un discours resté gravé dans les annales des relations diplomatiques entre les deux nations.
Un discours marquant à l’ONU en 1960
Le 20 septembre 1960, le roi Hassan II, alors âgé de seulement 21 ans, prononçait un discours historique devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Ce texte, qui marquait l’entrée officielle du Maroc sur la scène internationale, avait une résonance particulière pour Pékin. Le jeune souverain y défendait avec éloquence les principes d’indépendance, de souveraineté et de non-ingérence, des valeurs chères à la Chine de Mao Zedong, alors en pleine révolution culturelle.
À l’époque, le Maroc venait tout juste d’accéder à l’indépendance après des décennies de protectorat français. Hassan II, héritier d’une dynastie qui avait toujours su naviguer entre les puissances étrangères, y affirmait la nécessité pour les nations africaines de s’unir pour affronter les défis communs. Ce discours, salué pour sa clarté et sa vision, avait marqué les esprits à Pékin, où il avait été perçu comme une preuve de maturité politique du jeune royaume.
Une amitié sino-marocaine scellée dans le temps
Les relations entre le Maroc et la Chine remontent à bien plus que ce discours. Dès les années 1950, les deux pays avaient commencé à échanger, bien que de manière discrète, sur les plans politique et économique. Mais c’est véritablement à partir des années 1960 que les liens se sont densifiés, notamment grâce à la volonté commune de s’affranchir des influences coloniales.
En 1962, le Maroc reconnaissait officiellement la République populaire de Chine, une décision stratégique qui avait permis au royaume de bénéficier du soutien de Pékin dans les instances internationales. Cette reconnaissance avait aussi ouvert la voie à des échanges commerciaux et culturels, bien que limités à l’époque en raison des distances et des infrastructures.
Les décennies suivantes ont vu cette relation se renforcer, notamment sous le règne de Mohammed VI. En 2016, la visite officielle du souverain marocain à Pékin avait marqué un tournant décisif. Ce déplacement avait abouti à la signature d’un partenariat stratégique entre les deux pays, concrétisé par des accords dans les domaines des infrastructures, de l’énergie et des nouvelles technologies.
Un héritage diplomatique toujours d’actualité
Le discours de Hassan II à l’ONU en 1960 reste aujourd’hui un symbole fort de la diplomatie marocaine. Il incarne une vision panafricaine et une capacité à se positionner comme un acteur clé sur la scène internationale, bien avant que le Maroc ne devienne une puissance économique régionale.
Pour la Chine, ce discours avait une importance particulière. Il avait montré que le Maroc, malgré sa taille et sa position géopolitique, pouvait jouer un rôle de médiateur et de porte-parole des nations en développement. Pékin avait alors vu en Hassan II un allié potentiel, capable de défendre des positions communes au sein du Mouvement des non-alignés.
Plus de soixante ans après ce discours, les relations sino-marocaines n’ont cessé de se renforcer. Les échanges commerciaux ont explosé, passant de quelques millions de dollars dans les années 1980 à plusieurs milliards aujourd’hui. La Chine est désormais le premier partenaire commercial du Maroc en Asie, et les investissements chinois dans les secteurs portuaires, énergétiques et industriels du royaume se multiplient.
Le Maroc, de son côté, a su tirer parti de cette relation pour diversifier ses alliances et réduire sa dépendance économique vis-à-vis de l’Europe. La visite de Xi Jinping en 2024 n’était que la confirmation de cette dynamique, où les deux pays réaffirmaient leur volonté de collaborer sur des projets ambitieux, comme la nouvelle route de la soie.