Le Cameroun doit-il son déclin à ses citoyens ? la tribune engagée d’armand noutack
Dans une société camerounaise en quête de changement, la voix d’Armand Noutack II, enseignant et observateur politique, résonne comme un électrochoc. Son analyse sans concession de notre système met en lumière une vérité souvent ignorée : notre pays ne progresse pas car nous, Camerounais, refusons de sortir de notre zone de confort.
Une société ancrée dans le statu quo
Armand Noutack dénonce avec vigueur le paradoxe camerounais : « le Cameroun veut le changement uniquement si ses petits intérêts frauduleux ne sont pas touchés ». Cette phrase résume à elle seule l’état d’esprit général. Nous rêvons de progrès, mais dès qu’une réforme menace nos privilèges, nous nous y opposons farouchement. Le contrôle du fichier solde de l’État par le ministre Motaze en est la preuve flagrante. Au lieu de saluer une mesure de transparence, certains y voient une menace pour leurs « petits arrangements ».
Comment accepter un changement quand nous sommes tous, à différents niveaux, acteurs de la corruption ? Armand Noutack pose une question fondamentale : « ce système de corruption généralisée a-t-il été pensé par le Président Biya, ou s’est-il simplement accommodé avec pour se maintenir au pouvoir ? » La réponse, selon lui, réside en grande partie dans notre propre comportement.
Des Camerounais aux comportements contradictoires
La tribune d’Armand Noutack II regorge d’exemples concrets qui illustrent cette contradiction. Voici quelques-unes de ces situations absurdes :
- Les fonctionnaires « opposants » : Certains Camerounais fuient le pays pour l’Occident tout en continuant à percevoir leur salaire au Cameroun. Une fois en sécurité à l’étranger, ils multiplient les publications sur les réseaux sociaux appelant au départ de Paul Biya, sans se poser la question de leur propre contribution à l’État.
- Les commerçants hypocrites : Vous entendrez certains crier « Popol est mauvais » tout en vendant des produits avariés, en ne payant pas leurs impôts ou en trichant sur les dates de péremption. Quel changement espèrent-ils vraiment ?
- Les enseignants corrompus : Ceux qui vendent les notes aux élèves, pratiquent le harcèlement sexuel ou moral, tout en participant activement aux meetings de l’opposition. Leur véritable objectif n’est-il pas de maintenir un système où ils peuvent prospérer ?
- Les fonctionnaires véreux : Certains agents de l’État trafiquent leur compteur d’eau ou d’électricité, devenant même distributeurs d’énergie pour leurs voisins, tout en exigeant des changements politiques. Une fois le changement obtenu, que deviendront-ils ?
Ces exemples ne sont pas isolés. Ils représentent une infime partie d’une société camerounaise où chacun, à son échelle, participe à un système qu’il prétend détester.
La corruption mentale, un fléau bien plus grave
Armand Noutack va plus loin que la simple dénonciation de la corruption financière. Pour lui, le vrai problème est bien plus profond : « nos mentalités sont atteintes ». Nous avons intériorisé la corruption au point de ne même plus la voir comme un problème. Pire, nous la défendons quand elle nous arrange.
Le Camerounais moyen veut le changement, mais uniquement si cela ne remet pas en cause ses propres pratiques. Nous sommes tous complices, que nous soyons au pouvoir ou dans l’opposition, que nous soyons riches ou pauvres. Notre hypocrisie collective est le véritable obstacle à toute progression.
Le professeur Noutack lance un appel solennel : « Si tu ne peux pas être toi-même le changement que tu veux pour ton pays, alors tais-toi ». Une phrase qui résume toute l’absurdité de notre situation : nous passons notre temps à réclamer des changements que nous ne sommes pas prêts à incarner.
Vers un Cameroun nouveau ?
La tribune se termine sur une note d’espoir, mais aussi de mise en garde. Pour construire un Cameroun nouveau après le départ du Président Biya, il faudra « détruire la toile d’araignée de corruption mentale » qui nous enveloppe depuis 43 ans. Une tâche colossale qui implique chacun d’entre nous, sans exception.
Armand Noutack propose une solution concrète : le ministre Motaze devrait « infiltrer chaque corps de métier pour détecter et sanctionner les agents de terrain qui se laissent corrompre par les fonctionnaires fraudeurs ». Une mesure qui, si elle est appliquée avec rigueur, pourrait commencer à inverser la tendance.
Mais au-delà des mesures administratives, c’est une véritable révolution mentale qui est nécessaire. Chaque Camerounais doit se remettre en question et accepter de faire sa part du travail. Le changement ne viendra pas de l’extérieur, il doit naître de nos propres actions et de notre volonté de rompre avec nos mauvaises habitudes.
En conclusion, la tribune d’Armand Noutack II est un miroir tendu devant chaque Camerounais. Elle nous force à affronter une vérité inconfortable : nous sommes à la fois les victimes et les artisans de notre propre déclin. Le choix nous appartient : continuer à nous voiler la face, ou enfin assumer notre part de responsabilité pour construire le Cameroun que nous prétendons désirer.