21 juillet 2026

Eveil des Nations

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L’avenir du partenariat industriel franco-marocain face aux ambitions européennes

Depuis plusieurs mois, la France exerce une pression notable sur l’Union Européenne. Pour les autorités françaises, la compétitivité du continent ne saurait plus dépendre uniquement de l’ouverture des marchés et de la concurrence globalisée. Une politique industrielle affirmée est désormais jugée indispensable, avec une préférence européenne marquée pour les secteurs stratégiques et une volonté de réduire les dépendances, notamment face à la Chine. Au sein de la Commission Européenne, le vice-président exécutif Stéphane Séjourné est le fer de lance du projet de règlement visant à l’accélération industrielle. Malgré des compromis internes ayant légèrement tempéré ses ambitions initiales, la position française demeure offensive. Paris souhaite désormais étendre la portée de ce texte : les mécanismes de préférence européenne, qu’il s’agisse des marchés publics, des acquisitions ou des subventions, ne se limiteraient plus aux technologies vertes, aux industries énergivores et aux véhicules électriques, mais engloberaient également des domaines comme la construction navale, l’équipement ferroviaire ou la chimie.

Ces domaines d’activité sont justement ceux où la collaboration industrielle entre la France et le Maroc a atteint un niveau d’intégration particulièrement élevé. La France se distingue comme l’État membre dont le tissu productif est le plus profondément lié à celui du Royaume du Maroc. Cette spécificité confère à Paris une posture unique : tout en prônant un « Made in Europe » rigoureux, la France a développé, au cours des deux dernières décennies, une stratégie de co-industrialisation poussée avec un pays non-membre de l’UE. Dans le secteur automobile, les installations de Renault à Tanger et celles de Stellantis à Kénitra opèrent comme des prolongements des lignes de production françaises. Les fournisseurs d’équipements y fabriquent des éléments qui approvisionnent directement les usines européennes. Une dynamique similaire est observée dans l’aéronautique, où des géants comme Safran, Daher ou Latécoère ont progressivement incorporé les compétences industrielles marocaines au sein de leurs chaînes de valeur globales. Le Maroc ne se limite plus à un rôle d’atelier de sous-traitance ; il contribue activement à la performance concurrentielle de l’industrie française et européenne. Cette synergie s’étend désormais aux filières les plus stratégiques, incluant les batteries pour véhicules électriques, l’hydrogène vert, les matières premières critiques, les infrastructures portuaires et le numérique.

« Il est probable que la France soit l’État membre dont l’appareil productif est le plus étroitement lié à celui du Maroc. »

L’ambition de la France n’est pas de replier l’Europe sur elle-même. Il s’agit plutôt d’empêcher qu’un concept de « Made with Europe » trop large, qui inclurait indistinctement l’ensemble des quelque quatre-vingts partenaires commerciaux de l’Union, ne dilue l’essence de la préférence européenne. Paris plaide pour une stratégie plus discriminante : différencier les nations qui contribuent réellement à la compétitivité et à la sûreté des approvisionnements européens de celles qui restent de simples fournisseurs externes, ou pire, qui pourraient menacer la souveraineté des nations européennes.

Reste à savoir dans quelle mesure cette vision trouvera un écho favorable. Mi-juillet, les vingt-sept États membres seront conviés à une première évaluation politique des avancées du Conseil concernant le règlement sur l’accélération industrielle. La position de l’Allemagne sera cruciale. Berlin avait longtemps manifesté une certaine réticence face aux propositions françaises de préférence industrielle européenne. La forte orientation exportatrice allemande redoutait les entraves commerciales imposées par Pékin et les ripostes chinoises ciblant son puissant secteur automobile. Cependant, face à une crise industrielle sans précédent et à un climat politique interne tendu, exacerbé par la montée de l’AFD, l’Allemagne ne peut plus se cantonner à une défense inconditionnelle du libre-échange. Une ouverture sélective à des « partenaires de confiance » pourrait-elle émerger comme un terrain d’entente entre Paris et Berlin ? C’est précisément autour de cette définition que se dessinera le futur du partenariat industriel franco-marocain. Bien que la France n’ait jamais explicitement sollicité l’inclusion du Maroc parmi ces futurs partenaires privilégiés, l’intégralité de sa démarche industrielle et diplomatique positionne le Royaume comme un prétendant évident à ce statut.

Le Parlement Européen constituera également un théâtre majeur de ces discussions, avec deux rapporteurs français occupant des postes clés dans l’analyse de ce règlement. Une obligation spécifique leur sera dévolue, de même qu’aux délégations françaises : s’assurer que les nouvelles règles et les cadres réglementaires que l’Union s’apprête à instaurer ne compromettent pas la solidité et la pérennité du partenariat industriel maroco-français.

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