Interdiction des motos au Mali : une mesure controversée face à l’insécurité International Par Oumou Salifou - 9 juin 202624 septembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture3 min×1 Interdiction des motos au Mali : une décision sécuritaire radicale Depuis le début du mois, les motos de cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ sont interdites de circulation dans les zones rurales et périurbaines du Mali. Cette mesure, effective pour une durée d’un an renouvelable, s’applique à l’ensemble du territoire national, à l’exception des grandes villes comme Bamako, les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement. L’objectif affiché par les autorités de la transition est clair : limiter la mobilité des groupes armés terroristes qui utilisent ces engins pour perpétrer des attaques. L’arrêté interministériel publié à la télévision nationale précise également que l’importation, le transit, la vente et la distribution de ces motos sont suspendus pour la même période. Une décision qui divise la population Si cette mesure est saluée par certains pour son aspect sécuritaire, elle suscite des interrogations, voire de l’incompréhension, dans plusieurs régions du pays. Dans les zones montagneuses du pays dogon, par exemple, ces motos sont indispensables pour se déplacer sur des routes escarpées. Un habitant de Bandiagara, interrogé sous anonymat, explique : « Dans le pays dogon, nos routes sont faites de pentes abruptes et de chemins étroits. Seules les motos de grosse cylindrée permettent de circuler facilement. Que ce soit pour nos forces armées, nos travailleurs humanitaires ou nos paysans, ces engins sont vitaux. Même nos ambulances sont remplacées par ces motos pour transporter les malades vers les centres de santé. Comment imaginer s’en passer ? » À Mopti, une autre ville du centre du Mali, les propriétaires de motos s’inquiètent des conséquences économiques de cette interdiction. Beaucoup de petits commerçants, comme ce boulanger qui livrait du pain dans les villages environnants, ont dû immobiliser leurs engins par crainte des sanctions. Un compromis possible pour les autorités locales Face aux réalités du terrain, les gouverneurs de région disposent d’une marge de manœuvre. Ils peuvent adapter ou interdire l’usage de ces motos dans les chefs-lieux de cercle, en fonction de la situation sécuritaire locale. Une flexibilité qui vise à concilier sécurité et besoins des populations. Un outil stratégique pour les groupes armés Les djihadistes, notamment ceux affiliés au Jnim et au Front de libération de l’Azawad (FLA), exploitent depuis longtemps la mobilité offerte par ces motos pour coordonner des attaques. En avril 2026, une série de raids simultanés a été menée contre plusieurs localités, mettant en lumière la menace persistante. Cette interdiction reflète l’urgence de la situation sécuritaire au Mali, mais elle révèle aussi ses coûts sociaux. Entre lutte antiterroriste et survie quotidienne, la décision interroge : comment protéger les populations sans les priver de leurs moyens de subsistance ? Par Oumou Salifou — Grand reporter Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)InternationalTous les articles