Gros plan sur les dessous du projet énergétique béninois de 62 mwc : ce que cachent les quatre centrales solaires Actualités Par Ali Mahamane - 1 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture7 min×1 Le Bénin vient de révéler un pan méconnu de sa stratégie énergétique avec la signature des accords financiers du projet IPP50. Derrière cette annonce se cachent des enjeux bien plus profonds qu’une simple augmentation de la production d’électricité. Décryptage d’un dossier qui pourrait redessiner l’indépendance énergétique du pays. Une révélation sur la stratégie énergétique cachée du Bénin Derrière le projet IPP50 se profile une volonté farouche de réduire la dépendance aux importations d’électricité, qui pèsent lourdement sur les finances publiques. Avec quatre nouvelles centrales solaires d’une capacité totale de 62 mégawatts-crête (MWc), réparties entre Natitingou, Djougou, Parakou et Bohicon, le gouvernement béninois franchit une étape symbolique. L’objectif ? Atteindre une production annuelle supplémentaire de 110 gigawattheures (GWh) d’ici 2028, tout en mobilisant 45 millions d’euros d’investissements. Une manne financière qui inclut la participation de la Caisse des dépôts et consignations du Bénin (CDC-Bénin), de l’IFC (Société financière internationale) et de Proparco, filiales du Groupe Banque mondiale et de l’Agence française de développement (AFD). Financements internationaux : un pari gagnant pour la souveraineté énergétique Le montage financier de l’IPP50 révèle une alliance inédite entre acteurs publics et privés. Sur les 45 millions d’euros nécessaires, 30 millions proviennent d’institutions internationales et nationales. L’IFC et Proparco, via des fonds dédiés aux technologies propres, apportent une crédibilité supplémentaire au projet. De son côté, la CDC-Bénin et le groupe AXIAN Energy, spécialisé dans les énergies renouvelables, garantissent l’implication des capitaux béninois. Une démarche qui renforce la confiance des investisseurs tout en limitant l’exposition aux risques géopolitiques. Quatre villes, un défi logistique et un impact territorial immédiat Natitingou, Djougou, Parakou et Bohicon : ces noms ne sont pas choisis au hasard. Leur sélection répond à un double impératif : alléger la pression sur le réseau national et dynamiser les économies locales. Chacune de ces villes accueillera une centrale solaire d’une capacité variant entre 10 et 20 MWc, conçue pour s’intégrer au réseau électrique existant. Mais au-delà de la production d’électricité, le projet vise un objectif social ambitieux : fournir de l’électricité à près de 383 000 personnes. Un levier pour les ménages et les artisans Pour les populations, l’impact sera immédiat. Une électricité plus abondante et plus fiable permettra de soutenir les activités commerciales, d’améliorer la conservation des denrées alimentaires et de faciliter le travail des artisans. Les petites unités de transformation locale, notamment dans le secteur agroalimentaire, pourraient enfin sortir de l’informel. Pour l’État, c’est une manière de concrétiser sa promesse d’électrification à 70 % d’ici 2030, dans le cadre du Pacte national de l’énergie. L’industrie en ligne de mire : un enjeu de compétitivité Si les retombées sociales sont indéniables, c’est surtout l’industrie qui pourrait tirer le plus grand profit du projet. En réduisant la dépendance aux importations d’électricité, le gouvernement cherche à créer un environnement plus stable pour les entreprises. La production locale supplémentaire permettrait de répondre aux besoins croissants des zones industrielles, tout en attirant de nouveaux investissements. Une aubaine pour les secteurs de la transformation agricole, du textile ou encore des matériaux de construction. Un modèle énergétique enfin indépendant ? Le Bénin importe encore une partie de son électricité, une dépendance coûteuse et risquée dans un contexte régional instable. Le projet IPP50, avec ses 62 MWc, ne suffira pas à éliminer totalement cette dépendance. Cependant, il marque un tournant : celui d’une production nationale qui pourrait couvrir jusqu’à 17 % des besoins d’ici 2035. Un pas important vers une souveraineté énergétique complète. Environnement : 62 000 tonnes de CO₂ en moins par an Sur le plan écologique, l’IPP50 s’inscrit dans une logique vertueuse. En remplaçant une partie de l’énergie fossile par du solaire, le projet évitera l’émission de 62 000 tonnes de CO₂ chaque année. Une contribution modeste à l’échelle mondiale, mais significative pour un pays dont le mix énergétique reste encore largement dépendant des énergies thermiques. Une avancée qui aligne le Bénin sur les objectifs africains de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 2028 : L’heure de vérité pour le réseau électrique béninois Les accords de financement signés, le vrai défi commence maintenant. La mise en service des quatre centrales est prévue pour le premier trimestre 2028. Mais le succès du projet dépendra de plusieurs facteurs : la rapidité des travaux, la capacité du réseau à absorber cette nouvelle production, et la maintenance à long terme des infrastructures. Sans oublier les risques de retards, déjà observés lors des premières phases du projet, notamment en raison de la pandémie de Covid-19 et de la hausse des coûts des matériaux. Un projet sous haute surveillance La réussite de l’IPP50 ne repose pas uniquement sur la construction des centrales. Elle dépendra aussi de la qualité du réseau de transport et de distribution. Le Bénin doit moderniser ses infrastructures pour éviter les goulots d’étranglement et assurer une distribution équitable de l’électricité. Une tâche complexe, mais indispensable pour transformer cette production supplémentaire en bénéfices concrets pour la population et l’économie. IPP50, bien plus qu’un projet solaire : une révolution énergétique discrète Avec ce programme, le Bénin ne se contente pas d’ajouter quelques mégawatts à son mix énergétique. Il pose les bases d’un nouveau modèle, où l’électricité devient un levier de développement durable. Produire plus, importer moins, et surtout, structurer un secteur capable de répondre aux ambitions industrielles du pays : tel est l’objectif caché derrière les quatre centrales solaires. Une révolution discrète, mais potentiellement transformatrice. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles