Forum africain de l’eau à N’Djamena : entre espoirs et réalités pour le Tchad
Forum africain de l’eau à N’Djamena : entre espoirs et réalités pour le Tchad
Le Tchad accueille depuis aujourd’hui le Forum africain de l’eau, co-organisé avec le Groupe de la Banque mondiale. Sous le thème « De la vision à l’action », cette rencontre rassemble des chefs d’État africains, des experts internationaux et des partenaires techniques pour élaborer des stratégies concrètes en faveur d’un accès universel à l’eau sur le continent.
Pourtant, le pays hôte incarne à lui seul les défis persistants du secteur. Malgré les avancées, près de 40 % de la population tchadienne n’a toujours pas accès à une eau potable de qualité, selon les dernières données officielles.
Des Tchadiens entre espoir et désillusion
À N’Djamena, l’enthousiasme est palpable chez certains habitants, convaincus que ce forum pourrait marquer un tournant.
« En tant que mère et citoyenne, j’exige un changement concret. L’eau que boivent trop de Tchadiens est impropre à la consommation. J’espère que ce rassemblement débouchera enfin sur des solutions tangibles. » confie Eliane, une habitante de la capitale.
L’objectif affiché du forum est précisément de traduire les engagements politiques en projets concrets, en favorisant les synergies entre les États, les bailleurs de fonds et le secteur privé pour accélérer le déploiement d’infrastructures hydrauliques.
Le scepticisme persistant face aux promesses
Tous ne partagent cependant pas cet optimisme. Plusieurs Tchadiens expriment leur scepticisme, évoquant des promesses non tenues lors d’événements précédents.
« Combien de forums ai-je vu se tenir ? Aucun n’a changé notre quotidien. Sans volonté politique réelle, ces rencontres resteront lettre morte. » déclare Richard, enseignant à N’Djamena.
Moussa, commerçant dans la capitale, renchérit : « Les millions dépensés pour organiser ce forum pourraient financer directement des milliers de points d’eau. Trop souvent, les recommandations restent dans les tiroirs. »
Ces témoignages illustrent le fossé entre les ambitions affichées et les réalités du terrain, surtout dans les zones rurales où les difficultés d’accès à l’eau potable restent criantes.
Des disparités territoriales alarmantes
Si les autorités tchadiennes évoquent un taux national d’accès à l’eau potable de 63,5 %, cette moyenne cache de profondes inégalités entre les régions. Dans des provinces comme le Guéra, le Wadi Fira ou le Sila, seulement 10 à 21 % de la population disposent d’une source d’eau potable.
Beaucoup de communautés continuent de s’approvisionner dans des points d’eau contaminés, avec des conséquences dramatiques sur la santé publique : maladies hydriques, sous-alimentation chronique et insécurité alimentaire.
Face à cette situation, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) interpelle les autorités. « L’accès à l’eau est un droit fondamental, un pilier de la paix, de la cohésion sociale et du développement humain », insiste son président, Belngar Larmé Laguerre.
La CNDH appelle à un renforcement des investissements dans les infrastructures hydrauliques, l’assainissement et la gestion durable des ressources en eau, tout en plaidant pour un soutien accru des partenaires internationaux face aux défis climatiques.
Une gouvernance sous le feu des critiques
Un autre point de friction émerge autour de l’organisation du forum, confiée au ministère des Finances plutôt qu’à celui de l’Eau. Ce choix interroge, alors que des millions de Tchadiens attendent toujours un accès durable à une eau saine.
Pour beaucoup d’observateurs, cette décision révèle les lacunes persistantes dans la gouvernance des politiques publiques de l’eau au Tchad. La priorité doit désormais être donnée à des actions concrètes, bien au-delà des déclarations d’intention.