15 juillet 2026

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Retour surprise de Macky Sall au Sénégal : un séisme politique et mémoriel

Ce vendredi 17 juillet, l’ancien président du Sénégal, Macky Sall, foule à nouveau le sol de son pays après deux ans d’exil. Son atterrissage à l’aéroport militaire de Yoff, à Dakar, marque une étape symbolique autant que controversée. Une visite éclair, mais lourde de sens, alors qu’il doit s’entretenir avec son successeur, Bassirou Diomaye Faye. Un face-à-face attendu avec impatience, mais aussi avec appréhension, tant les blessures du passé restent vives.

Un retour qui rouvre des plaies

Les souvenirs douloureux des années 2021 à 2024 resurgissent brutalement. À l’époque, des centaines de militants du Pastef, le parti de Bassirou Diomaye Faye, avaient été incarcérés, parfois avec leurs familles. Aly Coly, l’un de ces militants, se souvient encore des conditions de son emprisonnement : « Ma femme et mon bébé de trois mois étaient derrière les barreaux avec moi, simplement parce que nous avions osé soutenir Faye et Sonko. »

Les chiffres sont accablants : près de mille détenus politiques, dont plusieurs dizaines encore emprisonnés lors des dernières élections. Soixante-cinq morts lors des répressions de manifestations. Des chiffres qui ont nourri la campagne victorieuse de Bassirou Diomaye Faye, élu sur une promesse de rupture avec l’ère Macky Sall. Pourtant, aujourd’hui, c’est bien ce même système que l’ex-président semble vouloir réhabiliter.

L’ONU dans la balance

Derrière cette visite se cache une ambition bien plus large : briguer le poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Macky Sall l’assume clairement dans un communiqué : « Ma présence au Sénégal est directement liée à ma candidature à la tête de l’ONU. » Une candidature déjà défendue devant l’assemblée générale en avril dernier, où il se présentait en défenseur du multilatéralisme. Pourtant, le chemin est semé d’embûches : ni l’Union africaine ni le gouvernement sénégalais ne lui ont encore apporté leur soutien.

Pour beaucoup de Sénégalais, l’idée même d’une telle nomination relève de l’absurde. « Comment imaginer diriger l’ONU quand on a laissé derrière soi 65 morts et des milliers de prisonniers politiques ? » s’indigne Aly Coly. À l’inverse, certains y voient une opportunité pour le pays. Maurice Soundieck Dione, professeur de sciences politiques à l’université Gaston Berger, souligne : « Une telle nomination renforcerait l’image internationale du Sénégal, ce qui pourrait attirer davantage d’investissements et de capitaux étrangers. »

Un président entre deux feux

Pour Bassirou Diomaye Faye, ce rapprochement avec son prédécesseur pourrait s’avérer stratégique. Depuis plusieurs mois, les tensions avec son ancien mentor, Ousmane Sonko, s’intensifient. Sonko, président de l’Assemblée nationale, pourrait en effet devenir un obstacle majeur pour le chef de l’État. Une alliance avec Macky Sall, même temporaire, pourrait lui permettre de consolider sa position.

Pourtant, cette démarche est loin de faire l’unanimité. De nombreux soutiens de Faye l’accusent déjà de renier ses engagements en réintégrant d’anciennes figures du système dans les rouages de l’État. « Trahir Sonko, c’est trahir ses racines politiques, et cela est profondément mal perçu au Sénégal », rappelle Maurice Soundieck Dione. Le président, élu sur des promesses de changement, voit son image se ternir progressivement.

La rencontre de ce vendredi sera donc scrutée à la loupe. Sera-t-elle le début d’une nouvelle dynamique ou, au contraire, un pas de plus vers l’isolement de Bassirou Diomaye Faye ? Une chose est sûre : le retour de Macky Sall a déjà ravivé les divisions et relancé un débat qui ne fait que commencer.

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