22 juin 2026

Eveil des Nations

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En République démocratique du Congo, l’Église s’oppose fermement au projet de révision constitutionnelle

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a exprimé un refus catégorique face à la volonté du président Félix Tshisekedi d’engager une réforme de la Loi fondamentale. Pour les prélats de la République démocratique du Congo, une telle initiative risque de plonger les institutions dans une instabilité dangereuse et de fragiliser les fondements démocratiques chèrement acquis. Cette prise de position officielle intensifie un débat qui s’est emparé de la scène politique à Kinshasa depuis plusieurs mois.

Un rempart ecclésial contre la modification de la Constitution

À travers une déclaration d’une grande fermeté, le haut clergé congolais estime que le moment est mal choisi pour retoucher le texte constitutionnel. La CENCO, dont l’influence sur l’opinion publique est historique, défend la Constitution de 2006 comme un socle de légitimité né d’un consensus national après une longue période de transition. Les évêques craignent que ce projet ne cache une volonté de modifier les règles électorales pour favoriser le maintien du régime actuel.

De son côté, le président Félix Tshisekedi soutient depuis octobre 2024 que le pays a besoin d’une Constitution reflétant mieux les réalités nationales. Il critique le texte en vigueur, qu’il juge hérité d’influences extérieures et contraignant pour l’essor de la nation. Bien qu’une commission de réflexion soit prévue pour 2025, cette perspective suscite une levée de boucliers au sein de l’Église, de la société civile et des rangs de l’opposition.

La vigilance de l’épiscopat face aux précédents politiques

Cette opposition des évêques s’inscrit dans une logique de continuité. Sous le mandat de Joseph Kabila en 2015, la CENCO s’était déjà dressée contre toute velléité de modifier la limitation des mandats. Son intercession lors de l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016 avait été déterminante pour stabiliser le pays. Cette expérience passée donne aujourd’hui un poids politique majeur à leur avertissement actuel.

Les autorités religieuses insistent sur l’existence de verrous constitutionnels intangibles, notamment concernant la durée et le nombre de mandats présidentiels. Pour l’Église, toucher à ces piliers reviendrait à fragiliser l’équilibre institutionnel du pays. Si l’entourage présidentiel assure qu’il s’agit uniquement de moderniser l’appareil d’État, ces arguments ne parviennent pas à rassurer la hiérarchie catholique, qui plaide pour un respect strict des règles existantes.

Le poids de cette contestation est d’autant plus significatif que plus de 40 % des Congolais se revendiquent du catholicisme. Le message des évêques trouve un écho puissant dans les paroisses, où les homélies dominicales servent désormais de relais à cette opposition, transformant un débat juridique en une véritable mobilisation populaire.

Un défi politique majeur pour le second mandat de Félix Tshisekedi

Malgré une majorité parlementaire solide issue des élections de décembre 2023, Félix Tshisekedi se heurte à un obstacle moral de taille. La résistance de la CENCO place le chef de l’État dans une position délicate, tant la voix des évêques est écoutée par la population et observée avec attention par la communauté internationale, de Paris à Washington.

Cette tension survient alors que la République démocratique du Congo fait face à une crise sécuritaire aiguë dans l’est, marquée par les affrontements entre les forces loyalistes et les rebelles du M23 au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Pour certains observateurs, l’ouverture de ce chantier constitutionnel pourrait détourner les ressources et l’attention des priorités militaires. Pour d’autres, il s’agit d’une stratégie pour renforcer l’autorité centrale face aux défis régionaux.

L’avenir de ce projet dépendra de la capacité du pouvoir à maintenir son agenda face à une contestation qui ne faiblit pas. Dans les mois à venir, le positionnement des acteurs de l’Union sacrée et des forces vives sera déterminant. L’épiscopat a d’ores et déjà prévenu qu’il resterait un acteur vigilant et engagé dans ce bras de fer qui pourrait redéfinir le paysage politique congolais.

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