Dakar au cœur de la stratégie anti-polio : l’Afrique renforce sa riposte avec des données de pointe
Une mobilisation régionale pour l’éradication de la poliomyélite
Dakar – La capitale sénégalaise est devenue le point de convergence pour plus de 80 spécialistes venus de 19 nations africaines. Leur mission commune durant deux semaines : affiner la qualité, la cohérence et l’exploitation des données liées à la surveillance de la poliomyélite. Cet effort concerté représente une avancée majeure pour améliorer la détection des maladies, guider efficacement les campagnes de vaccination et ainsi protéger les enfants du continent contre cette maladie invalidante.
Cette initiative se concrétise à travers l’Atelier sur l’évaluation de la qualité des données et la coordination des axes de travail de la poliomyélite, qui se tient du 8 au 19 juin 2026. Piloté par le Programme pour l’éradication de la poliomyélite (PEP) du Bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Afrique (OMS AFRO), l’événement rassemble une diversité d’acteurs clés.
Des systèmes d’information plus robustes pour des décisions éclairées
Parmi les participants figurent des délégués des ministères de la Santé, des experts des laboratoires nationaux de référence pour la poliomyélite, ainsi que des représentants des bureaux pays, du bureau régional et du siège de l’OMS. L’objectif principal est de consolider les systèmes de données qui constituent le socle de la surveillance de la maladie, de la riposte aux épidémies et de la prise de décision stratégique à travers la région africaine.
Les travaux se concentrent sur l’examen minutieux de la qualité des données dans des domaines cruciaux du programme de lutte. Sont notamment passés au crible la surveillance de la paralysie flasque aiguë (PFA), la surveillance environnementale et en laboratoire, ainsi que le suivi électronique et les activités de vaccination supplémentaires (AVS). Les experts s’attachent à analyser les défis récurrents qui entravent la qualité des informations afin de lever les obstacles et de mettre en place des solutions pragmatiques pour garantir une transmission de données fiables, régulières et rapides.
Pour ce faire, des sessions pratiques permettent aux participants de se familiariser avec des outils et solutions numériques spécifiquement conçus par l’équipe régionale. Ces outils visent à encourager l’adoption d’approches basées sur les données à tous les échelons. Les discussions portent également sur la maintenance et l’utilisation optimale des plateformes numériques, essentielles pour assurer une collecte, une analyse et un partage rapide des informations.
Une vigilance constante malgré les succès passés
Lors de l’ouverture officielle de l’atelier, le Dr Yao N’da Konan Michel, Représentant de l’OMS au Sénégal, a chaleureusement remercié le gouvernement et le Ministère de la Santé sénégalais pour leur accueil. Il a également mis en avant les performances remarquables du Sénégal dans la lutte contre les maladies infectieuses.
Le Dr Yao a souligné qu’en dépit de la certification historique de la Région africaine comme étant exempte de poliovirus sauvage en 2020, la menace des poliovirus variants circulants reste une réalité. Il a insisté sur le fait que l’éradication totale de la poliomyélite requiert une vigilance de tous les instants. Selon lui, une surveillance de haute qualité, une riposte prompte aux flambées épidémiques, des campagnes de vaccination performantes et la capacité à identifier les poches d’enfants non vaccinés sont indispensables. Au centre de ces efforts, a-t-il affirmé, se trouve un écosystème numérique solide, soutenu par une gouvernance rigoureuse des données.
Abondant dans le même sens, M. Kebba Touray, responsable de l’équipe Gestion des données et de l’information du Programme, a précisé que cet atelier symbolise un engagement collectif. Il s’agit de préserver et de capitaliser sur l’héritage du programme en matière de gestion de données pour renforcer durablement les systèmes de surveillance sanitaire en Afrique. Il a rappelé que ce système performant a été bâti grâce au leadership de l’OMS, à des années de financement de la Fondation Gates et au soutien technique d’autres partenaires.
M. Touray a exhorté les participants à saisir cette opportunité pour corriger les lacunes persistantes en matière de qualité des données. Il a prévenu que sans progrès significatifs, il deviendrait difficile d’évaluer la sensibilité de la surveillance, de mesurer l’efficacité des campagnes de vaccination ou d’analyser la performance des ripostes aux épidémies. Une telle situation pourrait, selon lui, compromettre les avancées réalisées jusqu’ici vers l’éradication de la poliomyélite dans la région.