Coopération économique Bénin-Russie : Mariam Chabi Talata dévoile les dessous des ambitions de Cotonou à Moscou Actualités Par Oumou Salifou - 30 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture8 min×1 Derrière les discours protocolaires et les déclarations grandiloquentes des sommets internationaux se cachent parfois des négociations feutrées et des stratégies d’influence méconnues du grand public. Lors du troisième Sommet Russie-Afrique qui s’est tenu à Moscou, la Vice-Présidente du Bénin, Mariam Chabi Talata, n’a pas seulement porté la voix de Cotonou : elle a piloté une véritable offensive diplomatique pour positionner le pays comme un partenaire économique incontournable sur l’échiquier afro-russe. Mais quelles sont les coulisses de cette démarche audacieuse qui pourrait redéfinir les équilibres économiques du Bénin ? Une diplomatie béninoise à la manœuvre : quand Cotonou écrit sa propre histoire avec Moscou Loin des clichés d’une coopération héritée du passé, l’engagement du Bénin en Russie s’articule autour d’une vision prospective. Mariam Chabi Talata n’a pas attendu les salons feutrés du Kremlin pour imposer cette nouvelle donne : dès son arrivée à Moscou, la Vice-Présidente a rappelé que les relations entre les deux pays, officiellement scellées en 1962 après l’indépendance du Dahomey, ne sont plus le simple produit d’un héritage socialiste. Elles sont aujourd’hui réinventées pour répondre aux défis d’un Bénin résolument tourné vers l’avenir. L’histoire diplomatique entre Cotonou et Moscou, souvent résumée à des clichés sur les coopérations des années 1970-1980 (formation de cadres, échanges académiques et militaires), prend aujourd’hui une nouvelle dimension. Une page se tourne : celle où le Bénin ne se contentait plus de bénéficier des partenariats, mais où il devenait un acteur clé capable d’imposer ses propres règles du jeu économique. Les coulisses du sommet : comment le Bénin a gommé les stéréotypes des échanges inéquitables Bilan et perspectives : le Bénin impose son agenda économique Ce troisième Sommet Russie-Afrique, qui a succédé aux éditions de Sotchi (2019) et Saint-Pétersbourg (2023), n’était pas une simple réunion protocolaires. Les débats ont été rythmés par un bilan sans concession du plan d’action russo-africain pour la période 2023-2026. Mais c’est sur l’avenir que les discussions ont basculé : comment structurer une collaboration plus équilibrée pour le prochain cycle triennal (2027-2029) ? Le Bénin a joué un rôle central dans cette refonte. Contrairement à des années passés où les échanges étaient souvent déséquilibrés, Cotonou a poussé pour des partenariats gagnant-gagnant, où les investissements russes ne se limitent plus à l’exportation de matières premières ou à des transferts de technologie opaques. L’objectif affiché : des projets concrets qui créent de la valeur ajoutée sur place, tout en renforçant l’autonomie économique du pays. Les leviers mobilisés par Mariam Chabi Talata pour transformer la coopération Lors des ateliers du Forum économique et humanitaire, la Vice-Présidente n’a pas seulement listé les atouts du Bénin : elle a démontré comment chaque projet peut être un tremplin vers une souveraineté industrielle et agricole. Dans les couloirs feutrés du forum, les discussions ont porté sur des secteurs stratégiques : l’agroalimentaire, les énergies renouvelables, la logistique portuaire de Cotonou — un hub essentiel pour l’Afrique de l’Ouest. L’idée-force ? Le Bénin ne cherche plus à être un simple bénéficiaire des projets russes, mais bien un co-développeur capable d’attirer des investissements ciblés et durables. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 72 accords signés lors du sommet, plusieurs concernent directement le Bénin, avec des montants et des échéances qui dépassent le cadre des mémorandums classiques. Les discussions ont aussi permis d’aborder la question sensible des transferts de technologie et des partenariats universitaires, un héritage des années 1980 que Cotonou souhaite moderniser pour former une nouvelle génération d’experts béninois. Entre héritage et innovation : quelle diplomatie pour le Bénin de demain ? Alors que les chefs d’État et les délégations quittent Moscou avec une déclaration conjointe et un programme d’action renouvelé, une question persiste : comment le Bénin compte-t-il ancrer cette nouvelle dynamique dans le temps ? Les signaux envoyés par Mariam Chabi Talata sont clairs. La Vice-Présidente a martelé un message lors de chaque intervention : le Bénin ne joue plus la carte de la dépendance, mais celle de l’alliance stratégique. Cette nouvelle approche repose sur trois piliers : Une diplomatie économique exigeante : Cotonou ne signe plus des accords par défaut, mais recherche des partenaires qui s’engagent à long terme, dans une logique de réciprocité; Un ancrage continental : le Bénin utilise les sommets multilatéraux pour renforcer sa position en Afrique, en se positionnant comme un relais entre la Russie et les économies ouest-africaines; Une vision prospective : les projets discutés à Moscou ne sont pas des promesses en l’air, mais des engagements concrets, avec des calendriers précis et des évaluations trimestrielles pour en mesurer l’impact. Le message est sans ambiguïté : dans un monde où les alliances se recomposent, le Bénin trace sa route. Et Moscou est devenu un terrain d’expérimentation pour une nouvelle forme de diplomatie, où le développement économique prime sur les rhétoriques creuses. Quels enseignements tirer de ce sommet pour les autres pays africains ? Si le Bénin a marqué les esprits à Moscou, c’est aussi parce que sa démarche illustre une tendance de fond : l’émergence d’une diplomatie africaine offensive. Les autres nations du continent observent avec attention comment Cotonou manage à négocier des accords qui ne se contentent plus de redistribuer les richesses, mais les créent. Les leçons à retenir ? L’importance de l’agenda intérieur : avant de négocier avec Moscou, le Bénin a consolidé ses propres secteurs clés (ports, énergies, agriculture) pour aborder les discussions en position de force; La diplomatie multisectorielle : Mariam Chabi Talata n’a pas limité ses échanges aux seuls responsables politiques. Elle a impliqué des acteurs économiques, des universitaires et des entrepreneurs pour donner une assise concrète aux partenariats; La transparence comme outil de légitimité : en affichant clairement ses priorités et en publiant des bilans réguliers, le Bénin a gagné la confiance des investisseurs russes, tout en renforçant sa crédibilité sur la scène internationale. Face à un contexte géopolitique en pleine recomposition, les résultats de ce sommet pourraient bien servir de modèle à suivre : celui d’une Afrique qui ne subit plus les règles du jeu, mais qui les réinvente. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles