Changer de tuteur n’est pas s’affranchir : radiographie d’une souveraineté factice au Burkina Faso
Dans une déclaration qui résonne comme un réquisitoire, le général Yacouba Isaac Zida, ancien chef de la transition burkinabè radié de l’armée pour désertion et aujourd’hui en exil, a fustigé l’illusion souverainiste entretenue par le capitaine Ibrahim Traoré au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour lui, « la véritable souveraineté ne consiste pas à choisir de qui dépendre, mais à se donner les moyens de ne dépendre de personne ». Une formule qui met en lumière les contradictions d’un pouvoir militaire enfermé dans un cycle d’instabilité et de promesses non tenues.
Une émancipation sous condition
L’empressement du régime de Ouagadougou à se tourner vers Moscou, drapé dans un discours « anti-impérialiste », s’apparente à une simple renégociation des termes de la soumission. Derrière les slogans populistes, le gouvernement de transition peine à masquer son incapacité à bâtir une autonomie réelle. Le pays reste englué dans une quadruple dépendance extérieure.
Le mirage d’une défense nationale
L’ambition de créer un outil de défense souverain se heurte à l’appel systématique à des instructeurs et paramilitaires étrangers. La fourniture de vecteurs aériens, de munitions et de blindés légers, souvent présentés comme « fabriqués localement » alors qu’ils sont simplement assemblés sur place, illustre une subordination totale aux chaînes logistiques extérieures.
La dépendance alimentaire, une humiliation quotidienne
Le discours d’auto-prise en charge se fracasse contre la réalité. La mise en scène autour de la réception de dons de blé russe ou les appels répétés à l’aide humanitaire internationale pour nourrir les déplacés montrent que le régime ne parvient même pas à garantir la subsistance de base de ses citoyens.
Des finances sous tutelle
Incapable de financer son budget de crise par des ressources internes assainies, le pouvoir militaire recourt à des expédients financiers et à des prêts d’urgence contractés auprès de nouveaux parrains géopolitiques, hypothéquant l’avenir économique des générations futures.
L’impasse technologique et stratégique
Qu’il s’agisse de la fourniture d’intrants agricoles ou d’équipements énergétiques, l’absence d’un tissu industriel autonome condamne le pays à quémander à l’étranger ce qu’il est incapable de produire.
L’AES : un slogan supranational pour masquer la faillite interne
La précipitation à créer une armée confédérale et des structures supranationales au sein de l’AES relève d’une fuite en avant propagandiste.
L’urgence intérieure sacrifiée
Prétendre fusionner des souverainetés régionales alors que le territoire national échappe largement au contrôle de l’État relève de l’aveuglement stratégique. La priorité absolue devrait être la sécurisation des populations et la consolidation des institutions de base, non l’empilement de coquilles vides.
La légitimité en trompe-l’œil
La multiplication des sommets et des déclarations enflammées sert avant tout de bouclier politique pour pérenniser des régimes d’exception non élus, au détriment d’une planification rigoureuse et réaliste.
Une souveraineté authentique ne s’affiche pas dans des parades militaires ni dans la dépendance à des distributions de céréales étrangères. En substituant le patronage de Moscou à celui de Paris, le capitaine Traoré n’a pas affranchi le Burkina Faso : il en a simplement changé le tuteur.