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Centrafrique : le jeu trouble de Moscou sous le microscope de l’experte Hassen

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Derrière la façade diplomatique : l’ombre russe révélée par Marie-Reine Hassen

Lorsque Marie-Reine Hassen, figure incontournable de l’analyse géopolitique africaine, évoque la Centrafrique, son discours dépasse la simple observation. Elle y dévoile un terrain d’expérimentation où les stratégies moscovites se déploient avec une précision chirurgicale, transformant le pays en un laboratoire grandeur nature des ambitions russes sur le continent. Mais quels mécanismes invisibles ont permis à Moscou de s’immiscer si profondément dans les rouages centrafricains ? Une plongée dans les coulisses d’une influence aussi discrète que redoutable.

Les racines d’une influence : quand la diplomatie rencontre les intérêts stratégiques

L’engagement russe en Centrafrique ne relève pas du hasard. Depuis plusieurs années, Moscou a méthodiquement tissé sa toile, exploitant les failles d’un État fragilisé par des décennies de crises politiques et sécuritaires. Les accords militaires signés avec Bangui, souvent présentés comme des partenariats de coopération, cachent en réalité une stratégie bien plus vaste : la sécurisation des ressources minières, notamment l’or et le diamant, et l’installation d’une base logistique permanente au cœur de l’Afrique.

Marie-Reine Hassen souligne que cette approche s’appuie sur un double levier : d’une part, une diplomatie agressive visant à marginaliser les anciennes puissances coloniales, et d’autre part, une propagande ciblée destinée à légitimer la présence russe auprès des populations locales. Les médias contrôlés par Moscou diffusent une narration où la Russie apparaît comme le seul acteur capable de rétablir la paix et la stabilité, malgré les controverses entourant le groupe Wagner.

Le groupe Wagner : un outil au service d’une stratégie globale

Impossible d’évoquer l’influence russe en Centrafrique sans aborder le rôle du groupe Wagner. Ce consortium paramilitaire, officiellement présenté comme une entreprise de sécurité privée, agit en réalité comme une armée parallèle au service des intérêts du Kremlin. En Centrafrique, ses mercenaires ne se contentent pas de former les forces locales : ils participent activement aux combats contre les groupes armés, tout en assurant la protection des intérêts économiques russes.

Les rapports d’experts, dont ceux de Marie-Reine Hassen, révèlent que Wagner agit comme un État dans l’État : il contrôle des mines, supervise des projets d’infrastructure et influence les décisions politiques. Son modèle économique repose sur l’exploitation des ressources naturelles, qu’il échange contre des armes et des mercenaires. Une équation gagnante pour Moscou, qui renforce ainsi son emprise sur le pays sans avoir à engager officiellement ses troupes.

Une économie sous contrôle : quand les mines deviennent le nerf de la guerre

Les ressources minières de Centrafrique sont au cœur de la stratégie russe. Depuis 2018, des entreprises liées à Wagner ont obtenu des concessions minières dans des zones stratégiques, notamment dans la région de Ndélé et de Bamingui-Bangoran. Ces accords, souvent opaques, permettent à Moscou de contrôler une part significative de la production d’or et de diamant, tout en finançant ses opérations militaires.

Marie-Reine Hassen explique que cette mainmise économique s’accompagne d’une restructuration des circuits de vente. Les minerais extraits sont acheminés vers des pays tiers, comme les Émirats arabes unis ou la Russie, où ils sont fondus et revendus sur les marchés internationaux. Ce système, en circuit fermé, permet de contourner les sanctions internationales et d’alimenter les caisses de guerre du groupe Wagner.

Les conséquences pour la population : entre illusions et désillusions

Si la propagande russe vante les mérites de son intervention, la réalité sur le terrain est bien différente. Les Centrafricains assistent à une amélioration relative de la sécurité dans certaines zones, mais au prix d’une dépendance accrue envers Moscou. Les promesses de développement économique peinent à se concrétiser, et les populations locales restent confrontées à la pauvreté et à l’insécurité.

Marie-Reine Hassen met en garde contre l’illusion d’une alliance gagnante. Pour elle, la présence russe en Centrafrique est avant tout un calcul cynique : Moscou y trouve des ressources stratégiques et une position géopolitique avantageuse, tandis que les Centrafricains héritent d’une souveraineté de plus en plus réduite. Une équation où les gagnants sont rares, et les perdants, nombreux.

L’avenir de la Centrafrique : vers une souveraineté en sursis ?

Alors que la Centrafrique tente de se relever de décennies de conflits, l’influence russe dessine un avenir incertain. Les accords militaires et économiques signés avec Moscou risquent de verrouiller le pays dans une dépendance durable, limitant sa marge de manœuvre sur la scène internationale.

Marie-Reine Hassen insiste sur la nécessité d’une prise de conscience collective. Pour elle, la seule issue viable passe par une réappropriation des leviers de décision par les autorités centrafricaines, avec le soutien de la communauté internationale. Sans cela, la Centrafrique pourrait bien devenir le symbole d’une Afrique où les puissances étrangères écrivent l’histoire à la place des Africains.

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Oumou Salifou
Journaliste
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