9 juin 2026

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Cameroun : la justice en suspens, le conseil supérieur de la magistrature doit se réunir d’urgence

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Dans son éditorial du 8 juin 2026, le journaliste Eric Boniface Tchouakeu revient sur l’urgence de la tenue du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) après les récentes nominations présidentielles.

Le chef de l’État a signé le 2 juin 2026 un décret renouvelant les membres du CSM. Sur quatorze membres, dix ont été reconduits pour un mandat de cinq ans, alors que leur précédent mandat avait expiré depuis un an. Le CSM ne s’est plus réuni depuis août 2020, soit près de six années.

Pour l’avocat Me Felix Nkongo Agbor Balla, cette situation constitue une grave défaillance institutionnelle aux conséquences lourdes sur l’État de droit, l’indépendance de la justice et la confiance des citoyens. Le CSM, rappelle-t-il, est constitutionnellement chargé de la gestion des carrières, de la discipline, de l’intégration et de la régulation éthique des magistrats. Dans une tribune publiée en janvier 2026, Me Agbor Balla écrivait : « Sa mise en sommeil continue a paralysé ces fonctions essentielles et affaibli considérablement le secteur judiciaire. »

L’une des conséquences les plus préoccupantes est que les magistrats sortis de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) au cours des six dernières années n’ont toujours pas été formellement intégrés dans le corps judiciaire. Ils ne peuvent donc pas prêter serment ni exercer, créant un vide alarmant dans les juridictions à travers le pays.

« Le Cameroun fait actuellement face à une pénurie critique de magistrats, entraînant la surcharge des tribunaux, l’accumulation excessive des dossiers, des détentions prolongées et des retards généralisés dans l’administration de la justice », déplorait Me Agbor Balla.

L’absence prolongée de réunion du CSM prive également les citoyens d’un accès rapide à la justice, car de nombreux postes sont vacants à la suite de décès, de départs à la retraite ou de désengagements. Ce vide a conduit à des nominations juridiquement contestables, notamment dans certaines juridictions administratives où des juges ont été désignés sans l’avis préalable du CSM, seul organe compétent en matière de nomination et d’affectation des magistrats.

Au-delà de l’intégration, les procédures disciplinaires sont bloquées, les promotions suspendues et les fautes professionnelles ne peuvent être examinées. Les magistrats intègres sont découragés tandis que la corruption prospère en l’absence de contrôle, soulignait encore Me Agbor Balla.

Après ce constat alarmant, l’urgence de la tenue du CSM est une évidence. La législation en vigueur prévoit que cette instance se réunisse deux fois par an. Il est temps de revenir au respect scrupuleux de cette règle pour restaurer la crédibilité du système judiciaire camerounais.

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