Cameroun et la BAD : des milliards engagés, l’impératif d’une exécution rapide
La collaboration entre la Banque africaine de développement (BAD) et le Cameroun connaît une expansion significative en termes de volumes financiers. Cependant, la concrétisation de ces fonds en dépenses réelles demeure un défi. Depuis le lancement du Document de Stratégie Pays (DSP) 2023-2028, l’institution panafricaine a validé huit nouvelles opérations destinées à Yaoundé, totalisant 833,8 milliards de FCFA. Ce montant représente 67,9 % de l’enveloppe prévisionnelle initiale, fixée à 1 227,5 milliards de FCFA pour la période concernée. Ces informations ont été partagées lors d’une revue conjointe tenue dans la capitale camerounaise.
L’accroissement des engagements est frappant. La BAD évalue désormais ses engagements globaux envers le Cameroun à 1 603,6 milliards de FCFA, contre 1 226,2 milliards au début du DSP. Cette augmentation de 377,4 milliards de FCFA représente une progression de près de 31 %. Parallèlement, la capacité annuelle du pays à accéder aux ressources du guichet souverain a bondi de 273,3 à 429,4 milliards de FCFA, soit une hausse de 57,1 %. Ces indicateurs témoignent d’une confiance accrue du bailleur multilatéral envers la capacité de remboursement du Cameroun.
Les défis du décaissement : seul un quart des fonds mobilisés
Malgré l’ampleur des engagements, leur transformation en dépenses effectives progresse lentement. Le portefeuille actif global, estimé à 1 629,2 milliards de FCFA lors de la récente revue, affiche un taux de décaissement cumulé de seulement 26 %. Ce pourcentage englobe à la fois les opérations antérieures au DSP et celles approuvées depuis 2023. Il ne signifie pas que seulement 26 % des 833,8 milliards nouvellement validés ont été mobilisés, mais il met en lumière la difficulté structurelle du pays à absorber pleinement les financements disponibles.
Les obstacles identifiés sont des problématiques récurrentes. Les délais dans la signature et l’entrée en vigueur des accords de financement sont fréquents, la planification des fonds de contrepartie par le Trésor public est souvent insuffisante, et les rapports d’audit tardent à être transmis au bailleur. Ces frictions entravent chaque étape, de l’approbation d’un projet à son exécution concrète, incluant la satisfaction des conditions préalables, la passation des marchés, la mobilisation des entreprises et le versement des tranches.
Secteurs clés : transports et énergie en tête des investissements
L’analyse sectorielle du portefeuille révèle une forte concentration des financements sur les infrastructures lourdes. Le secteur des transports capte 53,83 % des ressources mobilisées, suivi par l’énergie qui représente 22,32 %. L’agriculture bénéficie de 10,8 % des fonds, et le secteur social de 9,19 %. Rapportées à la valeur totale du portefeuille actif, ces proportions équivalent à environ 877 milliards de FCFA pour les transports et 364 milliards pour l’énergie. Ces deux segments prédominent, accaparant plus des trois quarts de l’exposition financière de la Banque au Cameroun.
Le ministère de l’Économie met en avant plusieurs réalisations concrètes issues de ce partenariat : la construction de plus de 570 kilomètres de routes, la centrale hydroélectrique de Nachtigal avec ses 420 MW de puissance installée, et la distribution de plus de 133 000 tonnes d’engrais et de semences améliorées. Les opérations en cours d’exécution sont censées créer plus de 14 500 emplois directs, avec un accent particulier sur les jeunes et les femmes. Cependant, ces projections restent tributaires du démarrage effectif des chantiers.
Une lueur d’espoir : baisse des projets à risque
Un indicateur récent suggère une dynamique positive. La proportion de projets classés en alerte rouge, c’est-à-dire ceux dont le calendrier ou les objectifs sont compromis, a diminué de 48 % à 26 %. Ce recul de 22 points rapproche le portefeuille camerounais de l’objectif institutionnel de 25 % fixé par la BAD. Cette amélioration découle des premiers effets d’un plan d’accélération mis en œuvre conjointement, qui comprend des contrats de performance, des revues sectorielles mensuelles et un traitement prioritaire des opérations signées sans décaissement depuis plus de quinze mois.
« Nous devons passer d’une logique de procédures à une culture de résultats », avait souligné Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale. Il a également insisté sur le rôle crucial attendu du secteur privé dans la transformation économique du Cameroun. Avec près de 68 % du programme indicatif déjà approuvé, la réussite du partenariat dépendra moins de l’annonce de nouveaux volumes que de la rapidité d’exécution : la réduction des délais administratifs, la sécurisation des contreparties nationales, l’optimisation des procédures de passation des marchés et le respect des obligations d’audit sont désormais les priorités pour la livraison effective des infrastructures.