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Cameroon : et si cette nouvelle formule d’importation de pétrole sauvait le budget national ?

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Le Cameroun est-il à l’aube d’une révolution dans son approvisionnement en carburants ? Lors d’une rencontre stratégique à Yaoundé, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a examiné avec une délégation internationale un modèle inédit d’importation de pétrole, présenté comme une solution potentiellement salvatrice pour les finances publiques. Mais cette formule audacieuse, basée sur un système de crédit fournisseur, soulève autant de promesses que de questions sur sa viabilité économique.

Inédit dans le secteur pétrolier camerounais, le montage proposé par KC Trade International, dirigé par Cédric Ketchanga, en collaboration avec BGN (basé à Genève et dirigé par Rüya Bayegan) et Zyron Energy (Émirats arabes unis), mise sur un financement « Open account 100 % ». Ce schéma, où le Cameroun paierait ses cargaisons seulement après réception, pourrait-il être la clé pour soulager un Trésor national sous pression ?

Des enjeux financiers colossaux derrière un crédit fournisseur inhabituel

Le projet repose sur un mécanisme risqué et peu conventionnel : livrer des cargaisons de produits pétroliers (essence, gasoil, GPL) avant paiement, avec un règlement différé dont les modalités restent floues. Pourtant, ce type d’accord, standard en Europe pour des biens de consommation, est rare dans le négoce pétrolier, où les lettres de crédit dominent pour sécuriser les transactions. Une cargaison représente un investissement de 30 à 60 millions de dollars, un montant susceptible de bouleverser les équilibres budgétaires d’un pays dépendant de ses importations.

Malgré l’urgence annoncée, ni les volumes concernés, ni la durée du crédit, ni les garanties exigées (souveraines ou bancaires) n’ont été communiqués. Une opacité qui complique l’évaluation précise de l’impact sur la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) et le Trésor public, alors que le pays importe déjà près de 2,2 millions de tonnes de produits pétroliers par an.

Le Cameroun, un eldorado pour les traders internationaux depuis l’effondrement de la Sonara

Le basculement du Cameroun dans une dépendance totale aux importations remonte à mai 2019, date à laquelle l’incendie de la raffinerie de Limbé (unique du pays) a paralysé la production nationale. Depuis, malgré quelques tentatives de relance, aucune remise en service significative n’a été enregistrée. Résultat : entre janvier et octobre 2025, 1,79 million de tonnes de carburants liquides et GPL ont été importées, un volume qui pourrait atteindre 2,2 millions de tonnes annuelles — un marché juteux pour les négociants internationaux.

À titre de comparaison, la Côte d’Ivoire, dont la raffinerie traite 3,5 millions de tonnes par an, reste exportatrice nette dans la sous-région. Ce contraste met en lumière l’opportunité sans précédent offerte aux traders comme BGN, déjà actif sur le terrain et envisageant des investissements locaux. Une dynamique qui interroge : le Cameroun peut-il négocier avec des acteurs privés sans aliéner sa souveraineté énergétique ?

Au-delà du carburant : une intégration profonde dans la chaîne pétrolière camerounaise

L’offre ne se limite pas à l’importation de produits finis. Les discussions à Yaoundé ont aussi porté sur des partenariats pluriannuels, la commercialisation du brut camerounais à l’international, et même des prises de participation dans des infrastructures portuaires et pétrolières. Autant de pistes qui, si elles se concrétisent, engageront l’État dans des alliances durables avec des acteurs dont l’influence actuelle dans l’approvisionnement national reste méconnue.

L’un des secteurs les plus sensibles concerne la gestion du brut, actuellement assurée par la Société nationale des hydrocarbures (SNH) via des appels d’offres trimestriels. L’éventuelle arrivée de nouveaux intermédiaires pourrait redessiner les recettes pétrolières du pays, alors que la production oscille entre 60 000 et 65 000 barils par jour. Pour les autorités, la décision ne portera pas uniquement sur un simple mécanisme de trésorerie, mais sur la place à accorder à ces nouveaux venus dans un écosystème stratégique.

Ce qu’il faut retenir

  • Un modèle d’importation pétrolière basé sur un crédit fournisseur « Open account 100 % », inédit au Cameroun.
  • Un marché des carburants désormais dépendant à 100 % des importations (2,2 millions de tonnes/an), après l’arrêt de la Sonara en 2019.
  • Des propositions élargies : fournitures pluriannuelles, commercialisation du brut, et investissements dans les infrastructures.
  • Des risques majeurs : opacité financière, exposition aux marchés volatils, et implications sur la souveraineté énergétique.
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Ali Mahamane
Journaliste
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