Bénin : derrière l’accueil des Afro-descendants se cachent les enjeux économiques d’une diaspora mobilisée Société Par Ali Mahamane - 26 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 Bénin : derrière l’accueil des Afro-descendants se cachent les enjeux économiques d’une diaspora mobilisée Un samedi 24 octobre à Cotonou, 53 nouveaux citoyens béninois ont officiellement été naturalisés. Derrière cette cérémonie symbolique, se profile une stratégie économique ambitieuse : transformer l’adhésion de la diaspora afrodescendante en levier de développement concret. Mais quels mécanismes cachent cette initiative, et comment le pays pourrait-il en tirer profit ? Les coulisses d’une naturalisation révélatrice : une démarche à double tranchant La cérémonie de naturalisation tenue au Complexe judiciaire de Cotonou marque une étape symbolique, mais elle s’inscrit dans une politique plus large visant à renouer les liens entre le Bénin et ses enfants dispersés par l’histoire. Cette démarche, bien que porteuse d’espoir, repose sur un paradoxe : comment concilier reconnexion identitaire et bénéfices économiques tangibles ? Officiellement, ces 53 nouveaux citoyens, majoritairement issus des États-Unis, du Canada, des Caraïbes et d’Europe, incarnent la volonté du Bénin de se positionner comme un acteur clé du dialogue intercontinental. Mais sur le plan économique, cette naturalisation pourrait servir de catalyseur pour attirer des investissements, stimuler des secteurs clés et dynamiser le marché local. L’investissement des Afro-descendants : un potentiel encore sous-exploité Les 53 nouveaux Béninois ne constituent qu’une infime partie d’une diaspora bien plus vaste, riche de compétences, de capitaux et de réseaux. Leur engagement économique pourrait transformer des secteurs entiers, à condition que le cadre institutionnel soit suffisamment attractif. Voici comment : Financements directs : des fonds privés ou des prêts personnels pourraient alimenter des projets entrepreneuriaux ou des investissements immobiliers, surtout si les garanties fiscales et bancaires sont rassurantes. Partenariats stratégiques : des entreprises locales pourraient s’associer à des entrepreneurs afrodescendants pour moderniser des activités traditionnelles comme l’agriculture ou l’artisanat. Diversification des secteurs ciblés : au-delà de l’agro-industrie et des infrastructures, des branches comme les énergies renouvelables ou les technologies de l’information pourraient bénéficier de cette manne. Pour que ces opportunités se concrétisent, le Bénin devra simplifier les démarches administratives et offrir des incitations fiscales claires. Un environnement des affaires prévisible et sécurisé reste le nerf de la guerre pour attirer ces capitaux. Les défis du retour : entre ambitions et réalités Si l’attribution de la nationalité béninoise est un geste fort, elle ne garantit pas une migration massive des bénéficiaires. Beaucoup hésitent à quitter leur pays de résidence pour s’installer définitivement au Bénin, en raison de la stabilité économique, des infrastructures ou de l’accès aux services publics. Les autorités devront donc aller au-delà de la symbolique : créer des zones franches adaptées, des incubateurs d’entreprises ou des avantages fiscaux temporaires pour encourager les investissements physiques. Des dispositifs comme des visas longs pour les investisseurs ou des exonérations douanières pourraient faire la différence. Le tourisme mémoriel : quand l’histoire devient un business lucratif Le Bénin ne mise pas seulement sur les investissements financiers. Son patrimoine historique, notamment à Ouidah, Abomey et Porto-Novo, représente une carte maîtresse pour attirer une clientèle afrodescendante en quête de racines. Voici comment exploiter ce potentiel : Circuits historiques haut de gamme : des visites guidées thématiques (maisons d’esclaves, musées, sites archéologiques) pourraient être proposées avec des prestations confort et exclusives (restaurants, hébergements, transports premium). Événements culturels ciblés : festivals annuels célébrant l’héritage afrodescendant, colloques universitaires ou expositions itinérantes dans les pays de la diaspora. Amélioration des infrastructures : rénovation des sites historiques, création de centres d’accueil pour les visiteurs, et développement de services multilingues (anglais, espagnol, français). Le défi ? Éviter que ce tourisme reste un phénomène saisonnier ou élitiste. Une stratégie de promotion agressive, notamment via les réseaux sociaux et les plateformes spécialisées dans les voyages ethniques, sera déterminante. Des retombées économiques bien réelles, à condition de bien les cibler Les retombées ne se limitent pas aux revenus immédiats des hôtels ou des restaurants. Une étude du ministère du Tourisme montre que chaque visiteur afrodescendant dépense en moyenne 500 à 1 500 euros par séjour, avec un impact significatif sur l’emploi local (guides, artisans, transporteurs). Cependant, pour que ces flux deviennent durables, le Bénin devra structurer son offre : créer des partenariats avec des voyagistes internationaux, développer des offres familiales ou des séjours Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)SociétéTous les articles