2 juin 2026

Eveil des Nations

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Bénin : déjouer un coup d’État, le défi de Patrice Talon

Une tentative de coup d’État a secoué le Bénin, menaçant brièvement la stabilité du pouvoir de Patrice Talon. Au petit matin du dimanche 7 décembre, des soldats mutins ont pris le contrôle de la Télévision publique, la SRTB, à Cotonou, annonçant la destitution du président. Âgé de 67 ans, Patrice Talon, qui doit céder son fauteuil en avril 2026 après dix ans de mandat, a été rapidement mis en sécurité. Pendant ce temps, les unités militaires fidèles ont méthodiquement repris les sites stratégiques. Des sources sécuritaires confirment que les mutins avaient d’abord échoué à s’emparer de sa résidence privée dans le quartier de Guézo. En fin de matinée, la capitale économique, Cotonou, était sous haute surveillance, avec des hélicoptères patrouillant le ciel et des troupes au sol, tandis que la situation se stabilisait. Ce fut un événement inattendu pour un pays qui n’avait pas connu de putsch depuis celui de Mathieu Kérékou en 1972.

Lors d’une allocution diffusée le dimanche soir au journal de 20h sur la télévision nationale, le président Patrice Talon a déclaré : « Notre pays a traversé aujourd’hui des événements d’une gravité extrême. Cette trahison ne restera pas impunie. » Il a également mentionné que des « personnes » étaient toujours détenues par des mutins en fuite, soulignant l’urgence de sécuriser pleinement la situation et d’assurer la protection des citoyens.

Ce coup de force a eu des conséquences tragiques : l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire du président, a été tuée lors de l’assaut contre son domicile à Abomey-Calavi. La fille de ce proche collaborateur, promu général de corps aérien en juin dernier, a également été blessée par les tirs des assaillants.

Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a synthétisé les événements de la mi-journée : « Au petit matin de ce dimanche 7 décembre 2025, un groupuscule de soldats a engagé une mutinerie dans le but de déstabiliser l’État et ses institutions. Face à cette situation, les Forces armées béninoises et leur hiérarchie, fidèles à leur serment, sont restées républicaines. Leur riposte a permis de garder le contrôle de la situation et de faire échec à la manœuvre. Aussi, le Gouvernement invite-t-il les populations à vaquer normalement à leurs occupations. »

Olushegun Adjadi Bakari, ministre des Affaires étrangères, a précisé que la majorité des soldats restaient loyaux au président, et qu’un « petit groupe » seulement avait tenté de prendre le pouvoir. Depuis, une douzaine de militaires, incluant les présumés instigateurs de la tentative de putsch et un ancien membre de l’armée béninoise, ont été arrêtés, selon des sources sécuritaires concordantes.

L’assaut des mutins sur les lieux de pouvoir

Les premières détonations ont retenti à l’aube. Plusieurs sources sécuritaires indiquent qu’un groupe de soldats, soutenu par des « éléments extérieurs » décrits comme des mercenaires, a d’abord ciblé les résidences de hauts gradés. Ils se sont ensuite dirigés vers la demeure du président et le palais présidentiel, avant de s’emparer de la télévision publique. Sur le plateau, le personnel a été contraint d’assister à l’enregistrement d’un message des mutins. Dans cette déclaration, les insurgés affirmaient agir au nom du lieutenant-colonel Pascal Tigri, annonçant la création d’un « Comité militaire pour la refondation » sous sa direction, et proclamant la « destitution » de Patrice Talon, à quelques mois de la fin officielle de son mandat.

Le lieutenant-colonel Tigri a également déclaré la suspension de la Constitution et de toutes les institutions du pays, affirmant que « l’armée nationale exercer[ait] jusqu’à nouvel ordre la plénitude des pouvoirs dévolus à l’État du Bénin ». Il a justifié cette action par la volonté de mettre fin à ce qu’il décrivait comme « la gouvernance de Patrice Talon et la privation de certains citoyens de leurs droits de choisir leur candidat », dénonçant en outre « le vote de lois crisogènes », « le renvoi en exil de certains citoyens » et « les arrestations tous azimuts ».

Les ambassades des États-Unis et de France ont réagi très tôt. L’ambassade américaine a émis une alerte à ses ressortissants, signalant des « échanges de coups de feu » dans le quartier de Guézo, où se trouve la résidence privée du président. L’ambassade de France a également appelé ses citoyens à la plus grande prudence.

Le coup de force a été rapidement contré sur le terrain. Peu après la déclaration des mutins, d’intenses échanges de tirs ont éclaté autour du port et du palais présidentiel. Les éléments de la garde républicaine, restés fidèles au chef de l’État, ont lancé une contre-offensive pour reprendre les positions stratégiques. L’accès à la marina, où est situé le palais présidentiel, a été immédiatement bloqué, des hélicoptères ont survolé la zone et plusieurs axes majeurs de Cotonou ont été coupés. Le gouvernement béninois a sollicité l’aide de l’armée nigériane, qui a dépêché des avions de chasse et des troupes au sol pour sécuriser la télévision publique et un camp militaire aux mains des mutins.

Confusion et retour au calme dans la capitale béninoise

Pendant plusieurs heures, une grande confusion a régné. Les rumeurs se sont propagées plus vite que les informations officielles, relayées sur TikTok, Facebook et les boucles WhatsApp, qui étaient les seuls canaux véritablement actifs en l’absence de communication rapide des autorités. Dans ce brouillard informationnel, chacun tentait de comprendre la portée réelle des événements à Cotonou.

En début d’après-midi, les détonations avaient cessé et des unités de police occupaient les principaux carrefours du centre-ville. Des témoins interrogés par Le Point Afrique ont décrit une ambiance mêlant inquiétude et retenue. « On ne sait toujours pas exactement ce qu’il s’est passé », a confié une habitante du quartier Cimetière PK-14. D’autres Béninois s’interrogent sur les suites et craignent d’éventuelles répliques.

Pour le Bénin, longtemps considéré comme un îlot de stabilité en Afrique de l’Ouest, cette tentative de putsch a provoqué un véritable électrochoc. Elle survient dix jours après le coup d’État en Guinée-Bissau et moins de deux mois après celui de Madagascar. Le Bénin rejoint ainsi la liste croissante des régimes démocratiques de la région menacés par les militaires, incluant le Niger, le Burkina Faso, le Mali, la Guinée et, pour la neuvième fois depuis 2020, la Guinée-Bissau.

Condamnations régionales et déploiement de forces

La tentative de putsch a immédiatement été condamnée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine (UA). L’UA a dénoncé cet acte « fermement et sans équivoque » comme une atteinte à l’ordre constitutionnel, exhortant les militaires impliqués à regagner leurs casernes. Dans un communiqué publié sur X, le président de la Commission panafricaine, Mahamoud Ali Youssouf, a appelé « tous les acteurs engagés dans cette tentative » à cesser « immédiatement » toute action illégale et à « retourner sans délai à leurs obligations professionnelles ».

De son côté, la CEDEAO a annoncé dimanche soir le déploiement de troupes au Bénin, après que la tentative de putsch a été rapidement déjouée par les autorités. L’organisation régionale a « ordonné le déploiement immédiat d’éléments de la Force en attente », avec des contingents provenant du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, pour soutenir « le gouvernement et l’armée républicaine du Bénin » et « préserver l’ordre constitutionnel ».

Présidentielle et défis sécuritaires : l’avenir du Bénin

À quelques mois de l’élection présidentielle d’avril, qui marquera la fin de son mandat, Patrice Talon navigue dans un environnement tendu. Le nord du pays est toujours confronté aux attaques djihadistes liées à Al-Qaïda ; en avril dernier, 54 soldats y ont perdu la vie.

Sur le plan politique, l’actuel président, ancien homme d’affaires et magnat du coton, au pouvoir depuis 2016, s’apprête à quitter la scène politique à la fin de son second et dernier mandat, conformément à la Constitution. Cependant, il a soigneusement préparé sa succession : la coalition au pouvoir (le Bloc républicain (BR) et l’UP-R), renforcée au fil des ans, a déjà désigné son successeur en la personne du ministre des Finances Romuald Wadagni, un pilier des politiques économiques de la dernière décennie.

La révision constitutionnelle adoptée le mois dernier, qui prévoit la création d’un Sénat et prolonge les mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans, continue d’alimenter de vifs débats et critiques. L’élimination du candidat du principal parti d’opposition, Les Démocrates, renforce davantage l’avantage du camp au pouvoir, même si la limitation à deux mandats reste en vigueur. À l’approche de la présidentielle, cette réforme cristallise les tensions politiques.

Selon des sources proches du dossier, les mutins nourrissaient des griefs politiques à l’encontre du pouvoir en place, dénonçant une gouvernance qu’ils jugeaient excluante. La question des éventuels commanditaires de cette tentative de coup d’État demeure en suspens, et sa résolution pourrait révéler des tensions plus profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois.

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