Avocate burkinabè ini benjamine esther doli : détention arbitraire et condamnation
Une avocate engagée pour les droits humains victime de répression au Burkina Faso
Au Burkina Faso, la situation des défenseurs des droits humains se dégrade de manière alarmante. Récemment, Maître Ini Benjamine Esther Doli, avocate et militante infatigable, a été condamnée à un an de prison ferme et à une amende d’un million de francs CFA pour ses prises de position publiques. Une décision judiciaire qui s’inscrit dans une logique de musellement systématique des voix critiques dans le pays.
Une condamnation pour des propos critiques envers le pouvoir
Le 10 novembre 2025, le tribunal de grande instance de Ouagadougou a reconnu Ini Benjamine Esther Doli coupable de deux chefs d’accusation :
- Outrage au chef de l’État (article 352-2 du Code pénal)
- Entreprise de démoralisation des forces armées (article 312-11 du Code pénal)
Ces accusations découlent de publications sur son compte Facebook, où elle dénonçait les violations des droits humains et les dysfonctionnements du système judiciaire burkinabè. Elle a été condamnée à un an de prison ferme et à une amende de 1 000 000 F.CFA (environ 1 525 euros). Maître Doli a fait appel de cette décision, mais elle reste détenue au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou.
Un enlèvement suivi d’une détention arbitraire
Son arrestation remonte à la nuit du 31 août au 1er septembre 2025, à son domicile à Ouagadougou. Des individus armés, se présentant comme des gendarmes, l’ont enlevée après son retour d’un voyage à l’étranger. Peu avant son enlèvement, elle avait publié sur Facebook un message critique envers le régime actuel, comparant la situation actuelle à celle de l’époque de Thomas Sankara.
Depuis son arrestation, Ini Benjamine Esther Doli a régulièrement dénoncé sur les réseaux sociaux les violations des droits fondamentaux, notamment :
- Les intimidations et enlèvements de citoyens et défenseurs des droits humains
- Les entraves à l’indépendance de la justice
- Les violences commises par les forces de l’ordre
Un contexte de répression généralisée
Cette affaire s’inscrit dans un climat de plus en plus répressif au Burkina Faso. Plusieurs autres défenseurs des droits humains et journalistes ont été victimes d’enlèvements ou de disparitions forcées ces derniers mois :
- Amadou Sawadogo (membre du Balai citoyen), libéré après deux mois de disparition
- Miphal Ousmane Lankoandé (secrétaire exécutif du Balai citoyen), toujours porté disparu
- Guy Hervé Kam, avocat et cofondateur du Balai citoyen, toujours incarcéré arbitrairement
- Plusieurs journalistes, dont Atiana Serge Oulon, toujours disparu depuis juin 2024
Ces agissements visent à étouffer toute voix dissidente et à empêcher toute critique du pouvoir en place.
Une demande de libération immédiate
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenaire de la FIDH et de l’OMCT, condamne fermement cette condamnation et cette détention arbitraire. Il exige :
- La libération immédiate et inconditionnelle d’Ini Benjamine Esther Doli
- La fin de tout harcèlement judiciaire contre elle et les autres défenseurs des droits humains
- Le respect des libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association
- Une enquête transparente sur les circonstances de son enlèvement et de sa détention
L’Observatoire rappelle que ces actes violent les engagements internationaux du Burkina Faso, notamment :
- Les Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP)
- Les Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples
- La Constitution et la Charte de la transition du Burkina Faso
Comment agir pour soutenir Ini Benjamine Esther Doli ?
Pour faire pression sur les autorités burkinabè, l’Observatoire invite à écrire aux responsables suivants :
- Capitaine Ibrahim Traore, Président du MPSR II – @CapitaineIb22
- Jean-Emmanuel Ouédraogo, Premier Ministre – @J_E_Ouedraogo
- Edasso Rodrigue Bayala, Ministre de la Justice – [email protected]
- Jean Marie Karamoko Traore, Ministre des Affaires étrangères – [email protected]
- Commission nationale des droits humains – [email protected]
Il est également conseillé d’interpeller les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans vos pays respectifs.
Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toute action entreprise en indiquant le code BFA 003 / 0925 / OBS 054.1.
Pour contacter l’Observatoire, utilisez la Ligne d’Urgence :
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- Tél. FIDH : +33 1 43 55 25 18
- Tél. OMCT : +41 22 809 49 39