Au Burkina Faso, l’orpaillage clandestin entre exploitation étrangère et héritage environnemental Actualités Par Oumou Salifou - 5 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture8 min×1 Les frontières ne devraient pas servir de zones franches pour exploiter les ressources naturelles d’autrui. Pourtant, dans plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest, l’orpaillage clandestin révèle une hypocrisie choquante : les pratiques destructrices commises à l’étranger par certains ressortissants burkinabè posent désormais la question de leur propre éthique environnementale. Derrière cette problématique se cachent des enjeux bien plus profonds qu’une simple transgression des lois : une remise en cause fondamentale de la responsabilité collective face à la préservation des sols et des écosystèmes.L’exploitation transfrontalière : un schéma aux conséquences irréversiblesLes nuits du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou du Ghana ne sont plus les seules à être éclairées par les lueurs des chantiers illégaux. Des groupes de Burkinabè, souvent issus de régions pauvres, franchissent les frontières pour s’adonner à l’orpaillage, activité aussi lucrative que dévastatrice. Les conséquences ? Des sols stérilisés par les méthodes rudimentaires des chercheurs d’or, des nappes phréatiques contaminées au mercure, des rivières asséchées ou empoisonnées, et des paysages transformés en cicatrices de l’exploitation minière.À qui profite vraiment cette ruée vers l’or noir ? Pas aux populations locales, bien au contraire. Les communautés agricoles voient leurs terres réduites à peau de chagrin, leurs moyens de subsistance anéantis et leur environnement condamné à des décennies de récupération. Ces dégradations, souvent présentées comme des « dommages collatéraux » de l’exploitation minière, sont en réalité des plaies ouvertes laissées aux générations futures.L’orpaillage clandestin : un fléau aux multiples visagesLa destruction des sols : Le recours à des outils rudimentaires comme les pompes à eau ou les excavateurs légers transforme les terres arables en déserts stériles. Les sols, privés de leur structure naturelle, perdent leur capacité à retenir l’eau et à nourrir les cultures.La pollution hydrique : L’utilisation massive de mercure pour amalgamer l’or contamine les cours d’eau, menaçant la santé des habitants et la biodiversité. Les rivières, autrefois sources de vie, deviennent des couloirs de poison.La déforestation accélérée : Pour étendre les zones de prospection, des centaines d’hectares de forêt sont rasés, privant les écosystèmes de leur biodiversité et aggravant les phénomènes de désertification.L’abandon des sites : Les fosses d’extraction, souvent abandonnées sans aucune mesure de réhabilitation, constituent des pièges mortels pour les enfants et le bétail. Chaque saison des pluies devient une menace supplémentaire.La réponse des États sous le feu des projecteursFace à ces ravages, les gouvernements des pays victimes n’ont d’autre choix que de réagir. Les expulsions de Burkinabè impliqués dans l’orpaillage illégal, bien que critiquées par leurs autorités nationales, constituent une réponse nécessaire à des actes qui menacent la souveraineté alimentaire et écologique de ces territoires. Pourtant, ces mesures sont souvent perçues comme des accusations à sens unique, alors qu’elles devraient être comprises comme une protection légitime des biens communs.Ce qui est frappant, c’est l’attitude paradoxale de certaines autorités burkinabè. D’un côté, elles défendent leurs ressortissants à l’étranger, de l’autre, elles minimisent ou ignorent les dégâts causés à leurs propres ressources par des méthodes aussi destructrices. Où est donc la cohérence ? Comment justifier un double discours où l’on exige le respect des frontières pour ses citoyens, mais où l’on ferme les yeux sur les pratiques qui menacent les terres des voisins ?L’hypocrisie des responsabilités partagéesLa solidarité régionale ne peut se limiter à des déclarations d’intention. Elle doit s’incarner dans des actions concrètes : la lutte contre les réseaux de trafiquants, la restriction des mouvements transfrontaliers pour les activités illicites, et surtout, une volonté politique de protéger les écosystèmes sans distinction de nationalité. Pourtant, les mesures prises restent souvent symboliques, comme si les conséquences environnementales étaient une variable d’ajustement dans les relations diplomatiques.Le retour forcé des Burkinabè impliqués dans l’orpaillage clandestin hors des frontières devrait être l’occasion d’une prise de conscience collective. Et si demain, ces mêmes pratiques se généralisaient au Burkina Faso ? Les populations locales seraient-elles prêtes à tolérer l’exploitation anarchique de leurs terres par des étrangers ? À accepter que leurs rivières soient empoisonnées et leurs sols stérilisés ? La réponse est évidente : non.Vers une éthique environnementale transnationaleLe véritable défi ne réside pas dans les tensions entre États, mais dans l’adoption d’une vision collective où la préservation des ressources naturelles prime sur les intérêts à court terme. L’orpaillage clandestin n’est pas une fatalité, mais le symptôme d’un système où les lois sont contournées et où les responsabilités sont diluées.Renforcer la coopération policière et judiciaire : Échanger des informations sur les réseaux de trafiquants, harmoniser les législations et sanctionner les complices locaux qui facilitent ces activités.Sensibiliser les populations à risque : Informer les jeunes des dangers de l’orpaillage clandestin, proposer des alternatives économiques durables et les intégrer dans des programmes de réinsertion.Imposer des normes environnementales strictes : Obliger les mineurs, qu’ils soient nationaux ou étrangers, à respecter des protocoles de réhabilitation des sites et à adopter des technologies moins polluantes.La question n’est pas de savoir si les frontières doivent être défendues, mais comment. Les peuples d’Afrique de l’Ouest partagent une histoire, des défis et une culture commune. Leur survie dépend désormais de leur capacité à protéger ensemble leur environnement, qu’il s’agisse des terres du Burkina Faso ou de celles du Bénin. Respecter les ressources des autres, c’est préserver les siennes. Et réclamer justice pour ses concitoyens ne devrait jamais aller de pair avec le mépris pour les souffrances infligées aux voisins.Et si le Burkina Faso était le prochain théâtre de l’orpaillage clandestin ?Ce scénario, aujourd’hui hypothétique pour le pays, pourrait devenir une réalité si rien n’est fait pour briser le cycle de l’impunité. Les autorités burkinabè doivent comprendre qu’en fermant les yeux sur les pratiques de leurs ressortissants à l’étranger, elles encouragent un système où l’exploitation anarchique devient la norme. Plutôt que de contester les mesures prises par les pays voisins, elles devraient voir dans ces expulsions une alerte rouge : un signal que la même catastrophe pourrait frapper leurs propres territoires.La véritable urgence n’est donc pas de défendre ses ressortissants à tout prix, mais de protéger les terres les siennes comme celles des autres contre ceux qui les considèrent comme un terrain de profit immédiat. Car un environnement sain n’a pas de prix, et une terre stérilisée n’a pas de frontière.Par Oumou Salifou — Journaliste Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles