Niger : les dessous d’une bataille secrète pour le contrôle du Sahel révélée International Par Ali Mahamane - 4 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Derrière les annonces officielles, une recomposition des alliances secrètes se joue au Sahel. Le Niger, enjeu géopolitique majeur, devient le théâtre d’une stratégie internationale où se croisent ambitions régionales, rivalités historiques et nouveaux partenariats. Entre visites éclair, protocoles militaires et alliances inattendues, les coulisses révèlent bien plus qu’une simple coopération sécuritaire : une bataille pour l’influence, où chaque mouvement compte. Un rapprochement éclair entre Niamey et Benghazi : les coulisses d’une alliance stratégique Le 1ᵉʳ novembre 2026, sous le soleil de Benghazi, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine signe un accord avec le camp dirigé par le maréchal Khalifa Haftar. Ce protocole, officiellement présenté comme un cadre de coopération sécuritaire, marque un tournant dans les relations entre le Niger et la Libye orientale. Si son contenu exact reste confidentiel, sa portée dépasse largement la simple coordination militaire. Il scelle surtout une volonté de diversifier les partenariats face à une France dont l’influence recule dans la région. Deux jours plus tard, le général Khaled Haftar, chef d’état-major des forces de l’Est libyen, est reçu à Paris. Les discussions avec son homologue français, le général Fabien Mandon, portent sur la formation des troupes, le partage de renseignements et une possible coordination anti-djihadiste. Ces entretiens, bien que présentés comme techniques, interrogent : s’agit-il d’une convergence d’intérêts ponctuelle ou du signe d’une alliance plus large ? L’Algérie dans la danse : une contre-offensive diplomatique tous azimuts Pendant que Paris et Benghazi échangent, Alger mène une offensive diplomatique d’ampleur. Le 3 novembre 2026, Ahmed Attaf, ministre algérien des Affaires étrangères, se rend à N’Djamena avec un message du président Abdelmadjid Tebboune pour le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno. Au-delà des courtoisies protocoles, l’objectif est clair : renforcer la coordination sécuritaire en zone sahélo-saharienne. Cette initiative ne doit rien au hasard. Elle intervient alors que les tensions entre Niamey et N’Djamena sont palpables, avec des accusations nigériennes de soutien à des groupes déstabilisateurs. Pour Alger, le Tchad représente un rempart essentiel contre l’influence des autres acteurs régionaux. Les 27 accords signés entre les deux pays incluent des volets sécuritaires, énergétiques et migratoires, preuve d’une volonté de maîtrise totale de l’espace. Le Tchad, un partenaire clé sous haute surveillance Le rapprochement algéro-tchadien prend une dimension stratégique quand on sait que Niamey accuse N’Djamena de collaborer avec Paris pour affaiblir le régime nigérien. Face à cette menace perçue, Alger renforce son emprise au Niger via des exercices militaires conjoints et une présence accrue en diplomatie préventive. Le Parlement algérien valide d’ailleurs, le 25 octobre, le déploiement de troupes nigériennes sur son sol, officialisant une alliance militaire qui dépasse le cadre bilatéral. Les Émirats à la manœuvre : un acteur silencieux mais redoutable Abou Dhabi, allié historique de Khalifa Haftar, étend son influence dans la région. Son soutien au camp de l’Est libyen, à la fois politique et logistique, inquiète Alger. L’Algérie, qui considère la Libye comme un rempart contre les menaces extérieures, voit d’un mauvais œil toute avancée émiratie près de ses frontières. La progression des forces de Haftar vers le sud libyen, notamment dans le Fezzan, représente un enjeu crucial. Ces zones regorgent de ressources énergétiques et servent de corridors vers le Niger et le Tchad. Pour Alger, cette dynamique pourrait marginaliser son rôle historique dans la stabilisation de la région. Maroc-Algérie : la rivalité qui s’étend au Sahel La fracture entre Alger et Rabat ne se limite plus au Maghreb. Le Maroc, qui cultive des liens étroits avec plusieurs pays du Sahel, a reçu Khaled Haftar du 11 au 15 octobre 2026. Cette rencontre, passée sous silence par les médias locaux, n’a pas manqué de faire réagir les services algériens. Cette convergence informelle entre Rabat, Abou Dhabi et des autorités libyennes pro-Haftar alimente les soupçons d’un axe informel visant à réduire l’influence algérienne. Alger, déjà en position de défense sur le dossier du Sahara occidental, redoute désormais une marginalisation dans son propre pré carré. Niger, le pivot de la nouvelle géopolitique saharienne Au centre de cette partie d’échecs, le Niger n’est plus un simple acteur passif mais le terrain où s’affrontent des intérêts divergents. Sa position géographique, ses réserves énergétiques et ses réseaux commerciaux en font une cible pour tous : la France tente de préserver ses derniers leviers, tandis que les puissances régionales rivalisent pour s’en assurer le contrôle. Le Niger joue pourtant cette carte avec habileté. En multipliant les accords avec l’Algérie, la Libye et les Émirats, Niamey cherche à éviter de dépendre d’un seul partenaire. Paris, dont la présence militaire s’amenuise, reste présent via des canaux discrets, mais son rôle n’est plus central. Cette recomposition annonce une nouvelle ère : le Sahel n’est plus seulement une zone de lutte contre le terrorisme, mais un échiquier où se négocient pouvoir, ressources et alliances. Et dans cette partie, le Niger tient les cartes maîtresses. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)InternationalTous les articles