Accord Bénin-émirats : les dessous de l’exonération qui pourrait booster le commerce africain Actualités Par Oumou Salifou - 28 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture10 min×1 Révélé en coulisses lors d’une visite officielle, l’accord commercial entre le Bénin et les Émirats arabes unis dévoile ses secrets les mieux gardés. Derrière les signatures officielles se cachent des mécanismes inédits : plus de 3 000 produits béninois vont bénéficier d’une exonération totale des droits de douane à l’exportation. Mais comment cet accord va-t-il transformer concrètement l’économie du pays, et surtout, quels sont les rouages cachés qui pourraient faire la différence entre succès et échec ? Ce que révèle vraiment l’accord : une révolution commerciale en marche Lors d’un déplacement historique à Abou Dhabi, le gouvernement béninois a validé un partenariat économique global avec une portée bien plus large que les simples échanges commerciaux. L’élément clé ? Une liste impressionnante de plus de 3 000 produits béninois – du coton aux noix de cajou, en passant par les produits agroalimentaires – qui seront exemptés de taxes à l’exportation vers les Émirats. Une décision qui pourrait rebattre les cartes du commerce africain. L’objectif affiché est clair : faire du marché émirati un tremplin pour l’industrialisation du Bénin. Mais derrière cette ambition se cachent des enjeux bien plus profonds : réduire la dépendance aux matières premières, valoriser la transformation locale et créer une dynamique économique durable. Un pari audacieux, mais dont la réussite dépendra de multiples facteurs. Les filières gagnantes : qui profitera vraiment de cette ouverture ? Certaines branches d’activité se trouvent placées sous les projecteurs grâce à cet accord. L’agro-industrie béninoise, notamment, pourrait connaître un essor sans précédent. Voici les secteurs les plus exposés aux retombées : Le coton : première ressource d’exportation traditionnelle, le pays espère exporter davantage de fils et de tissus transformés, plutôt que de matière brute. Les noix de cajou : avec une production en hausse, les transformateurs locaux pourraient désormais viser des marchés haut de gamme, comme les Émirats. Le soja et les huiles végétales : des produits à forte demande régionale, dont la valorisation passe inévitablement par l’amélioration des standards de qualité. Le karité : ce produit phare du Bénin pourrait enfin gagner en visibilité sur la scène internationale grâce à son entrée sans frais sur le marché émirati. Les produits agroalimentaires transformés : sauces, conserves, boissons, etc. — autant de niches où le pays pourrait se positionner face à la concurrence. Cependant, pour que ces filières tirent leur épingle du jeu, une condition s’impose : la capacité à produire en quantité suffisante et à respecter les normes internationales. Un défi de taille pour une économie encore largement dominée par les petites exploitations. Emploi et revenus : l’équation économique qui va tout changer Au-delà des chiffres du commerce extérieur, l’accord promet des répercussions directes sur l’emploi et les revenus des populations. Avec une hausse attendue des exportations, plusieurs milliers d’emplois pourraient émerger dans les mois et années à venir. Qui seront les principaux bénéficiaires ? Les coopératives agricoles : en obtenant de meilleurs débouchés, elles pourraient embaucher davantage de main-d’œuvre saisonnière. Les PME de transformation : des unités industrielles, souvent dirigées par des femmes, verraient leurs carnets de commande se remplir, boostant ainsi leur rentabilité. Les acteurs logistiques : transporteurs, entrepositaires et entreprises d’emballage verraient leur activité s’intensifier. Les jeunes diplômés : de nouvelles opportunités s’ouvriraient dans les métiers du commerce international, de la logistique et de la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Le pari est de taille : transformer une simple exonération de droits en une véritable vague de prospérité partagée. Mais pour y parvenir, encore faut-il que le surplus de valeur créé soit redistribué de manière équitable entre producteurs, transformateurs et ouvriers. Les chiffres qui effraient… et qui rassurent Derrière les promesses se cachent des réalités chiffrées qui méritent attention. En 2025, les échanges commerciaux bilatéraux hors pétrole ont atteint 2,15 milliards de dollars – une hausse de 65 % par rapport à 2024. Sur le premier semestre 2026, le volume a continué de croître de 37 %, atteignant 1,29 milliard de dollars. Une tendance qui confirme, s’il en était besoin, le potentiel de cette coopération. Les autorités émiraties tablent même sur une hausse de 100 millions de dollars des exportations béninoises d’ici 2033. Un objectif ambitieux, mais qui illustre la volonté des deux parties de faire de cet accord un levier de croissance. Reste à savoir si les entreprises béninoises seront capables de saisir cette occasion. Au-delà des produits : les autres opportunités de l’accord L’échange commercial ne se limite pas aux marchandises. Le Bénin pourrait tirer parti de cet accord pour développer d’autres secteurs d’avenir : Les énergies renouvelables : les Émirats, leaders mondiaux en la matière, pourraient investir dans des projets solaires ou éoliens au Bénin. La logistique et les infrastructures : modernisation des ports, développement de corridors commerciaux, création de zones économiques spéciales. Le transfert de technologies : des partenariats industriels pourraient permettre aux entreprises béninoises d’accéder à des savoir-faire et équipements de pointe. Ces pistes, si elles sont exploitées, pourraient ouvrir la voie à une industrialisation accélérée du pays, évitant ainsi le piège d’une économie toujours centrée sur l’exportation de matières premières. Le piège à éviter : quand les promesses ne se transforment pas en actions Derrière l’enthousiasme général se cachent des risques bien réels. Pour que l’accord produise ses effets escomptés, plusieurs conditions doivent être remplies : La qualité des produits : les normes sanitaires et techniques des Émirats sont exigeantes. Les exportateurs béninois devront investir dans l’amélioration de leurs processus de production. La régularité de l’approvisionnement : un partenariat réussi repose sur une logistique efficace, capable de livrer les produits à temps. Le financement : sans accès au crédit ou à des fonds dédiés, les PME n’auront pas les moyens d’investir dans leur outil de production. La concurrence régionale : le Bénin devra rivaliser avec d’autres pays africains, déjà bien positionnés sur certains marchés. L’écueil des intermédiaires : pour éviter que les gains ne profitent qu’à quelques acteurs, il faudra mettre en place des mécanismes de contrôle et d’accompagnement des petits producteurs. Comment le gouvernement compte anticiper ces défis Pour maximiser les retombées de l’accord, plusieurs mesures sont envisagées : Un fonds dédié à la transformation locale, pour aider les PME à moderniser leurs équipements. Des programmes de formation en normes internationales, qualité et gestion d’entreprise. Un dispositif d’accompagnement des coopératives, notamment celles dirigées par des femmes, pour les aider à accéder aux marchés internationaux. Des partenariats public-privé pour développer les infrastructures logistiques (entrepôts, plateformes de stockage, etc.). L’économie béninoise à un tournant : et si les Émirats étaient le déclic ? Une chose est sûre : cet accord arrive à point nommé pour le Bénin. Face à une économie encore vulnérable, dépendante des exportations de matières premières et exposée aux fluctuations des prix mondiaux, l’ouverture vers les Émirats pourrait représenter une chance historique. Mais elle ne suffira pas à elle seule. Le vrai défi ? Transformer cette opportunité commerciale en une réelle dynamique de développement – avec des emplois stables, des revenus en hausse et une transformation structurelle de l’économie. Si le pays parvient à surmonter les obstacles logistiques, financiers et humains, il pourrait devenir un exemple de réussite pour toute l’Afrique de l’Ouest. Mais si les lacunes persistent, l’accord risquera de ne rester qu’une opération marketing sans lendemain. Dans cette partie de poker économique, une seule certitude : les dés sont lancés. Conclusion : entre opportunité et risque, le Bénin doit jouer fin L’exonération des droits de douane sur plus de 3 000 produits béninois est bien plus qu’un accord commercial. C’est un pari sur l’avenir du pays, une chance de rompre avec la logique d’exportation de matières premières pour s’engager dans une économie plus diversifiée et plus résiliente. Mais comme tout pari risqué, celui-ci exige une stratégie claire, des investissements ciblés et une volonté politique à toute épreuve. Les Émirats ne sont pas un simple client : ils pourraient devenir un partenaire clé pour l’industrialisation du Bénin. À condition que le pays sache jouer ses atouts à fond. Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles