Mali : une guerre antiterroriste qui sacrifie les civils au mépris des droits humains Actualités Par Ali Mahamane - 28 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture5 min×1 Sous les applaudissements feints des succès militaires, le Mali sombre dans un conflit où la croisade contre le terrorisme se transforme en répression aveugle des populations. Les Forces armées maliennes (FAMa), renforcées par les mercenaires russes de l’Africa Corps, transforment la traque des groupes armés en une machine à oppresser, où les droits humains ne sont plus une priorité, mais une variable d’ajustement. Bien plus que des excès ponctuels, ces pratiques s’inscrivent dans une logique systémique : la brutalité comme outil de gouvernance, condamnant les civils à une survie dans l’horreur. Un État signataire des conventions internationales… qui les bafoue au quotidien Depuis 1965, le Mali s’est engagé à respecter les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels de 1989, conçus pour protéger les populations en temps de guerre. Ces textes imposaient des obligations claires : épargner les civils, distinguer combattants et non-combattants, interdire les traitements dégradants et assurer une justice équitable aux détenus. Autrefois, ces principes figuraient même dans les programmes de formation des soldats maliennes, sous forme de modules dédiés. Pourtant, sur le terrain, la réalité est tout autre. Les discours officiels sur le respect des droits humains volent en éclats face à une réalité crue : les villages deviennent des cibles, et les populations, des ennemis à anéantir. La sécurité, telle que la conçoit le pouvoir, se construit sur les ruines des principes les plus fondamentaux. Violations massives : des crimes de guerre documentés par les ONG Les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch dressent un constat accablant : les forces maliennes et leurs alliés étrangers multiplient les exécutions extrajudiciaires, les tortures (noix de noyade, décharges électriques), les pillages systématiques de villages et les disparitions forcées. Ces actes, passés au crible par des enquêteurs indépendants, ne sont plus des bavures isolées. Ils constituent des crimes de guerre avérés, commis à grande échelle. Les communautés Peules, prises en étau entre les jihadistes et les représailles de l’État, paient un lourd tribut. Les régions du centre et du nord du pays, réduites à l’état de désolation, symbolisent cette stratégie où la « sécurité » se construit sur l’humiliation et la destruction des populations. La fin de la MINUSMA : un écran de fumée pour couvrir l’impunité Le retrait forcé de la Mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) fin 2023 n’était pas qu’un geste politique. C’était une décision calculée pour étouffer toute surveillance extérieure. Privé d’observateurs indépendants, le pouvoir malien a gagné une liberté d’action sans précédent, transformant le champ de bataille en terrain de chasse où la loi ne s’applique plus. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les signalements de violations des droits humains ont explosé l’année suivante, confirmant l’impunité totale dont bénéficient désormais les auteurs de ces actes. Justice introuvable : une impunité organisée et des institutions impuissantes Face à cette dérive, les recours juridiques s’effritent. Le Mali a tourné le dos à la Cour pénale internationale (CPI), et sa justice nationale, sous contrôle politique, peine à rendre des comptes. Côté régional, les ripostes se limitent à des déclarations sans lendemain. L’Union africaine, malgré ses missions affichées, reste silencieuse, et la CEDEAO, obnubilée par les questions de gouvernance, s’avère incapable d’influencer les choix militaires du régime. Une stratégie suicidaire : quand le pouvoir sabote sa propre légitimité En misant sur la terreur plutôt que sur la protection des civils, le régime militaire malien commet une erreur stratégique majeure. Plutôt que d’éteindre les foyers de révolte, cette politique attise la colère des populations et facilite le recrutement au sein des groupes armés. En sacrifiant les Maliens au nom d’une « reconquête » sans limites, la junte risque de perdre ce qui fonde son existence : le droit de protéger un peuple qu’elle écrase méthodiquement. Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles