Tourisme durable au Gabon : comment le pays veut monétiser sa biodiversité

Libreville – Le Gabon s’engage à transformer sa biodiversité exceptionnelle en levier économique. Avec le lancement de sa stratégie nationale du tourisme durable et de l’artisanat, le gouvernement ouvre un chantier qui dépasse les seuls enjeux touristiques.
Cette feuille de route traduit une nouvelle vision du développement, fondée sur la valorisation du capital naturel, la création d’emplois et la diversification d’une économie encore très dépendante des ressources extractives. Réunis à la Cité de la Démocratie à Libreville, les hauts responsables de l’État, partenaires techniques, diplomates et acteurs du privé ont assisté à la présentation d’un document stratégique destiné à redéfinir la place du tourisme dans l’économie gabonaise. Face aux limites des modèles traditionnels et à l’urgence de la transition écologique, le Gabon entend faire de ses forêts, parcs nationaux, culture et artisanat des actifs de croissance durable.
La Pr Marcelle Ibinga épouse Itsitsa, ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat, a insisté sur le rôle du tourisme comme outil de développement territorial, vitrine identitaire et levier d’investissement capable de transformer durablement les territoires.
71 projets pour changer d’échelle
L’ambition gouvernementale repose sur un constat simple : malgré un potentiel reconnu, le secteur touristique gabonais n’a jamais pleinement exploité ses atouts. Les diagnostics révèlent des faiblesses institutionnelles, juridiques et organisationnelles qui ont longtemps freiné l’émergence d’une véritable industrie. Pour y remédier, la stratégie prévoit la mise en œuvre de 71 projets prioritaires. Ces investissements visent la modernisation des infrastructures, l’amélioration de la gouvernance, la professionnalisation des opérateurs, le développement de circuits écotouristiques et la valorisation du patrimoine historique, culturel et artisanal. L’objectif : augmenter significativement la contribution du tourisme au PIB tout en préservant l’intégrité écologique du pays.
Avec plus de 88 % de son territoire couvert de forêts et des parcs nationaux parmi les mieux préservés d’Afrique, le Gabon dispose d’un avantage concurrentiel rare. Sa faune, sa flore et ses paysages constituent un patrimoine mondial dont la valeur économique reste sous-exploitée.
Une économie qui ne peut plus fonctionner en silos
La réussite de cette stratégie dépend d’une coordination renforcée de l’action publique. Le ministre de l’Industrie, Lubin Ntoutoume, a souligné qu’aucun ministère ne pourra relever seul ce défi. Développer le tourisme implique les secteurs des infrastructures, des transports, de la culture, de l’environnement, des eaux et forêts, de l’aménagement du territoire et de la formation professionnelle. Cette approche intégrée marque un changement de paradigme : le tourisme n’est plus un secteur périphérique mais un catalyseur capable d’entraîner plusieurs filières, de stimuler l’investissement privé et de créer des emplois dans des zones éloignées des grands centres urbains. L’artisanat occupe également une place stratégique, valorisant les savoir-faire locaux et générant des revenus pour des milliers de familles.
Le moment de vérité
La désignation de l’actrice et productrice Nelly Obono comme égérie de la caravane touristique nationale, et l’engagement de l’artiste Annie Flore qui offre sa chanson « Je t’invite » pour la promotion du pays, montrent la volonté d’associer les acteurs culturels à cette dynamique. Mais au-delà des symboles, l’enjeu est l’exécution. Le vice-président de la République, Alexandre Barro Chambrier, a appelé administrations, collectivités locales et opérateurs économiques à s’approprier cette stratégie pour en faire une réalité tangible. La remise officielle du document et l’annonce de la mise en place d’une équipe chargée de son opérationnalisation marquent le passage de la réflexion à l’action. La troisième édition de la Caravane nationale du tourisme, du 17 juillet au 6 septembre, constituera le premier test grandeur nature.
Pour le Gabon, le défi dépasse le simple développement touristique. Il s’agit de prouver qu’une nation peut faire de la protection de l’environnement un moteur de prospérité. Dans un monde en quête de modèles économiques durables, cette stratégie pourrait faire du pays l’un des laboratoires africains les plus prometteurs de l’économie verte.