Touaregs et arabes du Mali : qui sont ces groupes en quête d’indépendance ?
Touaregs et Arabes du Mali : qui sont ces groupes en quête d’indépendance ?

Des mouvements armés touaregs et arabes du nord du Mali multiplient les offensives pour tenter de reprendre le contrôle de régions stratégiques et proclamer l’indépendance de l’Azawad. Leur alliance avec des groupes jihadistes a récemment marqué un tournant dans le conflit malien, bouleversant l’équilibre militaire et politique du pays.
Une alliance inattendue entre séparatistes et jihadistes
Le Front de libération de l’Azawad (FLA), principal mouvement séparatiste, s’est allié au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) pour lancer une offensive majeure fin avril. Cette coordination a permis de frapper simultanément le nord, le centre et le sud du Mali, atteignant même Kati, bastion militaire du gouvernement malien.
Parmi les cibles visées, Kidal, ville symbole de la présence militaire malienne et russe, a été brièvement reprise par les rebelles avant d’être reconquise par l’armée malienne. Ces attaques ont causé la mort du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, et grièvement blessé le chef des services de renseignement, Modibo Koné, plongeant le pays dans une crise politique inédite.
Le FLA et le JNIM ont annoncé une seconde offensive pour étendre leur emprise, tandis que Bamako durcit sa réponse en offrant une récompense de 12,4 millions de dollars pour la capture ou l’élimination de leurs dirigeants. L’armée malienne, épaulée par le Africa Corps, intensifie ses opérations et renforce ses capacités militaires pour contrer cette menace.
Le FLA : un mouvement né de la fusion de groupes séparatistes
Le Front de libération de l’Azawad (FLA) est né le 30 novembre 2024 à Tinzaouatene, à la frontière algérienne, de la fusion de plusieurs mouvements touaregs et arabes. Son objectif ? Proclamer l’indépendance de l’Azawad, une région couvrant Gao, Tombouctou, Kidal et Ménaka, autrefois autoproclamée État indépendant en 2012 par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).
Le FLA succède au Cadre stratégique permanent pour la paix, la sécurité et le développement (CSP-PDA), lui-même issu de l’union de plusieurs factions rebelles, dont le MNLA, le Haut Conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), des factions du Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et le Groupe d’autodéfense touareg Imghad et ses alliés (Gatia).
L’histoire du mouvement remonte à 1988 en Libye, où des exilés touaregs ont fondé le Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA) sous la direction d’Iyad Ag Ghali, aujourd’hui chef du JNIM.
Les figures clés du FLA
- Bilal Ag Acherif : président du FLA, né à Kidal en 1977, il incarne la direction politique du mouvement et défend l’idée d’une République de l’Azawad.
- Alghabass Ag Intalla : bras droit d’Acherif et chef militaire du FLA, il supervise les relations avec le JNIM et la stratégie militaire. Fils d’Intallah Ag Attaher, chef traditionnel des Ifoghas, il joue un rôle central dans les négociations.
- Mohamed Ramadane : porte-parole du groupe, il communique sur les actions et les revendications du FLA.
Quelles sont les revendications du FLA ?

Les communautés touarègues et arabes du nord du Mali dénoncent une marginalisation systématique depuis l’indépendance du pays en 1960. Cette frustration a déjà donné lieu à trois rébellions majeures (1962, 1990-1996, 2012), et le FLA entend aujourd’hui aboutir à la création d’une République de l’Azawad.
Cette région, riche en ressources naturelles comme le sel, l’uranium, l’or et les phosphates, souffre d’un sous-investissement chronique. Malgré ces richesses, les infrastructures de base (écoles, hôpitaux, routes) y restent défaillantes, alimentant le ressentiment des populations locales.
Bilal Ag Acherif affirme que l’Azawad a été « annexé au Mali sans tenir compte de son histoire en tant que civilisation indépendante ». Le gouvernement malien, de son côté, accuse des pays voisins comme l’Algérie et la Mauritanie de soutenir le FLA, bien que Bamako ait abandonné les accords d’Alger en janvier 2024.
Les FLA revendiquent une forte présence militaire, avec des camps stratégiques près de la frontière algérienne, notamment à Kidal et Tinzaouatene. Leurs attaques utilisent désormais des drones kamikazes, mais les images de combattants en pick-up traversant le désert restent emblématiques de leur puissance.
Une alliance fragile entre le FLA et le JNIM
Les relations entre le FLA et le JNIM se sont progressivement rapprochées depuis mi-2024. Iyad Ag Ghali, chef du JNIM, était autrefois une figure de la rébellion touarègue avant de s’engager dans le jihadisme. En mai 2024, des discussions ont été engagées entre le CSP-PDA (ancêtre du FLA) et le JNIM, aboutissant à un « pacte tacite de non-agression ».
En juillet 2024, la bataille de Tinzaouatene, où le CSP-PDA et le JNIM ont infligé de lourdes pertes à l’armée malienne et aux mercenaires russes, a marqué un tournant. Cependant, des tensions persistent, le JNIM reprochant aux FLA de ne pas reconnaître son soutien.
En mars 2025, les deux groupes ont convenu de combattre ensemble l’armée malienne et les forces russes. Bilal Ag Acherif a justifié cette alliance par la nécessité de faire face à un ennemi commun, malgré des divergences idéologiques. « Il existe des divergences, mais nous cherchons des solutions locales », a-t-il déclaré.
La pérennité de cette collaboration reste incertaine. Le JNIM exige l’instauration de la charia dans l’Azawad, tandis que le FLA se concentre sur l’indépendance territoriale. Ces différences pourraient fragiliser leur partenariat à long terme.