26 mai 2026

Eveil des Nations

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Tabaski au Burkina Faso : quand le bétail devient monnaie d’échange politique

une mesure politique aux conséquences économiques lourdes

Avec l’interdiction d’exporter le bétail avant la Tabaski, le gouvernement burkinabè a joué une carte forte en plaçant l’intérêt du consommateur urbain au-dessus des dynamiques régionales. Pourtant, derrière cette décision se cachent des contradictions profondes et des risques majeurs pour l’économie nationale.

le pouvoir d’achat des villes au détriment des campagnes

L’objectif affiché est clair : stabiliser les prix du mouton pour les familles de Ouagadougou et des autres grandes villes. Mais cette politique a un revers cruel pour les éleveurs ruraux. Ces derniers, déjà fragilisés par l’insécurité croissante, les vols répétés et la raréfaction des pâturages, voient leurs revenus s’effondrer. Privés des débouchés lucratifs vers la Côte d’Ivoire ou le Bénin, ils subventionnent indirectement les fêtes citadines au prix de leur propre survie. Une équation où les campagnes paient le prix fort pour le confort des urbains.

un marché local incapable d’absorber la production

L’hypothèse d’un marché burkinabè capable d’absorber l’intégralité du cheptel national est-elle réaliste ? La Tabaski, événement ponctuel, ne suffira pas à résorber l’excédent. Une fois la fête terminée, les éleveurs se retrouveront avec des animaux à nourrir, à un coût quotidien élevé. Sans débouchés exportateurs ou une demande locale suffisante, la filière risque l’asphyxie financière. Les projets d’abattoirs modernes, bien que prometteurs, ne pourront pas absorber un tel volume du jour au lendemain. Le temps joue contre les producteurs.

un coup de poker qui isole le Burkina Faso

Cette décision illustre une volonté de souveraineté économique, mais elle fragilise aussi les relations commerciales régionales. En coupant les flux de bétail vers ses voisins, Ouagadougou prend le risque de perdre des marchés historiques au profit de concurrents comme la Mauritanie. La Côte d’Ivoire, par exemple, accélère déjà sa recherche de fournisseurs alternatifs. À long terme, le Burkina Faso pourrait payer cher cette stratégie d’autosuffisance immédiate, qui menace non seulement ses éleveurs, mais aussi l’intégration économique ouest-africaine. Un pari risqué qui risque d’isoler davantage le pays sur la scène régionale.

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