Tabagisme passif à N’Djamena : quand la loi reste lettre morte
Une loi ancienne mais une application défaillante
Il y a plus de quinze ans, le Tchad adoptait une loi stricte contre le tabagisme, notamment dans les lieux publics. Pourtant, à N’Djamena, la réalité est tout autre : fumer reste une habitude ancrée dans le quotidien, presque sans contrôle. Les marchés bondés, les transports en commun et même les espaces dédiés à la santé ou à l’éducation deviennent des zones de non-droit pour les fumeurs.
Des lieux publics transformés en espaces enfumés
En se promenant dans la capitale tchadienne, il est impossible de ne pas remarquer l’écart flagrant entre la réglementation et la pratique. Au marché central ou au marché Dembé, la fumée des cigarettes se mêle aux effluves des plats et à la poussière ambiante. Les commerçants et les clients inhalent cette atmosphère sans sourciller, comme si la loi n’avait jamais existé.
« C’est devenu notre quotidien, nous respirons cette fumée tous les jours. On a entendu parler de mesures, mais personne ne les applique. C’est inacceptable », déclare Pélagie, une vendeuse de poissons qui passe ses journées au milieu des acheteurs et des vendeurs, tous exposés à cette pollution invisible.
Christian, un autre habitant, partage son indignation : « Dans certains pays, des espaces fumeurs existent pour protéger les non-fumeurs. Ici, tout le monde est exposé : écoles, hôpitaux, bus… Le gouvernement doit enfin agir ».
Des conséquences sanitaires et environnementales alarmantes
Les effets du tabagisme passif ne se limitent pas à l’inconfort. Les risques pour la santé sont bien réels : cancers, maladies cardiovasculaires et troubles respiratoires menacent les Tchadiens, surtout les plus vulnérables comme les enfants et les femmes enceintes. Les personnes souffrant d’asthme ou d’allergies, comme certains habitants de N’Djamena, sont contraintes d’éviter les lieux publics par peur des crises.
« J’ai dû arrêter d’aller au restaurant à cause de ma santé. Personne ne respecte les règles, alors autant me protéger », explique un asthmatique qui préfère rester à l’écart des espaces enfumés.
Au-delà de la santé, l’impact environnemental est également préoccupant. Les mégots, jetés sans discernement dans les rues, polluent les sols et peuvent déclencher des incendies, aggravant les problèmes urbains déjà existants.
Une loi ambitieuse mais inefficace
La loi n° 010/PR/2010, adoptée le 10 juin 2010, interdit formellement de fumer dans tous les lieux publics, les espaces de travail fermés et les transports en commun. Elle protège spécifiquement les femmes enceintes et les mineurs, avec des sanctions prévues en cas d’infraction. Pourtant, malgré des décrets ultérieurs comme le décret n° 1522/PR/MSP/2019, l’application de cette législation reste quasi inexistante.
Des campagnes de sensibilisation ont été organisées par les autorités sanitaires et la mairie de N’Djamena. Une brigade antitabac a même été créée pour veiller au respect de la loi. Pourtant, plus de dix ans après son adoption, la loi n’a toujours pas pris racine dans les habitudes des Tchadiens, laissant la population dans l’ignorance et l’exposition permanente à un danger évitable.