26 juin 2026

Eveil des Nations

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Stratégies de survie : comment les régimes du Burundi et du Mali se maintiennent au pouvoir

Une importante initiative diplomatique s’est déroulée le 20 avril 2026, lorsque le général Évariste Ndayishimiye, alors président en exercice de l’Union africaine (UA) et chef d’État burundais, a effectué une visite officielle à Ouagadougou. Ce déplacement, qualifié « d’amitié et de travail », visait à rétablir le dialogue entre l’organisation continentale et l’Alliance des États du Sahel (AES), actuellement dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré et regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger.

Cette démarche intervenait dans un contexte de retrait des États membres de l’AES des structures de l’UA. Le président burundais s’est rendu au Burkina Faso, un pays dirigé par un régime issu d’un coup d’État militaire, saluant les efforts en matière de sécurité et de stabilisation, malgré la déclaration publique du dirigeant burkinabé selon laquelle la démocratie n’était plus une priorité.

Au-delà du langage diplomatique centré sur le « dialogue » et la « stabilité », se dessine une potentielle solidarité entre des régimes autoritaires, unis par un rejet commun des contraintes constitutionnelles. Cette analyse examine les mécanismes politiques que le Mali et le Burundi déploient pour résister aux pressions extérieures.

Des trajectoires institutionnelles convergentes

Une convergence de parcours institutionnels unit effectivement le Burundi aux nations de l’AES. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont tous été frappés par des sanctions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union européenne (UE) après les coups d’État survenus au Mali en 2020 et 2021, au Burkina Faso en 2022 et au Niger en 2023.

Le Burundi lui-même a fait l’objet de sanctions de l’UE et des États-Unis en 2016, suite à la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, jugé anticonstitutionnel. Ces phénomènes politiques similaires appellent une comparaison transrégionale. L’objectif n’est pas de relever de simples ressemblances superficielles, mais de dévoiler les logiques profondes qui opèrent de manière convergente. Le rapprochement entre le Burundi et le Mali, bien que séparés par des milliers de kilomètres et des environnements géopolitiques distincts, s’inscrit pleinement dans cette perspective.

La désignation d’un ennemi comme levier de légitimité

Dans les deux cas, la désignation d’un adversaire, qu’il soit interne ou externe, représente un pilier central de la légitimité et un puissant facteur de cohésion nationale. Cette stratégie permet une réactivation constante de la menace selon les conjonctures politiques, qu’il s’agisse d’un ennemi colonial, régional ou d’une menace sécuritaire plus diffuse.

Au Mali, cette dynamique s’est intensifiée début 2022. Porté par un « effet drapeau », où la population se rallie à ses dirigeants face à une menace extérieure réelle ou perçue, le pouvoir malien a vu son autorité se renforcer considérablement. Soutenus par une composante civile lors de la seconde phase de la transition post-putsch de mai 2021, les militaires ont bénéficié d’un soutien populaire massif.

Des dizaines de milliers de manifestants ont convergé vers le Boulevard de l’Indépendance le 14 janvier 2022, pour protester contre les sanctions économiques et diplomatiques imposées par la CEDEAO. Ils ont exprimé leur hostilité envers Paris et l’organisation régionale, accusées d’ingérence, revendiquant un Mali indépendant et affranchi de toute influence extérieure.

Au Burundi, c’est la Belgique qui cristallise la colère des partisans du Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD), le parti au pouvoir. L’ancienne puissance coloniale est désignée comme responsable historique des divisions ethniques et accusée de complicité avec le Rwanda dans une tentative de déstabilisation du régime en place. Le pouvoir burundais, incarné par le CNDD-FDD, présente Bruxelles comme l’instigateur des sanctions économiques de l’UE, une rhétorique qui permet aux deux régimes de détourner les critiques internationales vers un discours de résistance face à l’ancien colonisateur.

Le choix d’un adversaire régional

Sur la scène régionale, chaque régime identifie également un adversaire. Au Mali, l’Algérie est accusée d’accueillir des figures d’opposition comme l’imam Mahmoud Dicko et d’être en collusion avec les groupes terroristes actifs dans le pays. La junte malienne a d’ailleurs annoncé le 25 janvier 2024 la « fin, avec effet immédiat », de l’accord de paix d’Alger. Le Mali a également fermé son espace aérien à l’Algérie, après une mesure similaire prise par cette dernière en avril 2025. Au Burundi, en revanche, c’est le Rwanda de Paul Kagame, un régime tutsi, qui endosse ce rôle.

Qualifié de « mauvais voisin » par le président Ndayishimiye, Kigali est accusé d’avoir hébergé les putschistes impliqués dans la tentative de coup d’État de 2015. Le Rwanda est également présenté par les autorités burundaises comme un soutien de mouvements rebelles tels que le RED-Tabara, parfois associé à d’autres groupes armés de la région. Cette posture défensive s’est concrétisée par la fermeture des frontières terrestres avec le Rwanda en janvier 2024, ainsi que par une intervention militaire active dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025. Cette intervention visait à soutenir les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), aux côtés des milices Wazalendo et des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), contre le Mouvement du 23 mars (M23), appuyé par Kigali. Autant de ressources symboliques mobilisées pour entretenir un sentiment permanent de siège — condition essentielle à la survie politique de régimes qui ont fait de la menace extérieure leur principal moteur.

La contradiction sécuritaire et ses implications

Une divergence sécuritaire notable s’observe toutefois entre les deux nations. Au Mali, la menace est plus immédiate, illustrée par les attaques du 25 avril 2026 perpétrées par le FLA et le JNIM. Ces événements renforcent la crédibilité du discours sécuritaire du régime. Cette différence dans la nature de la menace engendre des logiques de légitimation distinctes.

Le chef de la junte au Mali, Assimi Goïta, s’est affranchi de la contrainte électorale. En juillet 2025, le Conseil national de transition lui a octroyé un mandat de cinq ans renouvelable, sans élection ni limite de mandats, concrétisant une dérive amorcée dès les premiers reports du scrutin promis en mars 2024. La junte n’a plus besoin de légitimer un vote, mais se positionne comme l’unique rempart capable de vaincre le JNIM et le FLA, même si l’économie malienne, bien que résiliente, reste exposée aux coupures d’électricité récurrentes et au retrait progressif de l’aide au développement et humanitaire.

Au Burundi, le CNDD-FDD a désigné le président sortant comme candidat pour la présidentielle de 2027, et le scrutin, même encadré, demeure une étape obligatoire. Le bilan sécuritaire mis en avant par Gitega ne remplace donc pas une élection ; il vise plutôt à la préparer, dans un contexte où le registre sécuritaire permet de masquer un bilan économique marqué par des pénuries de carburant et de devises qui affectent le pays depuis 2015.

Ces pays, figurant parmi les plus pauvres du monde — le Burundi occupant la dernière place en 2023 —, recourent à l’externalisation des responsabilités par la construction permanente d’un ennemi. Cette stratégie ne masquerait-elle pas également, selon l’analyse du politologue Jean-François Bayart, des dynamiques internes de prédation qui structurent les régimes autoritaires ? En fin de compte, la comparaison entre le Mali et le Burundi révèle moins la singularité de chaque trajectoire que la robustesse d’une logique commune à des régimes qui ont transformé leurs adversaires en fondations de leur pouvoir.

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