27 mai 2026

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Stratégie du JNIM au Mali : une guerre d’usure aux conséquences profondes

Au Mali, la menace sécuritaire ne se limite plus à des attaques isolées dans le nord et le centre du pays. Depuis plusieurs années, une guerre permanente épuise les populations locales et redéfinit les rapports de force. Les dernières offensives du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ainsi que du Front de libération de l’Azawad (FLA), ciblent désormais des axes logistiques cruciaux : positions militaires, convois de ravitaillement et infrastructures routières. Cette évolution marque un tournant stratégique majeur dans le conflit.

Une stratégie axée sur la paralysie des territoires

Les groupes armés ne cherchent plus à prendre le contrôle de villes ou de bases militaires. Leur objectif est désormais de rendre certaines zones ingouvernables pour l’État malien. La question n’est plus : « Qui contrôle ce territoire ? » mais plutôt : « Qui peut encore circuler librement ? Qui peut y maintenir des services publics essentiels ? »

Cette approche repose sur une logique implacable : affaiblir progressivement la junte militaire de Bamako en rendant toute présence administrative ou économique impossible hors des grands centres urbains. Les attaques répétées contre les routes et les convois illustrent cette volonté de fragiliser la souveraineté malienne.

L’usure comme arme de guerre

La stratégie du JNIM repose sur un principe simple mais redoutable : l’épuisement. Dans un pays déjà affaibli par des années de crise institutionnelle, économique et sécuritaire, cette tactique génère des effets politiques bien plus dévastateurs qu’une bataille conventionnelle.

Cette guerre d’usure présente plusieurs avantages pour les groupes armés :

  • Dispersion des forces adverses : En ciblant des axes logistiques, le JNIM force l’armée malienne à disperser ses ressources, réduisant son efficacité sur le terrain.
  • Augmentation des coûts sécuritaires : La multiplication des escortes et des patrouilles alourdit le budget de l’État et épuise ses capacités financières.
  • Installation d’une insécurité permanente : La population, prise entre deux feux, subit une fatigue collective – militaire, économique et sociale.
  • Affaiblissement des structures étatiques : Dans certaines zones rurales, l’absence de services publics devient aussi préoccupante que la présence des groupes armés.

Dans ces régions, la question n’est plus seulement sécuritaire, mais existentielle : comment survivre quand l’État ne garantit plus ni sécurité, ni administration, ni développement ?

Le paradoxe d’une souveraineté militaire

Le pouvoir malien, issu de coups d’État successifs, a fait du rétablissement sécuritaire le pilier de sa légitimité. Le départ des forces françaises et l’arrivée de partenariats militaires avec la Russie ont été présentés comme un retour à la souveraineté. Pourtant, cette souveraineté ne se mesure pas uniquement à la capacité de mener des opérations armées.

La véritable souveraineté repose sur la capacité à maintenir une continuité territoriale, économique et administrative. Or, l’intensification des opérations militaires ne suffit pas à restaurer cette continuité. Elle coexiste souvent avec une fragmentation croissante des espaces ruraux, où les services publics (écoles, santé, justice) disparaissent au profit d’un vide administratif.

Ce vide, les groupes armés savent l’exploiter. Dans certaines zones, les populations se tournent vers des systèmes parallèles pour subvenir à leurs besoins essentiels : protection, arbitrage, survie. Cette dynamique affaiblit encore davantage la légitimité de l’État.

Le Sahel : un théâtre de recomposition des forces

La crise malienne dépasse désormais les frontières du pays. Toute la bande sahélienne connaît une recomposition rapide des acteurs armés, des alliances locales et des circuits économiques clandestins. Les frontières poreuses entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger facilitent la mobilité des groupes insurgés, tandis que les réponses étatiques restent cloisonnées par des logiques nationales.

L’alliance politico-militaire formée par ces trois pays s’est révélée incapable de se porter secours mutuellement. Les offensives du JNIM et du FLA ont illustré la faiblesse de cette coalition et l’isolement de la junte malienne, dont le seul soutien extérieur provient des mercenaires d’Africa Corps.

Cette asymétrie favorise les groupes capables d’adaptation rapide. Le JNIM mise sur :

  • Une flexibilité territoriale lui permettant de se déplacer et de frapper là où l’ennemi est vulnérable.
  • Un ancrage local dans certaines zones, lui offrant un soutien tacite ou contraint des populations.
  • Une insertion dans des réseaux économiques informels, lui procurant des ressources financières indépendantes des États.

Le conflit sahélien devient ainsi une guerre d’endurance politique. Les groupes armés ne cherchent pas à administrer entièrement un territoire, mais à empêcher durablement les États de fonctionner normalement. Leur objectif est clair : user les institutions jusqu’à ce qu’elles s’effondrent sous le poids de l’incapacité.

Au-delà du prisme antiterroriste : les racines sociales du conflit

Réduire la crise malienne à une simple confrontation militaire entre forces étatiques et groupes djihadistes serait une erreur. Cette lecture occulte les dimensions sociales, économiques et territoriales qui alimentent le conflit.

Dans de nombreuses zones rurales, les frustrations sont profondes : abandon étatique, conflits fonciers, rivalités communautaires, pauvreté structurelle. Ces vulnérabilités durables créent des espaces propices à l’enrôlement par les groupes armés. Ces derniers ne sont pas toujours à l’origine des fractures, mais ils savent les exploiter pour recruter et étendre leur influence.

La vraie question n’est donc pas seulement militaire, mais politique : comment reconstruire une légitimité étatique dans des territoires où l’État n’apparaît que de manière intermittente, principalement sous la forme de patrouilles armées ?

L’avenir du Mali se joue probablement ici. Pas dans une bataille décisive unique, mais dans la capacité – ou l’incapacité – à rétablir une présence publique stable, au-delà des opérations sécuritaires ponctuelles.

Car une guerre d’usure ne détruit pas seulement des positions militaires. Elle use les routes, l’économie, les administrations, les liens sociaux et, in fine, l’idée même d’un territoire gouverné.

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