Soutien de l’opposition sénégalaise à Diomaye face aux réformes de Sonko
Le PDS et d’autres forces politiques s’unissent contre les réformes de Sonko au Sénégal
Au Sénégal, la vie politique s’embrase autour d’un projet de révision constitutionnelle porté par le Pastef d’Ousmane Sonko. Une alliance inattendue voit le jour : celle du Parti démocratique sénégalais (PDS), dirigé par l’ancien président Abdoulaye Wade, et du président Bassirou Diomaye Faye. Objectif commun ? Empêcher l’adoption de ces réformes controversées lors du référendum à venir.
Le PDS, parti historique du Sénégal, a choisi de se ranger aux côtés du président Bassirou Diomaye Faye pour rejeter les modifications de la Constitution proposées par Ousmane Sonko. Ces réformes, adoptées par l’Assemblée nationale, visent notamment à renforcer les prérogatives du Parlement au détriment de celles du chef de l’État. Une décision qui divise profondément la classe politique sénégalaise.
Un virage stratégique du PDS depuis 2022
Les relations entre le PDS et le Pastef ont connu plusieurs rebondissements ces dernières années. Lors des élections législatives de juillet 2022, les deux formations s’étaient alliés pour affaiblir le camp présidentiel de Macky Sall. Pourtant, en 2024, à l’approche de la présidentielle, le PDS a fait un choix radical : soutenir le duo Ousmane Sonko–Bassirou Diomaye Faye, écartant ainsi la candidature de Karim Wade, fils de l’ancien président et figure majeure du parti.
Ce revirement s’explique en partie par la frustration du PDS face à l’exclusion de Karim Wade de la course électorale, un épisode qu’il attribue au camp de Macky Sall. Depuis son exil, Karim Wade espérait retrouver une influence politique, mais le PDS a finalement privilégié une alliance avec le Pastef pour maximiser ses chances de victoire.
Une entente temporaire, sans fusion idéologique
Malgré ce soutien initial, les divergences entre le PDS et le Pastef sont rapidement apparues. Après l’élection de Bassirou Diomaye Faye, le parti n’a pas intégré les nouvelles institutions dirigeantes. Le PDS a conservé son indépendance, évitant toute fusion avec le Pastef ou la coalition présidentielle.
Pour Hamadou Tidiane Sy, directeur de l’école de journalisme E-Jicom à Dakar, cette alliance était avant tout un calcul politique : « Le PDS cherche à se repositionner après des années de déclin. Après avoir perdu le pouvoir, le parti a subi une chute spectaculaire. Aujourd’hui, ses dirigeants pensent qu’en se rapprochant du pouvoir, ils pourront retrouver une place dans le paysage politique. »
Certains analystes estiment que Karim Wade misait sur un affaiblissement du discours radical du Pastef. Un pari qui semble se concrétiser lorsque, lors des législatives anticipées de fin 2024, le PDS s’allie cette fois avec l’APR de Macky Sall, son ancien rival.
L’opposition sénégalaise en ordre de bataille contre Sonko
Les tensions croissantes entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko offrent au PDS une opportunité de se repositionner. Le parti a choisi de soutenir la décision du président de soumettre les réformes à référendum, tout en appelant les Sénégalais à voter « NON » pour les rejeter. Dans un communiqué officiel, le PDS dénonce : « Ces tentatives répétées de modification de notre Constitution ne sont motivées que par les ambitions personnelles d’Ousmane Sonko. Elles trahissent son appétit pour le pouvoir et son mépris des institutions républicaines, fondements de notre démocratie. »
Selon Hamadou Tidiane Sy, cette position dépasse le cadre du PDS : « En réalité, c’est toute l’opposition qui se mobilise contre Sonko, même si elle ne l’avoue pas ouvertement. Le rejet de ces réformes est une manière de dire non à Ousmane Sonko. »
L’analyste ajoute que Ousmane Sonko, bien que toujours influent au sein du Pastef, perd progressivement l’adhésion des autres forces politiques : « Aujourd’hui, la classe politique le perçoit comme un trouble-fête, un obstacle à la réconciliation nationale. Son discours radical lui aliène de plus en plus de soutiens. »
Une alliance conjoncturelle, pas un mariage durable
Pourtant, Hamadou Tidiane Sy ne croit pas à une alliance durable entre le PDS et Bassirou Diomaye Faye. Selon lui, les opposants aux réformes ne soutiennent pas nécessairement le président, mais rejettent avant tout la méthode attribuée à Ousmane Sonko : « La majorité des détracteurs de cette loi ne le font pas par soutien à Diomaye. Ils s’opposent à une tentative de concentration des pouvoirs vers l’Assemblée, une manœuvre perçue comme une récupération de tous les leviers institutionnels. »
L’image d’un Pastef de plus en plus exclusif pousse certaines formations politiques à se rapprocher temporairement du chef de l’État. « Ce n’est pas un ralliement stratégique de long terme, précise l’analyste. Mais au moins, de manière ponctuelle, ces partis s’unissent pour rétablir le dialogue et le consensus, valeurs qui ont toujours caractérisé la démocratie sénégalaise. »
Diomaye Faye consolide son camp face aux critiques
Cette dynamique politique pourrait s’avérer bénéfique pour Bassirou Diomaye Faye. Face aux tensions internes au sein du Pastef, le président cherche à élargir sa base politique. L’appui du PDS pourrait s’avérer décisif pour ses ambitions futures, notamment en vue d’un éventuel second mandat.
Pour Hamadou Tidiane Sy, Bassirou Diomaye Faye prépare déjà l’après-Pastef : « Il semble avoir tiré un trait sur le soutien de son parti d’origine. Pour son second mandat, il mise sur une nouvelle coalition,