25 mai 2026

Eveil des Nations

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Sénégal : le duel politique entre faye et sonko s’intensifie

Le 22 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a pris la décision de révoquer son Premier ministre, Ousmane Sonko, et l’ensemble de son cabinet. Cette décision a rapidement été suivie d’une série d’événements marquants : l’ancien Premier ministre a retrouvé son siège de député, tandis que Malick Ndiaye, alors président de l’Assemblée nationale, a présenté sa démission. L’élection du nouveau président de l’Assemblée, potentiellement Ousmane Sonko lui-même, est prévue pour le mardi suivant. Ces développements dessinent clairement les contours d’une confrontation politique intense entre l’exécutif et le législatif au Sénégal.

Cette séparation était, pour de nombreux observateurs de la scène sénégalaise, une issue inévitable. La dynamique entre Faye et Sonko portait en elle une contradiction fondamentale. Une République ne peut être dirigée comme un duo où deux solistes improvisent sans partition commune ; le pouvoir exécutif, par nature, est unitaire. L’histoire politique africaine a d’ailleurs souvent montré que les cohabitations au sommet entre deux volontés de force égale se concluent généralement par l’éviction de l’un ou la destruction des deux forces en présence.

Des tensions persistantes

Cette situation est le dénouement de mois de tensions latentes entre les deux hommes, pourtant arrivés au pouvoir en avril 2024 portés par un immense espoir populaire. Le désaccord politique était en réalité en gestation depuis juillet dernier, marquant l’apparition des premières fractures au sein du tandem. À cette époque, Ousmane Sonko évoquait déjà un « problème d’autorité », reprochant au président de ne pas le soutenir suffisamment face aux attaques politiques. La rupture finale est survenue quelques heures seulement après une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale, où l’ancien chef du gouvernement avait publiquement contesté plusieurs décisions présidentielles, notamment la gestion des fonds politiques, déclarant que le président avait « fait une erreur ».

Vers un bras de fer institutionnel au Sénégal ?

La question se pose désormais : l’ex-Premier ministre deviendra-t-il le principal opposant du président ? Fort de sa popularité, Ousmane Sonko représente une menace réelle pour Bassirou Diomaye Faye. Le prochain round de cette confrontation se jouera probablement au sein de l’hémicycle. Le combat politique risque de se déplacer à l’Assemblée nationale, dans un bras de fer entre le chef de l’État et le pouvoir législatif. Selon des experts en sciences politiques de l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, le risque d’un blocage de l’action gouvernementale serait considérable, d’autant plus que l’exécutif porte une série de réformes institutionnelles majeures. Quatre textes concernant la révision de la Constitution, la Cour constitutionnelle, les partis politiques et la création d’une Commission électorale nationale indépendante doivent être présentés prochainement devant l’Assemblée nationale. Cela ne laisserait qu’une mince marge de manœuvre au chef d’État.

En effet, la situation actuelle oppose désormais le Pastef, sous le contrôle d’Ousmane Sonko, à la Coalition Diomaye Faye président. C’est, en clair, l’Exécutif contre le législatif, une guerre des pouvoirs majoritaires qui a en ligne de mire les élections communales de 2027 et surtout la présidentielle de 2029. Cette incertitude génère doute, colère et désarroi parmi les « Pastefistes », en particulier chez les jeunes Sénégalais qui avaient cru en la vision proposée par le duo Faye-Sonko et qui se retrouvent aujourd’hui désorientés.

Ousmane Sonko, un atout majeur ?

L’épreuve de force est ouverte et pourrait bien tourner à l’avantage d’Ousmane Sonko. La réalité politique actuelle du Sénégal demeure implacable : le Pastef domine largement la scène nationale grâce à une implantation militante exceptionnelle, une base jeune et mobilisée, et une puissance narrative forgée durant les années de confrontation avec le régime de Macky Sall. Dans cette dynamique, Sonko reste la figure centrale. Même entravé par la justice par le passé, même absent des bulletins de vote lors de la présidentielle, c’est autour de lui que s’est cristallisée l’espérance du changement. Le président dispose certes de la légitimité institutionnelle, mais son ancien Premier ministre conserve une légitimité populaire et militante redoutable. Dans une future confrontation politique ou électorale, cette donnée pourrait devenir décisive.

L'ancien Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko (à gauche) et le président Bassirou Diomaye Faye (à droite) au palais présidentiel de Dakar, le 16 octobre 2025.
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