26 mai 2026

Eveil des Nations

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Sénégal : la cohabitation politique Sonko-Faye à l’épreuve du pouvoir

Au Sénégal, l’actualité politique s’est intensifiée avec la décision du président Bassirou Diomaye Faye de démettre de ses fonctions le Premier ministre Ousmane Sonko le vendredi 22 mai. Cette séparation, pressentie depuis un certain temps, découle des tensions croissantes et des divergences de plus en plus manifestes entre les deux figures emblématiques de l’exécutif au pays de la Teranga.

Dans la foulée, le président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye, a annoncé sa démission de la direction du Parlement, tout en exprimant son souhait de conserver son siège de député. Ce scénario semble avoir été méticuleusement orchestré pour préparer le terrain à l’ancien Premier ministre, qui a formulé la demande de réintégrer la représentation nationale afin de reprendre son mandat de parlementaire.

La rupture politique est désormais actée

Le Parlement est convoqué ce 26 mai en séance extraordinaire pour statuer sur cette question et élire son nouveau président. Tous les indicateurs convergent vers l’élection de l’ancien maire de Ziguinchor, Ousmane Sonko, à la tête de l’Assemblée nationale. Cette position stratégique lui permettrait de maintenir un dialogue direct et parfois conflictuel avec le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye.

La question centrale demeure : quelle sera l’ampleur de cette confrontation entre les deux anciens alliés politiques ? Cette interrogation est d’autant plus pertinente que, au-delà de la démission de l’ex-président de l’Assemblée nationale, perçue comme un acte de loyauté envers Sonko, ce dernier ne devrait rencontrer aucune difficulté à accéder au perchoir si tel est son désir. L’Assemblée nationale est, en effet, largement dominée par le Pastef (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité), le parti au pouvoir. Ousmane Sonko, figure de proue de cette formation, peut compter sur l’appui d’environ 130 députés sur les 165 que compte le Parlement.

L’importance de la session parlementaire de ce mardi est donc capitale. Elle pourrait offrir à l’ex-Premier ministre une voie pour conserver une influence majeure dans le paysage politique et au sein des instances décisionnelles de l’État en accédant à la présidence du Parlement. Ce poste, hautement stratégique, s’inscrit dans un contexte où la rupture semble consommée entre le natif de Thiès et le président Bassirou Diomaye Faye, ce dernier étant animé par la volonté d’affirmer sa propre autorité et de s’émanciper de l’influence tutélaire de son ancien mentor.

Ousmane Sonko et ses leviers d’action

Dans cette dynamique de choc des ambitions entre anciens compagnons de lutte parvenus au sommet de l’État, le Sénégal pourrait être confronté à une crise institutionnelle. Ce risque est d’autant plus palpable si, comme le scénario semble l’indiquer, Ousmane Sonko est élu président de l’Assemblée nationale à l’issue de la session du 26 mai 2026. Une telle élection le propulserait au rang de deuxième personnalité de l’État et de dauphin constitutionnel du président.

Cette position lui conférerait la capacité de bloquer, à tout moment, l’action gouvernementale en utilisant le pouvoir législatif qu’il contrôlerait. Il est difficile de prévoir jusqu’où cette rivalité entre les deux leaders du parti au pouvoir pourrait aller. Si aucune prudence n’est observée, cette situation risque de nuire considérablement à la cohésion du parti. On peut se demander si, avec ces deux dirigeants en conflit ouvert, le Pastef ne compromet pas prématurément son propre avenir.

Il est évident que depuis leur accession au pouvoir, Ousmane Sonko manifeste une impatience palpable à succéder à Bassirou Diomaye Faye, qu’il avait lui-même propulsé à sa place dans des circonstances bien connues (Sonko ayant été déclaré inéligible en appel en mai 2023, l’empêchant de se présenter à la présidentielle de 2024). Sonko aspirait alors à la royauté politique.

Tout porte à croire qu’en s’engageant aujourd’hui dans un conflit ouvert avec le chef de l’État, il n’entend pas simplement rester dans l’ombre de ce dernier. Il semble également convaincu de posséder suffisamment d’atouts pour poursuivre ses ambitions présidentielles, après avoir surmonté l’obstacle judiciaire de 2024.

Une rivalité sous haute tension

Cette dynamique est d’autant plus pertinente avec l’adoption du nouveau Code électoral le 12 mai dernier. Cette révision visait à clarifier les critères d’inéligibilité et à éliminer la possibilité d’écarter des candidats pour des motifs politiques. Cependant, l’opposition y a vu une manœuvre pour ouvrir la voie aux candidatures d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye.

Bien que l’opposant farouche à l’ancien président Macky Sall puisse toujours se prévaloir d’une notoriété considérable au sein du parti qu’il a fondé, la question de son éligibilité pour la prochaine présidentielle, prévue en mars 2029, demeurera incertaine tant que le Conseil constitutionnel n’aura pas rendu sa décision.

Si cette rivalité entre les deux personnalités devait s’intensifier au sommet de l’État, elle pourrait instaurer un jeu de pouvoir tendu, une sorte de « je te tiens, tu me tiens », qui n’augure rien de bon pour le Sénégal. Cela serait d’autant plus préjudiciable pour le Pastef, qui pourrait se voir dépassé par un acteur tiers lors des prochaines élections, ou être la cible d’un vote sanction, dont les Sénégalais ont le secret.

En attendant, la nation sénégalaise retient son souffle, espérant que la raison l’emportera dans l’intérêt supérieur du pays. Il est crucial que le Sénégal ne devienne pas l’otage des rivalités entre ses deux leaders politiques qui avaient promis une rupture dans la gouvernance.

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