Rencontre controversée entre Bassirou Faye et Macky Sall au Sénégal
Rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall : une polémique qui enflamme le Sénégal

L’annonce d’une rencontre entre le président Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur Macky Sall, prévue à Dakar pour solliciter l’appui du Sénégal à sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, sème le trouble dans le pays. Cette visite, qui marque le retour de Macky Sall au Sénégal depuis son départ du pouvoir en avril 2024, est perçue par de nombreux citoyens comme un affront envers les victimes des violences politiques des dernières années.
Une visite qui réveille les plaies du passé
Pour les familles des victimes des manifestations survenues entre 2021 et 2024, l’arrivée de Macky Sall dans la capitale sénégalaise ravive une douleur encore vive. Seydi Gassama, qui accompagne 67 familles de victimes présumées dans leurs démarches judiciaires, exprime sans détour son indignation : « Ce n’est pas la présence de Macky Sall au Sénégal qui nous choque, car il reste un citoyen sénégalais. En revanche, nous sommes profondément blessés par l’absence de justice pour les victimes de son régime. Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, aucun acte concret n’a été posé pour rendre justice à ces personnes. Et aujourd’hui, il reçoit Macky Sall pour le soutenir dans sa candidature à l’ONU. C’est inacceptable. Macky Sall porte une lourde responsabilité dans ces événements. »
Les promesses de justice non tenues
Lors de sa campagne électorale, Bassirou Diomaye Faye avait fait de la justice pour les victimes une priorité absolue. Pourtant, plus de deux ans après son accession à la présidence, aucun procès n’a été ouvert et les indemnisations promises restent limitées. Cette situation est vivement critiquée par les associations de défense des droits humains, qui dénoncent un manque de résultats tangibles.
Pour Seydi Gassama, le passé de Macky Sall est incompatible avec une candidature à la tête de l’ONU. « Macky Sall ne devrait pas être en mesure de briguer un tel poste sans avoir d’abord répondu de ses actes. »
Réactions politiques et enjeux de réconciliation
Du côté de l’Alliance pour la République (APR), le parti de Macky Sall, on minimise les critiques des collectifs de victimes. Assane Samb, analyste politique, voit dans cette rencontre une possible répercussion sur le processus de réconciliation nationale et la vie politique sénégalaise. « Bassirou Diomaye Faye s’est éloigné de son parti d’origine, le Pastef, pour créer son propre mouvement politique. Cette rencontre pourrait servir à consolider une alliance stratégique entre son nouveau parti et les formations politiques traditionnelles de l’opposition. L’objectif ? Former un front commun contre la force encore importante du Pastef. »

Silence des autorités et perspectives incertaines
À ce jour, ni la présidence sénégalaise ni le Pastef, parti d’Ousmane Sonko, n’ont officiellement réagi à l’annonce de cette visite. Pourtant, elle pourrait marquer un tournant dans l’histoire politique récente du pays.
Il est important de souligner que Macky Sall n’a pas soumis sa candidature à la tête de l’ONU par son pays d’origine, mais par le Burundi, qui assure actuellement la présidence tournante de l’Union africaine (UA). En mars dernier, une vingtaine d’États membres de l’UA, dont le Sénégal, avaient déjà refusé de soutenir sa candidature pour succéder à Antonio Guterres.