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Réactions et perspectives après le financement de 90 projets de migrants de retour au Mali

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La cérémonie de remise de financements à 90 projets de réinsertion socio-économique de migrants de retour, présidée par le ministre Mossa Ag Attaher, suscite des réactions contrastées. Si l’annonce d’un soutien de 121 millions de francs CFA via le Budget spécial d’investissement est saluée comme un geste en faveur de la diaspora, elle soulève également des interrogations sur la transparence et l’impact réel de ce dispositif. Retour sur les retombées immédiates et les perspectives d’avenir.

Des retombées économiques attendues mais des questions en suspens

Les 90 projets retenus sur 206 candidatures bénéficieront d’un financement moyen compris entre 1 et 2 millions de FCFA. Ils couvrent des secteurs variés tels que l’élevage, le maraîchage, l’agriculture, le commerce, l’artisanat et les services, répartis entre Bamako et quelques localités comme Gao, Tombouctou, Nioro, Kita et San. Cette initiative vise à transformer le retour des migrants en opportunité économique, conformément à la rhétorique actuelle de valorisation de la diaspora.

Cependant, l’absence de grille de critères publics pour la sélection des dossiers laisse planer un doute sur l’équité du processus. Aucune liste des bénéficiaires n’a été divulguée, ni les montants exacts alloués à chacun. Cette opacité alimente les spéculations sur d’éventuels favoritismes ou clientélismes, dans un contexte où la confiance dans la gestion des deniers publics est déjà fragile.

Un suivi territorial promis mais jamais démontré

Le ministre a promis un « suivi territorial » pour garantir la pérennité des activités financées. Toutefois, aucune évaluation publique des éditions précédentes n’a été publiée. On ignore combien de projets de 2024 et 2025 sont encore opérationnels, combien génèrent des revenus stables et combien ont périclité après l’épuisement des subventions. Sans indicateurs de performance ni audits indépendants, le dispositif semble davantage relever d’opérations ponctuelles que d’une politique publique évaluable.

L’échelle du problème : une goutte d’eau ?

Depuis 2022, le programme MPRR-SSA, financé majoritairement par l’Union européenne et mis en œuvre avec l’OIM, a facilité le retour de plus de 27 800 Maliens et soutenu plus de 14 000 projets de réintégration. Face à ces volumes, les 90 projets financés par l’État pour 121 millions de FCFA apparaissent comme une contribution symbolique. Le risque est de présenter cette opération limitée comme un engagement massif, alors que la majorité des migrants de retour reste sans accompagnement structuré.

Des zones d’ombre persistantes

Le financement provient du Budget spécial d’investissement, mais on ne sait pas exactement d’où viennent ces fonds ni s’ils se font au détriment d’autres priorités. On ignore également si les bénéficiaires sont uniquement des retours récents ou s’ils incluent des personnes revenues depuis plusieurs années. Enfin, l’articulation avec les mécanismes existants de l’OIM et des partenaires techniques n’est pas précisée, ce qui pourrait entraîner des doublons ou des lacunes dans la couverture.

Perspectives : vers une plus grande transparence ?

L’intention affichée – aider des compatriotes à reconstruire une activité économique après un parcours migratoire souvent traumatisant – est légitime. Mais une politique publique digne de ce nom se juge à sa transparence, à sa traçabilité et à ses résultats mesurables. Tant que la liste des bénéficiaires, les critères de sélection et les bilans d’impact des années précédentes ne seront pas rendus publics, le doute persistera. Dans un domaine aussi sensible que la réinsertion des migrants de retour, ce doute n’est jamais neutre.

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Oumou Salifou
Journaliste
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