Or du Burkina Faso : souveraineté réelle ou illusion géopolitique ?
Un virage stratégique pour l’or burkinabè
Le Burkina Faso engage une refonte majeure de sa filière aurifère, incarnée par la mise en place en 2023 de la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP) et le lancement de projets structurants comme la raffinerie nationale d’or à Ouagadougou. Cette démarche vise à reprendre le contrôle de la chaîne de production et à renforcer l’autonomie économique du pays. Les résultats du premier semestre 2024 confirment cette dynamique, avec des volumes significatifs d’or intégrés aux circuits officiels.
Nouveaux partenariats, nouvelles dépendances ?
La stratégie gouvernementale mise sur une diversification des acteurs miniers, notamment via l’attribution de permis à des entreprises étrangères. Nordgold, groupe russe, en fait partie. Pourtant, cette approche soulève des interrogations majeures :
- Un changement de dépendance ? En remplaçant des partenaires historiques par des acteurs liés à des alliances géopolitiques spécifiques, le Burkina Faso pourrait exposer son économie à de nouvelles vulnérabilités stratégiques.
- La transparence en question : Les institutions comme le BUMIGEB ou la SONASP doivent prouver leur capacité à assurer une traçabilité sans faille et à redistribuer les bénéfices aux communautés locales. Un défi de taille dans un contexte sécuritaire dégradé, où l’exploitation artisanale et industrielle subit des pressions croissantes.
Le stockage des réserves : un sujet explosif
Les spéculations autour d’un éventuel transfert des réserves nationales d’or en Russie ont enflammé les débats. Bien que le ministère de l’Économie et des Finances ait démenti ces rumeurs, l’épisode illustre les risques inhérents à une gestion externalisée du métal précieux :
- Un pari financier risqué : Confier ses réserves souveraines à un État sous sanctions internationales et restrictions bancaires compromettrait leur liquidité et leur sécurité juridique.
- Une souveraineté mise à mal : L’or représente le dernier rempart de stabilité financière pour un pays. Le confier à un tiers dans un contexte géopolitique turbulent contredit l’objectif affiché de maîtrise totale sur cette ressource stratégique.
Raffinage local : symbole ou solution durable ?
La raffinerie nationale symbolise une avancée majeure, mais son succès dépend de plusieurs facteurs :
- Une alimentation garantie : Pour fonctionner à plein régime, l’usine doit s’approvisionner sans faille, ce qui implique de lutter contre la fraude dans les zones aurifères artisanales, souvent situées en zones instables.
- Des retombées tangibles pour la population : Au-delà des recettes fiscales, le secteur doit créer des emplois durables et soutenir le développement local pour ancrer durablement sa légitimité.
Vers une souveraineté minière crédible ?
La volonté de l’État de rééquilibrer la répartition de la rente aurifère est compréhensible au regard des enjeux nationaux. Cependant, pour pérenniser cette souveraineté, le Burkina Faso gagnerait à privilégier des solutions internes :
- Renforcer la transparence institutionnelle pour éviter les dérives et les suspicions.
- Sécuriser les réserves nationales en les maintenant sur le territoire, loin des arbitrages géopolitiques externes.
- Investir dans des infrastructures locales pour consolider la chaîne de valeur et maximiser les retombées économiques.
L’or burkinabè peut devenir un levier de développement, à condition que sa gestion ne se transforme pas en une nouvelle forme de dépendance.