Or du Burkina Faso : dans l’ombre des mercenaires russes, une souveraineté sous surveillance Économie Par Oumou Salifou - 2 novembre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 L’illusion d’une maîtrise totale sur l’or burkinabèLe discours est engagé : l’or du Burkina Faso serait désormais 100 % burkinabè, et sa protection confiée exclusivement aux forces nationales. Pourtant, les coulisses des sites aurifères révèlent une réalité bien différente. Derrière les déclarations triomphales d’Ibrahim Traoré, c’est une bataille discrète, mais cruciale, qui se joue autour du contrôle des mines d’or. Les sociétés de sécurité russes, souvent présentées comme des alliées stratégiques, s’immiscent dans des fonctions si sensibles qu’elles remettent en cause la souveraineté minière que le régime prétends incarner.Des alliances stratégiques au cœur des paradoxes politiquesDepuis le putsch de 2022, Ouagadougou a fait du retour à la souveraineté une ligne directrice. L’exploitation de l’or, ressource phare du pays, devait symboliser cette rupture avec les chaînes historiques de dépendance. Pourtant, l’implication croissante de prestataires russes dans la sécurisation des gisements jette une ombre sur cette ambition.La question n’est pas tant de savoir si ces acteurs étrangers œuvrent dans la légalité burkinabè encore moins de vérifier leur efficacité que de comprendre jusqu’où s’étend leur influence. Une mine d’or n’est pas un simple site extractif : c’est un écosystème où se croisent sécurité, flux financiers et intérêts géostratégiques. Quand des sociétés de sécurité russes se disputent des contrats ou étendent leur emprise sur des zones minières, c’est l’autonomie décisionnelle de l’État burkinabè qui est en jeu.Un contrôle national questionnableLe paradoxe est saisissant. Comment concilier l’affirmation d’une souveraineté totale sur les ressources naturelles avec la délégation partielle ou totale de leur protection à des entités étrangères ? La réponse, souvent floue, réside dans une nuance fondamentale : la propriété des ressources définie par les lois minières ne garantit pas en soi le contrôle pratique de leur exploitation et de leur sécurisation.Les contrats signés avec ces sociétés, leurs modalités financières et leurs liens avec les autorités burkinabè restent opaques. Qui paie ? Qui supervise ? Qui bénéficie des revenus indirects générés par ces partenariats ? Sans transparence, la « souveraineté » proclamée risque de n’être qu’un leurre, une coquille vide où les mots l’emportent sur les actes.L’or burkinabè, un enjeu entre indépendance et dépendanceLe Burkina Faso n’est pas le premier pays africain à faire appel à des acteurs étrangers pour sécuriser ses ressources stratégiques. Mais c’est la première fois que cette collaboration, officiellement justifiée par la lutte contre les groupes armés, s’accompagne d’une remise en cause frontale des partenaires historiques traditionnels.Pourtant, l’histoire montre que remplacer un acteur par un autre ne suffit pas à établir une souveraineté authentique. Si les sociétés russes interviennent dans des rôles critiques garde des sites, contrôle des flux, gestion des risques leur présence impose une réflexion en profondeur : à quel moment un partenariat sécuritaire bascule-t-il dans la dépendance économique ? Et surtout, comment s’assurer que ces alliances ne servent pas avant tout les intérêts d’acteurs étrangers plutôt que ceux des populations burkinabè ?Transparence et responsabilité : les pierres angulaires d’une souveraineté durableLa souveraineté minière ne se décrète pas dans des discours. Elle se construit au quotidien, par des choix concrets : des processus de passation de marchés transparents, des audits indépendants, des contrats publics accessibles et des mécanismes de reddition de comptes irréprochables. Sans ces garde-fous, l’or burkinabè, symbole de richesse collective, risque de devenir une pomme de discorde entre ceux qui l’exploitent et ceux à qui il est supposé bénéficier.Les Burkinabè méritent des réponses claires. Qui, exactement, assure la sécurité de leurs mines ? Quels sont les bénéficiaires réels des contrats de protection ? Et où vont les revenus générés par l’exploitation de leur or ? Sans cela, le slogan « 100 % burkinabè » ne sera qu’un slogan de plus, aussi creux que les promesses qu’il prétends incarner.L’or, catalyseur ou alibi d’une souveraineté en questionIl ne s’agit pas de nier l’urgence sécuritaire que traverse le Burkina Faso. Mais il est impératif de distinguer urgence et opportunité géopolitique. Si l’or doit être une source de développement, il ne peut l’être que dans un cadre où chaque acteur national ou international agit au service de l’intérêt général.L’erreur serait de croire que le simple fait de remplacer des partenaires traditionnels par d’autres garantit une souveraineté retrouvée. La vraie victoire serait de faire de l’or une ressource effectivement maîtrisée, transparente et redistribuée. Pour cela, il faudra plus que des mots : des faits, des chiffres et une volonté politique inébranlable de rendre des comptes.Par Oumou Salifou — Journaliste Par Oumou Salifou — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ÉconomieTous les articles