2 juin 2026

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Offensive contre la société civile au Burkina Faso : les libertés en péril

Le régime militaire au Burkina Faso intensifie ses mesures restrictives à l’encontre des acteurs de la société civile. Par le biais d’un arsenal législatif de plus en plus coercitif et de sanctions administratives, les autorités ciblent les organisations locales et internationales. Cette situation est dénoncée par plusieurs observateurs, dont Human Rights Watch, la FIDH, l’OMCT et l’Observatoire KISAL, qui appellent au respect des libertés fondamentales et à la fin des persécutions contre les voix dissidentes.

Une vague de dissolutions massives d’ONG

Le 15 avril 2026, une annonce officielle a acté la dissolution de 118 organisations de la société civile. Si certaines étaient inactives, d’autres, comme l’Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) ou la Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF), étaient pleinement opérationnelles. Les autorités ont invoqué une loi de juillet 2025 sur la liberté d’association, bien que le délai légal de mise en conformité ne soit pas encore expiré.

Selon Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal, cette décision vise à réduire au silence toute forme de critique concernant le bilan du gouvernement en matière de droits humains. Ce climat de suspicion paralyse désormais l’activité civique indépendante dans tout le pays.

Un durcissement progressif depuis 2022

Depuis le coup d’État de septembre 2022, le Burkina Faso a vu son espace démocratique se restreindre considérablement. Les médias indépendants, les défenseurs des droits humains et les opposants politiques font face à des suspensions, des expulsions ou des arrestations arbitraires. Ce verrouillage s’opère alors que le pays est confronté à une crise sécuritaire majeure liée à l’activité de groupes armés islamistes.

Ilaria Allegrozzi, chercheuse pour Human Rights Watch, souligne que cette offensive juridique envoie un signal d’intimidation à l’ensemble des acteurs indépendants. La loi de 2025 impose notamment aux structures étrangères de nommer des cadres burkinabè à des postes financiers stratégiques, les exposant à des risques de pressions directes.

Arsenal juridique et répression individuelle

En plus des dissolutions, de nouvelles barrières administratives ont été instaurées, comme l’obligation d’obtenir un « visa statistique » pour mener des enquêtes de terrain. Parallèlement, une réforme du Code de la famille permet désormais de retirer la nationalité burkinabè à ceux qui agiraient contre les intérêts de l’État, créant une menace constante d’apatridie.

  • Expulsions : En août 2025, la représentante de l’ONU, Carol Flore-Smereczniak, a été déclarée persona non grata.
  • Arrestations : Plus de 70 travailleurs humanitaires ont été interpellés depuis 2022.
  • Enrôlements forcés : Des journalistes, comme Serge Oulon, et des activistes ont été envoyés au front de manière illégale sous couvert d’un décret de « mobilisation générale » datant d’avril 2023.

Malgré la libération de certains conscrits fin 2025, de nombreuses disparitions forcées sont toujours signalées. Les organisations de défense des droits humains rappellent que ces restrictions violent le droit international, qui protège les libertés d’expression et d’association. Drissa Traoré, de la FIDH, insiste sur la nécessité d’une société civile forte pour agir comme rempart contre les abus de pouvoir au Burkina Faso.

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