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Niger : le gel des prix du carburant révèle l’essoufflement d’un régime en crise

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Derrière l’annonce d’un gel des prix du carburant au Niger, présentée comme une mesure sociale en faveur du pouvoir d’achat, se cache avant tout le signe d’un pouvoir désormais à genoux. En renonçant à réajuster les tarifs à la pompe, le général Abdourahamane Tiani livre un premier aveu de faiblesse politique, six mois seulement après son coup d’État de juillet 2023.

Un revirement qui sonne comme un échec pour l’appareil d’État

Le Conseil des ministres a acté cette décision sans précédent, mais elle scelle surtout l’échec d’une partie des institutions de la transition. Alors que le Conseil consultatif de refondation et le ministère du Pétrole défendaient une augmentation « mesurée » des prix pour sauver un budget public exsangue, le général Tiani a choisi de faire taire ses propres experts. Ce virage tardif révèle des fissures profondes au sommet de l’État, où la peur d’un embrasement social a finalement pris le pas sur les impératifs économiques.

Entre rigidité bureaucratique et peur du soulèvement, le régime navigue à vue

Cette reculade n’est pas anodine. Elle reflète les tensions internes qui minent la junte depuis des mois. Après les tensions d’août 2023, où des signes avant-coureurs de déstabilisation avaient failli faire vaciller le pouvoir, le général Tiani a longtemps joué la carte de l’intransigeance. Pourtant, face à la grogne grandissante – y compris parmi ses partisans –, la fermeté affichée ces derniers temps cède désormais la place à une stratégie de survie, où chaque décision est prise dans l’urgence pour éviter l’irréparable.

Un gel des prix qui ne trompe personne : les coulisses d’un subterfuge

Sur le papier, maintenir des prix artificiellement bas peut sembler une victoire pour les citoyens. Dans les faits, cette mesure est un aveu d’impuissance. Car elle masque mal la réalité d’une économie au bord du gouffre, où les pénuries et l’opacité règnent en maîtres.

Voici pourquoi cette décision est un leurre :

  • Le marché noir prend le relais : En maintenant les tarifs officiels, le régime condamne les Nigériens à payer le carburant trois fois plus cher sur le marché informel, aggravant la crise du pouvoir d’achat qu’il prétend résoudre.
  • Des promesses jamais tenues : L’audit tant attendu du secteur pétrolier s’éloigne comme un mirage, tandis que les nominations successives à la tête du ministère du Pétrole et de la SONIDEP trahissent une logique de clientélisme et de capture des ressources stratégiques.
  • Un budget en apnée : Entre les subventions énergétiques qui explosent et des recettes publiques en chute libre, la junte s’enfonce dans une impasse financière sans issue visible.

Sécurité, agriculture et crise sociale : le cocktail explosif qui attend le Niger

Le gel des prix ne résout rien. Pire, il retarde l’inéluctable. Dans les mois à venir, le Niger devra faire face à trois défis majeurs :

  • Une crise agro-pastorale imminente : Les récoltes s’annoncent catastrophiques, et la dépendance aux importations alimentaires ne fera qu’alourdir la facture.
  • Des finances publiques asphyxiées : Les subventions aux carburants et à l’électricité avalent une part croissante du budget, au détriment des investissements sociaux et sécuritaires.
  • Un contexte sécuritaire qui se dégrade : Face à la montée des groupes armés et à l’affaiblissement de l’État, les populations paient déjà le prix fort, entre déplacements forcés et accès limité aux services de base.

En refusant de prendre les mesures structurelles nécessaires, le pouvoir militaire ne fait que reculer pour mieux sauter. Le gel des prix n’est pas une solution, mais le symptôme d’une junte en déroute, incapable d’affronter la tempête qui s’annonce.

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Oumou Salifou
Journaliste
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