Niger : derrière l’exclusion des Mohamid, les mécanismes secrets d’une politique de rejet Actualités Par Ali Mahamane - 16 octobre 20260 Enregistrer en PDFÉcouter la lecture6 min×1 Les coulisses d’une décision administrative aux relents discriminatoires Une directive radio émergée comme un éclair dans le ciel politique du Niger : le 7 octobre 2026, le ministère de l’Intérieur a ordonné à Zinder et Diffa de fermer écoles, forages et centres de santé réservés aux Mohamid. Et ce n’est pas tout : les cartes d’identité et passeports de ce groupe seraient purement et simplement retirés. Mais que cache vraiment cette manœuvre ? Des infrastructures vitales transformées en leviers de pression L’école n’est pas un bâtiment, le forage n’est pas un simple trou dans le sol, et la carte d’identité n’est pas un bout de papier. Ces éléments sont les piliers invisibles qui maintiennent debout la dignité d’une population. Pourtant, au Niger, leur suppression ciblée pourrait devenir une réalité pour les Mohamid. Entre 2023 et 2026, des rapports ont fait état de restrictions croissantes sous le régime du général Abdourahamane Tiani. Mais cette fois, la tactique est différente : elle ne frappe plus seulement des opposants politiques, mais une communauté entière. Pourquoi maintenant ? Et quels véritables motifs se cachent derrière ces mesures ? L’éducation sous contrôle : quand l’école devient un champ de bataille Fermer des écoles, c’est priver des enfants de leur avenir. Dans une région où l’analphabétisme reste un défi majeur, cette décision aggrave les inégalités. Pourquoi cibler spécifiquement les établissements fréquentés par les Mohamid ? Y a-t-il des irrégularités avérées, ou s’agit-il d’une logique punitive collective ? L’eau, une ressource non négociable — mais refusée à certains Dans le Sahel, l’accès à l’eau potable est une question de survie. Les forages interdits aux Mohamid pourraient condamner des familles et leur bétail à la soif. Une telle mesure relève-t-elle d’une volonté de « sécurisation » ou d’une punition arbitraire ? Soins et papiers : l’administration commence à punir avant de juger Retirer les cartes d’identité et les actes de naissance, c’est fragiliser la vie administrative de milliers de personnes. Sans documents, plus de transactions bancaires, plus de voyages, plus de droits. Cette politique rappelle-t-elle des pratiques coloniales ou s’agit-il d’une dérive inédite sous le régime actuel ? La sécurité nationale justifie-t-elle la discrimination collective ? Le Niger fait face à des défis sécuritaires réels, notamment dans l’est. Mais la réponse des autorités doit-elle nécessairement passer par l’exclusion ? La culpabilité collective est-elle une solution ? La lutte contre le terrorisme doit-elle se faire au détriment du droit fondamental à l’égalité ? Des preuves, ou des préjugés ? Une action administrative aussi radicale nécessite des justifications solides. Pourtant, aucune enquête publique n’a été menée pour établir des liens entre les Mohamid et des activités illégales. Ni rapports transparents, ni recours juridiques accessibles. Juste une directive… et des conséquences immédiates. Un contexte politique qui rend les restrictions encore plus inquiétantes Depuis le coup d’État de 2023, le Niger est dirigé par un régime militaire. Les organisations de défense des droits humains ont alerté à plusieurs reprises sur un durcissement des restrictions : dissolution de partis, répression contre les médias, déchéances de nationalité. Ces mesures visent-elles à museler toute opposition… ou à cibler des groupes ethniques spécifiques ? La nationalité mise en péril : quand l’identité devient un privilège En 2026, cinq personnalités politiques en exil ont vu leur nationalité nigérienne suspendue. Un précédent qui interroge : si l’État peut retirer la nationalité à des opposants, peut-il aussi la retirer à des communautés entières ? La porte ouverte aux abus est-elle une conséquence involontaire… ou une stratégie délibérée ? Les conséquences économiques d’une exclusion généralisée Les Mohamid ne vivent pas en marge de la société. Ils participent activement à l’économie locale : commerce, transport, élevage. Rendre leur vie administrative et sociale impossible, c’est fragiliser toute une région. Qui en paiera le prix ? Un filet de sécurité humanitaire devrait-il être mis en place pour limiter l’impact de ces mesures ? Les autorités nigériennes ont-elles évalué le coût humain et économique de leur décision ? Que dit la loi ? Le vide juridique qui autorise l’arbitraire La charte des droits fondamentaux de l’ONU, ratifiée par le Niger, interdit toute discrimination fondée sur l’appartenance ethnique. Pourtant, une directive ministérielle peut-elle contourner ces engagements ? Où sont les garde-fous juridiques ? Et pourquoi aucun recours n’est-il immédiatement accessible aux personnes concernées ? Vers une remise en question des principes de l’État de droit ? Au Niger, la sécurité ne devrait pas se construire sur les ruines des droits humains. Un État fort est un État qui protège tous ses citoyens, quels qu’ils soient. La politique menée contre les Mohamid interroge : l’égalité devant la loi est-elle encore un principe sacré ? Ou est-elle devenue une variable d’ajustement au gré des circonstances ? Il est temps que les autorités nigériennes justifient leurs choix, protègent les populations vulnérables et réaffirment leur engagement envers une justice équitable. Autrement, la communauté internationale pourrait-elle se sentir obligée d’intervenir ? Par Ali Mahamane — Journaliste Fils d'actualité (RSS)Ajoutez nos flux XML à votre agrégateur RSS (Feedly, Inoreader, Thunderbird...)ActualitésTous les articles