Niger : après le remaniement du 15 septembre 2026, les réactions et les perspectives d’un pouvoir sous pression
Le décret signé le 15 septembre 2026 par le général Abdourahamane Tiani suscite déjà de vives réactions et ouvre des perspectives incertaines pour l’avenir du Niger. Présenté sans conviction comme une simple « réorganisation technique », ce premier grand remaniement gouvernemental est surtout une opération de sauvetage politique. À découvert sur tous les fronts, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) cherche avant tout à resserrer les rangs, distribuer des récompenses et verrouiller le pouvoir face au mécontentement général.
Une panique politique après les secousses dans l’armée
Ce changement d’équipe au gouvernement n’a rien d’un hasard. Il est la suite directe de la mutinerie d’août dernier à la base aérienne 101 de Niamey, qui a fait trembler le régime. Après avoir purgé et réorganisé en urgence le commandement militaire et la garde présidentielle, le pouvoir Tiani s’attaque au volet politique de son auto-défense.
En nommant le colonel Bilaly Elhadj Gambobo à l’Agriculture et à l’Élevage, la junte ne cherche pas à révolutionner nos assiettes : elle place un militaire de plus pour surveiller un secteur stratégique, tout en écartant des officiers devenus gênants. C’est le contrôle absolu de l’armée sur les ressources du pays, au détriment de toute gestion civile et transparente.
Servir le pouvoir pour se servir : le partage du gâteau
L’arrivée d’Abdourahamane Oumarou, chef du parti UNPP et agitateur de la mouvance souverainiste, est le symbole le plus flagrant de cette dérive. On ne nomme pas un homme pour ses compétences de gestionnaire, mais pour sa capacité à crier plus fort que les autres. Fidèle de la première heure depuis le coup d’État de juillet 2023, il hérite du ministère de la Jeunesse et de la Refondation en guise de récompense.
Pendant que la jeunesse nigérienne s’enfonce dans le chômage et le désespoir, le CNSP distribue des postes à ses propagandistes. L’objectif est cynique : acheter le silence des militants et utiliser ces figures de rue pour manipuler l’opinion et étouffer les critiques sur les réseaux sociaux.
Des ministres « experts » utilisés comme boucliers humains
Pour masquer ce marchandage politique, la junte a glissé quelques figures académiques, comme le professeur Mahamadou Saidou à l’Enseignement supérieur ou Oumarou Maman à l’Action humanitaire. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ces nominations ne sont que de la poudre aux yeux.
Comment le professeur Saidou pourra-t-il calmer les universités sans aucun moyen financier ? Comment Oumarou Maman aidera-t-il les déplacés de guerre alors que les caisses de l’État sont vides et les aides internationales coupées ? Ces technocrates ne sont là que pour servir de boucliers et porter le chapeau quand le système s’effondrera sous le poids de la misère.
Ce remaniement n’est ni une stratégie, ni un projet d’avenir pour le Niger. C’est un bricolage désespéré d’un régime aux abois qui préfère nourrir ses loyaux partisans plutôt que d’affronter la vie chère, la crise économique et les attentes du peuple. Changer les visages autour de la table ne suffira pas à cacher la faillite du système.