Menaces sur les libertés fondamentales au Niger depuis le putsch militaire
Depuis le renversement du pouvoir le 26 juillet 2023, le paysage politique et social du Niger est marqué par une multiplication des arrestations arbitraires visant d’anciens hauts responsables. La répression s’étend également aux médias indépendants et aux voix dissidentes qui s’expriment pacifiquement. Il est impératif que les personnes détenues pour des motifs politiques soient libérées sans délai et que les principes fondamentaux du droit soient respectés.
Le général Abdourahmane Tiani, à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), a évincé le président Mohamed Bazoum. Depuis lors, ce dernier demeure séquestré au palais présidentiel de Niamey avec ses proches. Parallèlement, un climat d’intimidation s’est installé, ciblant les journalistes, les mouvements de jeunesse et toute personne critiquant la nouvelle direction militaire.
Des détentions arbitraires et une justice militaire contestée
Les arrestations ont touché plusieurs figures de l’administration précédente, dont Sani Mahamadou Issoufou (Pétrole), Hamadou Adamou Souley (Intérieur), Kalla Moutari (Défense) et Ahmad Jidoud (Finances). Transférés dans diverses prisons à Filingué, Say ou Kollo, ces civils font face à des tribunaux militaires pour atteinte à la sûreté de l’État, une procédure qui bafoue les standards internationaux d’équité judiciaire.
Le sort de Mohamed Bazoum suscite également de vives inquiétudes. Bien que les autorités aient évoqué des poursuites pour « haute trahison », l’ancien président n’a toujours pas comparu devant un magistrat. Ses avocats dénoncent une détention au secret et rejettent les accusations de tentative d’évasion formulées par les militaires.
Pressions internationales et isolement diplomatique
La réaction de la CEDEAO ne s’est pas fait attendre : fermeture des frontières, suspension des échanges financiers et menaces d’intervention armée. L’Union africaine a, de son côté, suspendu le Niger de ses instances tout en privilégiant une résolution diplomatique de la crise. Sur le plan onusien, la tension est montée d’un cran avec l’expulsion de la coordinatrice résidente, Louise Aubin, en octobre dernier.
Une liberté de la presse en plein déclin
Le secteur de l’information subit de lourdes contraintes. Le CNSP a suspendu les diffusions de Radio France Internationale et France 24, tandis que les journalistes locaux font face à une surveillance accrue. L’autocensure devient une règle pour beaucoup afin d’éviter les représailles.
- Samira Sabou, journaliste renommée, a été enlevée à son domicile par des hommes cagoulés avant d’être inculpée pour diffusion de données troublant l’ordre public.
- Samira Ibrahim, active sur les réseaux sociaux, a écopé d’une peine de prison avec sursis suite à une publication concernant les relations diplomatiques entre le Niger et l’Algérie.
Violences civiles et impunité
Le climat d’instabilité a favorisé des exactions commises par des partisans du régime. Le siège du PNDS-Tarayya a été pillé et incendié, et des militants ont été physiquement agressés. Plus grave encore, des signalements d’agressions sexuelles commises par des groupes de surveillance citoyenne dans les rues de Niamey ont été rapportés. Malgré les plaintes déposées par les victimes, aucune poursuite n’a encore abouti.
Bien que la constitution soit suspendue, le Niger reste lié par des engagements internationaux, notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Le respect de la liberté d’expression et l’arrêt des harcèlements judiciaires sont essentiels pour éviter que le pays ne s’enfonce davantage dans une crise des droits humains sans précédent.