28 juillet 2026

Eveil des Nations

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Maroc : mobilisation urgente pour la libération du cinéaste marocain El Mahdi Lyoubi

Une figure artistique sous les verrous au Maroc

Depuis le 13 juillet 2026, le cinéaste et rappeur marocain El Mahdi Lyoubi, âgé de 34 ans, est détenu à la maison d’arrêt d’Oukacha, à Casablanca. Son arrestation, intervenue après une interdiction de quitter le territoire imposée sans explication, suscite une vague d’inquiétude quant au respect des libertés fondamentales au Maroc. Des organisations de défense des droits humains, des institutions culturelles et des personnalités artistiques de premier plan exigent sa libération immédiate.

Un parcours artistique international

Né en 1992 à Salé, El Mahdi Lyoubi s’est formé à la prestigieuse école de cinéma La Fémis à Paris avant de s’installer à Marseille en 2017. Son court-métrage documentaire Marseille, 14 juillet a été salué dans de nombreux festivals internationaux, dont le MoMA à New York, le Sheffield DocFest ou encore le Festival de cinéma africain de Tarifa. Actuellement en préparation de son premier long-métrage documentaire, soutenu en 2025 par le Fonds arabe pour les arts et la culture, il est également connu sous le pseudonyme de Mehdi Black Wind sur la scène musicale marocaine. Ses œuvres, qu’elles soient cinématographiques ou musicales, explorent des thèmes comme la justice sociale et la liberté d’expression. En septembre 2025, il a marqué le festival L’Boulevard à Casablanca devant plus de 50 000 spectateurs.

Une détention arbitraire aux motivations floues

Le 10 juillet 2026, alors qu’il s’apprêtait à regagner Marseille après un séjour familial et des repérages pour son prochain projet, El Mahdi Lyoubi a été empêché d’embarquer à l’aéroport de Rabat-Salé par une interdiction de quitter le territoire, sans justification préalable. Placé en garde à vue le 13 juillet après une convocation à la Brigade nationale de la police judiciaire de Casablanca, il a été déféré devant le procureur puis présenté à un juge. Depuis, il attend son procès en détention provisoire, dans un contexte où la grève des avocats limite drastiquement l’accès à ses défenseurs. Ni sa famille ni ses proches n’ont pu obtenir d’informations claires sur les motifs de son arrestation, si ce n’est une mention vague de « publications sur les réseaux sociaux » sans autres précisions.

Une tendance inquiétante de criminalisation de l’art

L’affaire El Mahdi Lyoubi s’inscrit dans un contexte plus large de répression croissante envers les artistes au Maroc. Depuis fin 2025, plusieurs figures culturelles ont été poursuivies ou condamnées pour leurs œuvres ou leurs prises de parole. Parmi eux :

  • Pause Flow, rappeur condamné en juin 2026 à trois mois de prison avec sursis pour outrage à un corps constitué, en raison des paroles de ses chansons ;
  • Hamza Raid, interpellé à Casablanca et condamné à six mois de prison avec sursis ;
  • Souhaib Qabli, 20 ans, condamné en mars 2026 à huit mois de prison ferme pour outrage à une institution constitutionnelle ;
  • Zineb Kharroubi, distributrice de cinéma condamnée en février 2026 à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ».

Ces condamnations, bien que distinctes dans leurs modalités, révèlent une criminalisation systématique de la liberté d’expression artistique. Pourtant, l’article 25 de la Constitution marocaine garantit explicitement ces libertés, tout comme les engagements internationaux du Royaume. Ces mesures s’ajoutent à un climat politique déjà tendu, marqué depuis l’automne 2025 par le mouvement de contestation GenZ 212, porté notamment sur les réseaux sociaux pour réclamer l’accès à la santé, à l’éducation, la lutte contre la corruption et le respect des libertés fondamentales.

Une mobilisation internationale pour la liberté artistique

Face à cette situation, une coalition inédite s’est formée pour exiger la libération immédiate d’El Mahdi Lyoubi. Parmi les signataires : la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), aux côtés d’associations marocaines comme l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH), ainsi que des institutions culturelles de renom comme le Festival Visions du Réel ou le Lincoln Center for the Performing Arts. Plus de 30 personnalités, dont Adele Haenel, Aïssa Maïga, Annie Ernaux, Mati Diop ou encore Virginie Despentes, apportent leur soutien à cette cause.

Les revendications des signataires sont claires :

  • Garantir à El Mahdi Lyoubi l’exercice plein et entier de ses droits de défense, conformément à la Constitution marocaine et aux engagements internationaux du pays ;
  • Réexaminer sans délai les mesures restrictives à son encontre pour s’assurer qu’elles reposent sur une base légale transparente et respectent les principes de nécessité et de proportionnalité ;
  • Veiller à ce que son procès se déroule dans le strict respect des garanties d’un procès équitable et des obligations constitutionnelles du Maroc en matière de droits humains ;
  • Renforcer les conditions permettant aux artistes de s’exprimer librement et de participer au débat public, dans le respect des libertés et de la diversité des expressions culturelles ;
  • Libérer immédiatement et sans condition El Mahdi Lyoubi.

Un appel à l’action pour préserver la liberté artistique

Cette affaire dépasse le cas individuel d’El Mahdi Lyoubi. Elle interroge la capacité du Maroc à préserver un espace démocratique où l’art et la culture peuvent s’épanouir sans crainte de représailles. Dans une société où les artistes jouent un rôle clé dans le débat public, leur criminalisation systématique risque d’étouffer la vitalité culturelle et d’affaiblir la démocratie. Les signataires de cette mobilisation appellent les autorités marocaines à agir sans délai pour rétablir la confiance dans les libertés fondamentales et offrir à tous les créateurs les conditions de travailler en toute sérénité.

La vigilance reste de mise quant à l’évolution de ce dossier, et les signataires se disent prêts à engager un dialogue constructif avec les autorités compétentes pour trouver une issue juste et respectueuse des droits humains.

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