Manque de cash : le casse-tête des agents de mobile money en Côte d’Ivoire
Mobile money transfer agencies are seen on May 6, 2020 in a district of Abidjan in the Ivory Coast. (Photo by ISSOUF SANOGO / AFP)
La Côte d’Ivoire compte plus de 400 000 points de service de mobile money, soit 300 fois plus que le nombre de distributeurs automatiques de billets, selon l’Agence de promotion de l’inclusion financière. Les Ivoiriens utilisent ces cabines au quotidien pour déposer leur salaire ou retirer de l’argent, mais les agents sont parfois confrontés à un manque de liquidités qui freine leur activité.
Fin d’après-midi à Angré Château. L’heure des courses ou des transports, mais sur ce carrefour très fréquenté, la cabine de mobile money n’a plus de cash. Rosette, venue retirer 10 000 francs CFA (15 euros), se montre fataliste : « Quand tu arrives et qu’ils n’ont pas ce dont tu as besoin, c’est comme ça, on fait avec. »
Assise dans la cabine jaune, la guichetière Nema fait patienter les clients : « Certains jours, il y a beaucoup de retraits et on manque d’espèces. On s’excuse et on dit aux clients de ne faire que des dépôts. »
Plutôt que d’attendre, certains clients partent ailleurs. Affoué, la gérante et ancienne comptable, déplore la perte de clientèle : « Tu perds le client et la commission liée. Pour augmenter les commissions et dégager un bénéfice net, il faut bien s’occuper d’eux. »
Perte de clientèle, perte de rentabilité
Les opérateurs comme Orange, Moov, MTN ou Wave reversent une commission aux gérants. Par exemple, pour une transaction de 10 000 francs CFA, ils gagnent entre 20 et 60 francs CFA (3 à 9 centimes d’euros). Plus les transactions sont nombreuses et importantes, plus leurs revenus grimpent.
Mais le manque de cash ou de crédit grippe la machine. Les agents doivent fermer pour se réapprovisionner auprès des opérateurs ou des banques. Résultat : perte de clientèle, commissions insuffisantes, rentabilité en berne. Ils sont obligés de fermer leur agence pour aller chercher des liquidités chez les distributeurs.
La moto pour être plus réactif
Gertrude Yapi, directrice des opérations de Leya, une startup abidjanaise, a mis en place un service de convoyeurs de fonds à moto pour dépanner les points de service. « On les approvisionne en crédit en moins de quatre minutes, et on envoie le cash en moins de 30 minutes. Cela permet aux points de vente d’augmenter leur chiffre d’affaires de 50 % », explique-t-elle. Leya revendique plus de 3 000 clients actifs dans quatre villes : Abidjan, Bondoukou, Bouaké et Korhogo.
Pour l’économiste ivoirien Kassoum Timité, la continuité du service est cruciale pour l’économie. « Le mobile money s’adresse au secteur informel, qui représente jusqu’à 40 % du PIB. Le manque de liquidités ralentit les transactions et l’activité économique diminue. »
En 2024, plus de 140 milliards de francs CFA (210 millions d’euros) étaient échangés chaque jour via mobile money selon l’agence ivoirienne de promotion de l’inclusion financière, près de quatre fois plus qu’en 2020.